‹ La renaissance du matérialismeChapitre 70 sur 114 · LB RENOUVELLEMENT DES MOTS · texte numérisé non relu

LB RENOUVELLEMENT DES MOTS

premier numéro de la Revue positiviste^ vos chefs ont usé d'un procédé que nous avons qualifié, le renouvellement des mots. Est-ce utile ? Qui cela peut-il tromper ? La définition erronée du matérialisme a trouvé place dans le ?rand Dictionnaire de M. Litlré, Elle retombera sur ses auteurs. Nous copions : « Dans le langage de la philosophie positive, le matérialisme est cette erreur de logique qui consiste à expliquer certains phénomènes s'accomplissant d'après des lois plus particulières, à Faide do celles qui servent à relier entre eux des phénomènes d*un ordre plus général ; ce qui est une sorte d'importation, dans une science plus complexe, des idées appartenant à une science moins compliquée. » Lorsqu'un prix sera fondé pour l'interprétation de cette subtile logomachie, mais seulement alors, nous nous mettrons sur les rangs. Pour le moment, nous nous bornerons à poser cette question : Ces lois plus particulières, ces phénomènes plus complexes ne sont-ils pas englobés dans ces lois moins compliquées ? Ne sont-ils pas de simples détails, de simples résultats de ces phénomènes plus généraux ? Toutes les arguties, toutes les distinctions factices, toutes les réticences du monde n'empêcheront point la,méihode positive dans ce qu'elle a de juste et de vrai, d'être absolument identique à la méthode matérialiste et de concourir au némebut, l'élimination ou plutôt la résolution des entités, ^otre origine vous coûte, ô positivistes ; mais il faut accepter, sous peine de n'être pas.

P. S. La gaîté ne perd pas ses droits. Mais quoi î La linte gaudriole, autrefois grossière et vigoureuse, est ujourd'hui pâteuse et flasque ; à force de manger du maîrialiste, du panthéiste et de l'athée, M. Veuillot en a

jusqu'à la gorge ; il ne peut plus parler ; c'est alors qu'il lâche des aménités qui respirent, comme dirait M, B. Zola, la senteur épaisse et acre des épices rancies. Qu'on ^ en juge par ce trait, lancé à la portugaise : « La poésie matérialiste va se combiner avec le fromage de gruyère. » {Univers du 28 novembre.) Que dites-vous de cette combinaison comestible, mais mal digérée ? M'est avis que le sel y a été oublié. Détournons vîtc la tête, pour ne pas nous écrier avec Ezéchiel : « Pouah I Seigneur I »

Tandis que la poésie matérialiste se réjouit à Paris des nullités que débite M. Veuillot, la muse spiritualiste fait des siennes en province; tout en tournant dans le manège de la routine, elle lance de gaies ruades : il en sort plus de poussière que d'étincelles. Voici les éclaboussures qu'on envoie de Grenoble au matérialisme :

C'était un liommo grand, gros de taille et de tête ; Par son front bas, obtus, il tenait de la hête ; Sous un vêtement rir'ie il cachait l'âpretô D'un rustre ignorant Vart, Vordre et la propreté. Il riait d'un faux rire en voyant l'infortune Glapir autour de lui sa prière importune, La repoussait du geste et semblait ignorer Ce qui la rendait triste et la faisait pleurer. Ternes étaient ses yeux : on voyait la mollesse Imprimer sur son front sa honteuse caresse ; (joli !) Il n'ouvrait ses longs bras que s'il pouvait saisir Quelque élément grossier de gain ou de plaisir ; Il méprisait la gloire, honorait Tégoïsme : Cet être se nommait le Matérialisme.

L parfaite innocence de l'auteur lui a seule évité le panier aux injures ; pas moyen de se fâcher avec une candeur si naïve, digne du royaume des cieux. Et c'est

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