‹ La renaissance du matérialismeChapitre 73 sur 114 · LE POURQUOI · texte numérisé non relu

LE POURQUOI

cette question : Pourquoi y a-t-il quelque chose ? pourquoi ce quelque chose est-il plusieurs ? Quare o/pium façit dormire ? Et l'univers vous répond : Il n'y a pas de pourquoi? il y a des faits, quelque chose, plusieurs choses. Appelons ce quelque chose substance, matière, ou de tel mot commode qu'il vous plaira de choisir, et constatons-le simplement; il n'y a pas de raisons pour que nous le refassions semblable à lui-môme. Il n'y a pas plus de logique dans la constitution présente des choses qu'il n'y en aurait dans toute autre combinaison de leurs éléments. Le monde se comporte ainsi ; voilà tout ce que nous pouvons et dcwons établir ; voilà le but, la fin de la science, de la philosophie.

M. Schérer le sent très bien, et nous sommes d'autant plus étonné de le voir traiter d'enfantine la méthode même qu'il emploie, et qui est la nôtre.

Achevons la lecture de son travail, et nous n'aurons plus que quelques mots à dire :

«Aussi bien, de pareilles questions sont-elles susceptibles d'une solution ? Par cela seul qu'elles portent sur la raison dernière, sur le principe final des choses, n'échappent-elles pas à l'intelligence ? Il est un point où il faut se contenter du fait. Pourquoi le cristal cristallise-t-il ? pourquoi la plante vit-elle ? pourquoi l'homme pense-t-il ? Le pourquoi et le comment, je veux dire Vexplication constitutive des choses, est proprement en dehors de la science. Expliquer, pour nous, c'est ramei^ un phénomène à un autre, lequel a besoin, à son tour, d'être ramené à un phénomène supérieur (dites : plus général). Comprendre, c'est tout simplement saisir un rapport entre plusieurs faits. Ce rapport est simultané, et alors nous avons un groupe, Y espèce, par exemple, le genre, la

famille ; ou bien il est successif, et c'est le rapport de la cause à Teffet. Expliquer, c'est donc faire rentrer le fait isolé dans une classe ou Fattribuer à une cause. Voilà ce que nous appelons enseigner et comprendre. Mais par cela môme que nous parlons de rapports, nous reconnaissons le caractère purement relatif de la connaissance. Le commencement et la fin de toutes choses nous échappent. Nous ne savons la cause\demière de rien. Nous ne voyons de Tenchainement de la réalité que la portion qui passe devant nous, qui tombe sous notre angle visuel. Essayez donc de concevoir le monde, soit comme ayant eu ua commencement, soit comnfe n'en ayant pas eu I La création est-elle finie ou infinie ? Dieu a fait Tunivers, mais qui a fait Dieu ? Il est sa propre cause à lui-même, cau>sa suî^ comme dit Spinoza. Ne nous voilà-t-il pas bien avancés, et ne vaudrait-il pas mieux se déclarer tout simplement incompétent ? »

Nous attendions cette exception d'incompétence, par laquelle Fauteur se range nettement dans l'école positiviste ? La déclaration est commode et à la mode, mais estelle également conforme à la logique? Arrachons 1 d'abord à sa brièveté ingénieuse et quelque peu voilée. S déclarer incompétent dans les prétendues questions d'origine, de création, de providence, c'est dire : Il est possibl que tout cela existe, mais je ne m'en occupe pas; j'agis et je raisonne comme si cela n'était pas ; j'écarte, je ne nie pas. C'est le commode de la chose. Eh bieni en écartant, vous ^ niez ; car les raisons sur lesquelles vous vous fondez sont en somme négatives. « Essayez donc, dit M. Sehérer, de concevoir le monde soit commejayant eu un commencement, soit comme n'en ayant pas eu ; » et il refuse de se prononcer; bienI s'il ne formulait après cette question

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