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animaux et même aux plantes, aux rochers, aux ruisseaux, au vent, au soleil, aux étoiles, et à tous les objets de la nature. On sait aussi qu'une des formes les plus grossières du sentiment religieux consiste à adorer des êtres imma- , tériels qui résident dans les vents, les arbres, les eaux, qui font mûrir les fruits et tomber la pluie, donnent le succès dans les combats » (ô Sabaoth I), « causent les maladies ou les malheurs du chasseur sauvage... Maintenant, en examinant une phase particulière de cet animisme^ il ne paraît pas impossible de montrer comment Thomme, dans son état le plus primitif, est généralement d'un spiritualisme prodigieusement ignorant, mais conséquent. On peut voir aussi les effets prolongés de ce spiritualisme primitif et les suivre à travers le développement de Tintelligence humaine dans des pratiques dont la signification a plus d'une fois changé, et dont renchaînement logique a été détruit par les progrès d'une science réelle.
« Nous savons tous quelle terreur les fantômes causent aux sauvages. L'idée que le sauvage se fait d'une ombre est, à peu de chose près, celle que s'en fait, de nos jours même, un paysan anglais : c'est un fantôme léger qui va de place en place ; il ressemble, quand on peut le voir, à la personne à qui il appartenait ; mais souvent il est invisible, bien qu'il soit capable de frapper et de faire entendre des sons. » (0 humbles commencements de l'âme immortelle I)
« Les sauvages attribuent aux objets inanimés euxmêmes quelque chose d'analogue aux esprits et aux ombres... Les habitants de Fidji pensent qu'on peut voir les âmes des canots, des maisons, des plantes, des vases brisés et des armes descendre la rivière de la mort et se diriger vers la terre des âmes...
« Une étude superficielle du spiritualisme des sauvage^ a souvent conduit à croire qu'il prévenait d'une corrup^ tion des croyances de races plus cultivées; mais un examea plus approfondi tend à montrer qu'une telle supposition intervertit Tordre réel des faits. Ce qui montre que la théorie la plus complète et la plus conséquente des ombres doit sa naissance aux tribus sauvages, c'est la croyance où elles sont que l'esprit arrive dans l'autre monde, entier ou mutilé, selon l'état où se trouvait le corps au moment de la mort
« Dans les opérations intellectuelles de ces tribus primitives, nous retrouvons un état enfantin de la pensée, où le passé ne se distingue pas du futur, le fait de l'imagination, le rêve de la veille et la nuit du jour. De cet état intellectuel naît, dans le monde entier, un spiritualisme intense, conséquent, qui s'étend à toutes choses, et qui forme la base sur laquelle ont été posées les assises supérieures de la pensée. Dans cet état mental primitif et inférieur, l'association des idées règne en souveraine. C'est elle qui, avant d'être contredite par l'expérience, engendre les chimères qui pénètrent et tourmentent toute l'existence du sauvage, qui font pénétrer une veine de folie jusque dans les esprits cultivés des races supérieures. 'Mais, d'âge en âge, il s'est opéré lentement une sorte de sélection naturelle tendant toujours à éliminer ce qui était sans valeur, à favoriser ce qui était sain et fort. Guillaume de Humboldt a exprimé en quelques mots une des grandes lois de notre histoire intellectuelle : « L'homme, dit-il, commence toujours par chercher l'ex- « plication des phénomènes extérieurs eux-mêmes dans le « domaine de la pensée... La première pensée est de faire « gouverner la nature par l'idée. »
Est-ce assez de lumière? Le spiritualisme, philosophie de
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l'enfance intellectuelle, s'est élevé d*âge en âge ; mais il est resté fidèle à sa méthode, l'imagination logique, conforme à son principe, l'anthropomorphisme. Il a éliminé peu à peu l'âme et la vie de chaque objet pris séparément; mais il conserve à l'ensemble ce qu'il refuse aux parties. Il s'est épuré, épuré jusqu'au néant ; et c'est dans ce néant qu'il s'agite.
§9.-26 janvier 1868
La morale matérialiste. — Définition de la matière. — ConcessioD^ du spiritualisme.
M. Edmond Douay, qui ne nous a jamais traité de cou pe-jarret, ni d'assassin, ni de cuhde-jattier^ comme cel est d'usage chez les gens qu'il fréquente, continue [Libr Conscience du 28 décembre 1867) à préférer la politess^^ aux injures, les questions nettes aux vagues et banale déclamations. Il veut bien citer de nous quelques lignes qui ne sont point d'un cannibale, et se déclarer « ravi » (nous n'attendions pas moins de sa loyale impartialité) que la conscience, le droit, le devoir, soient aicssi pour les matérialistes les règles de la vie morale. Mais, ajoute-t-il, « les matérialistes ne peuvent pas, en bonne logique, entendre par ces mots-là les mêmes choses que les spiritualistes. Nous rendons toute justice au talent incontestable de M. Coudereau ; ses nombreux articles nous ont vivement intéressé. Une seule satisfaction nous manque, et il est bien facile à la Pensée nouvelle de nous l'accorder. Nous désirons connaître la définition matérialiste du droit, du devoir. Enfin nous voudrions savoir ce qu'ils entendent par la matière. Qu'est-ce que la matière? Je ne doute pas
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que la méthode matérialiste, qui est, nous assure-t-on, conforme à toutes les données de la science anthropologique, n'ait à sa base des définitions, conformément aux exigences premières de la science. Le matérialisme n'est pas une religion ; c'est une science » (non, mais une méthode) « qui a son point de départ et son point d'arrivée ; le dogmatisme n'est pas sa méthode; ses définitions -yoni bientôt nous le prouver. »
Nous avons tenu à reproduire ce passage dont le ton courtois et simple contraste si fort avec les allures déclamatoires habituelles à nos adversaires.
Qu'est-ce que le droit? Qu'est-ce que le devoir? Ils sont bien faciles à définir pour les spiritualistes : ce sont, disent-ils, des lois morales dont le sentiment inné a été déposé en nous par la volonté du Créateur. Mais nous voilà bien avancés ! Cette définition est absolument creuse et vide de sens ; car si le droit et le devoir n'étaient ni déposés par un créateur, ni même innés, ils n'en seraient pas moins des lois morales. Il y a des faits, des actes qui journellement font naître en nous l'idée de droit et de devoir, et que nous jugeons au nom de cette loi. Ce sont ces faits qu'il faut étudier, avant d'aboutir au pur aveu d'impuissance et d'ignorance qu'implique la définition spiritualiste.Nousne nous contentons pas à si peu de frais. Nous remarquons d'abord que droit et devoir sont deux termes abstraits, presque réduits par l'usage à une sorte de synonymie ; — « Il a marché dans le chemin du droit, il a fait son devoir, » — indiquent deux nuances à peine saisissables et dont le langage use, pour ainsi dire, indifféremment. Cette confusion est-elle naturelle ou abusive? Pour le savoir, il faut descendre par degrés de l'abstraction à la réalité.
210 PARTIE II. — HâTÉRIALISHB MILITANT
Droit et devoir ne représentent rien que si o.^^^^ ks applique aux rapports d'organismes vivants avec c^- ^ les entoure et entre eux. Ils n*ont pas plus d'exis -^^^^ fii indépendante que liberté, vérité, vertu, bien, m^^ ^ fks autres expressions générales. Mais, employés à cars^^ m toi riser certaines actions qui se trouvent en présence o« efl pèi opposition, ces termes prennent un sens plus déterminé, jsnit Ainsi Ton dira bien : là est le droit, ici est le devoir. On m'^ peut avoir un droit qu'un devoir défend d'exercer. YivW l'^ est un droit, mourir, quelquefois un devoir. W'^
Considérons ces deux propositions, aussi éloignées que 1^' possible Tune de l'autre, et expliquons les ; nous toucherons à l'origine des deux formules .de la loi morale. 1* Qu'est-^e qui constitue le droit de vivre ? Rien autre |^'i
hose que le fait même de la vie. Qu'est-ce qui constitue ' le devoir, éventuel, de mourir? Rien autre chose qu'une impossibilité de vivre dans les conditions naturelles ou factices de la vie humaine et sociale. Ici le droit et le devoir réunis dans un même être, autour d'un même fait, procèdent l'un et l'autre de l'organisme, soit fatalement possédé par l'homme, soit socialement transformé. Eh bien l les mêmes procédés de décomposition appliqués à tous les ! exemples possibles de droits et de devoirs, qu'ils se manife&- 1 tent dans le même individu ou dans deux êtres, deux groupes d'êtres et vice versa, découvriront la même origine organique* le fait de la vie et de ses conditions naturelles ou adventices. Or les exemples varieraient à l'infini, avec les mœurs, les climats, les époques, les tempéraments; les devoirs et les droits eux-mêmes participeraient de ces variations. Un seul trait caractéristique et persistant y serait observé : la préexistence d'un besoin.