‹ La renaissance du matérialismeChapitre 63 sur 114 · LE DIEU-RAISON · texte numérisé non relu

LE DIEU-RAISON

de nihilistes les matérialistes et les positivistes. Fort bien, si ce titre implique simplement la négation de ce qui n'est pas ; mais il peut aussi désigner ceux qui accordent Texistence à ce qui n'est pas ; dans ce sens, à qui s'appliquetril ? Sic vos non nobis. M. Jônain n'a pas songé à cela. Merci donc de la main fraternelle qu'il veut bien tendre aux déraillés de gauche et de droite. Je crains qu'il ne la teiide longtemps.

Quelle planche de salut nous offre ce sauveteur ?

« Au-dessus de nous, et distincte du monde, une personnalité juste, consciente, éternelle ; cause en nous, d'une conscience immortelle et responsable ». 0 nihilistes, où trouvez-vous cette personnalité ? Quant à nous, vous le savez, la raison d'être de notre conscience nous apparaît, nette et dégagée d'hypothèses, dans les contacts et les rapports qui s'étabUssent nécessairement entre l'organisme individuel et le milieu. Les rapports sociaux sont la cause de la responsabilité. Quant à l'immortalité, elle est incompatible avec une forme périssable. Voyez à quelles contradictions nous échappons. Nous n'en sommes pas réduits à inventer une personnalité impersonnelle ; nous ne sommes pas forcés de lui imposer des lois au nom de la justice ; c'est-à-dire de chercher une relation chimérique entre l'enchaînement indifférent des faits et la justice, conception purement humaine et sociale. Pour nous enfin, il n'y a que logomachie dans un problème ainsi posé : « Conforïûité des raisons à la raison, à toute la raison, à l'équilibre du corps, de l'esprit et de l'âme, des sens, de l'intelligence et du sentiment, le bon sens personnel ^contrôlé par le sens commun de l'humanité. »

Nous entendons mieux M. Jônain lorsqu'il prie les philosophes d'abréger « les disputes sur des mots incompré-

hensibles, au sens absolu^ tels que matière, esprit, îom vie et nombre d'autres. » La méthode matérialiste justement ce but: mettre fin aux entités. Elle sait que to les mots sont des abstractions ; que les termes générai résument certains traits caractéristiques communs à série de faits ou de choses. Ainsi elle comprend fort bi qu'il n'y a pas plus un être appelé matière ou force, qu' être appelé esprit. Elle désigne sous le nom générique matière Ten semble des choses qui sont et, sous le nom force, l'ensemble des qualités des choses qui sont. G dans ce sens que nous disons : tout est matière, tout ei force ; il n'y a rien en dehors de matière et de force, que la chimie appelle corps premiers, éléments, jusqu'i irréductibles, et les produits de leurs combinaisons, voili ce qu'est pour nous la matière, rien de moins et rien d plus. Les propriétés ou états relatifs de ces éléments, voilà' pour nous, comme pour les physiciens, ce qui constitue la force. Nous mettons au défi qui que ce soit de découvrir quoi que ce soit qui puisse exister sans matière et sans force, une matière sans force et une force sans matière. Ainsi se formulent les conclusions de l'expérience devant les affirmations gratuites de la fantaisie.

On nous oppose le besoin de croire. C'est nous opposer l'ignorance. Le besoin de croire n'est autre que le germe avorté du besoin de savoir.

Nous signalons à tous ceux qui préfèrent les notions précises au bavardage éclectique une remarquable lecture de E. B. Tylor sur \t% survivances de la condition intellec" tuelle de Vhomme dans les âges 'primitifs.

« Tout le monde sait, dit Tylor, que les races inférieures s'expliquent les phénomènes du monde extérieur en attribuant une sorte de vie humaine et de personnalité aux

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