‹ La renaissance du matérialismeChapitre 71 sur 114 · POÉSIE ORTHODOXE · texte numérisé non relu

POÉSIE ORTHODOXE

un membre de plusieurs sociétés savantes qui aligne ces gros alexandrins I

M. Vertray (c'est le nom du poëte gratianopoUtain) interpelle en exorciste Taffreux Groquemitaine qu'il vient d'évoquer :

Imposteur, insensé, sophiste, Belzébuth, Dis-je, infernal rhéteur ! parle.

Il lui demande ensuite s'il a des enfants, et le monstre répond (le monstre est bien complaisant) :

N*a8-tu pas demandé si j'avais des enfants ? J*en ai par millions ! Regarde ma famille, Vois comme elle s'ébat sous lajverte charmille...

Le poëte nous transporte ensuite dans quelque jardin BuUier ou Mabille.

Observe ! — Alors je vis des jeunes et des vieux, \ Mais des jeunes surtout qui, la mort dans les yeux.

S'agitaient pour tromper leurs passions torrides (oh ! oh ! )... X^ VoT du bout de leurs doigts tombait pour enrichir

Quelque Pasiphaé du monstrueux plaisir.

L'orgie et la démence ! ... Et pas une pensée,

Pas un sentiment noble, une vie insensée,

Le sarcasme impudique au lieu des gais propos

Qui de l'homme de bien charment le doux repos.

Les voilà ! les voilà, les matérialistes,

Ces nobles dégoûtés, ces honteux réalistes!

Avec de tels appuis les générations } Assurent le progrès des prostitutions !

« Je suis déjà charmé de ce petit morceau. » Franchement l'auteur a quelque énergie, et- les petits jeunes gens n'ont qu'à bien se tenir. Seulement il ignore le sons des mots ; il dirige ses coups sur un plaslxoiv ç,ov!WKv^\^^

comme le brave Olivier Proudfute de Walter Scott ; pou nous, nous ne sentons même pas le vent de sa lance.

C'est un spiritualiste qui nous a transmis cette curiosité il avait la bonté de s*en indigner pour nous. On voyait quV n'était pas habitué aux injures. Nous l'avons calmé à grand peine ; c'est un esprit qui prend tout au sérieux, même 1 matérialisme, même le spir... Qu'allions-nous dire, grand dieux I II est des procédés que nous laissons à nos advei saires.

§11. — 13 mars 1868

La question du libre arbitre. ^ Un article de M. Schérer.

Nous rencontrons, de par le monde, bien des indifférents à demi hostiles, bien des sceptiques bienveillants, qui nous disent avec une sorte de compassion : « Vos idées sont franches et nettes, mais elles ne plaisent point; votre petit groupe est suspect aux pudibonds ; enserré dans une sorte de cordon sanitaire par la routine sentimentale, il ne grossira pas ; jamais il ne deviendra inajorité ; à quoi bon lutter contre le courant de Thumanité ? )) Quand les faits donneraient raison à ces observateurs superficiels, quand le but que nous poursuivons serait douteux et lointain, nous n'en continuerions pas moins notre œuvre, notre marche en avant. Mais nous n'en sommes pas là, au contraire; mille symptômes favorables encouragent notre persévérance. Chaque jour la contagion de la vérité gagne de proche en prochecomme un aimant sans cesse accru, qui agit même sur nos adversaires, et, à plus forte raison, ébranle et attire tous ces penseurs libres, alliés inconscients, dont l'intelli gence s'est dégagée des entraves métaphysiques. On nous renie, on hésite à faire profession de matérialisme, mais

on vient à nous forcément, parce que toutes les routes de la raison convergent vers le point où nous nous sommes placés. Panthéisme, positivisme, scepticisme même, ne sont que des étapes où la logique ne peut séjourner à jamais. « Vous y viendrez, » disait Rodilard, toutes les phrases creuses, tous les scrupules, tous les effrois ne vous sauveront pas de la vérité !

Un article de M. Schérer {Temps du 3 mars) sur les Problèmes de *la nature^ de M. Laugel, a été pour nous une occasion de plus d'étudier le travail qui se fait dans la pensée contemporaine. « Le prodigieux développement que les sciences d'observation ont pris de notre temps, avoue l'éminent critique, a entraîné une révolution en philosophie. » Et il ajoute :

« La métaphysique nous entretient de Tabsolu; mais qu'arrivera-t-il si une analyse plus rigoureuse nous apprend à voir partout le relatif, si la notion même de l'infini se résout pour nous en celle de Tindéfini? La psychologie revendique pour les faits de conscience une certitude sans appel ; mais que répondrait la psychologie si Ton s'avisait de mettre cette certitude en question; d'insinuer que le témoignage intérieur n'est pas nécessairement infaillible ; d'alléguer qu'il est, au contraire, éminemment exposé à l'erreur, précisémdht parce qu'il est renfermé en lui-même et l'expression d'une expérience personnelle. L'homme n'a conscience de lui-même que comme individu, et il se regarde volontiers comme le centre, le but, la raison d'être de l'univers entier.

« L'homme se croit libre parce qu'il se sent libre ; eh bien! le libre arbitre, pour quiconque y regarde de plus près, est l'illusion naturelle, fatale, d'un être qui a conscience de lui-môme comme cause, et n'a pas conscience

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