‹ La renaissance du matérialismeChapitre 74 sur 114 · LES BORNES DE LA CONNAISSANCE · texte numérisé non relu

LES BORNES DE LA CONNAISSANCE

arasante : « Dieu a fait l'univers, maïs qui a fait Dieu ? n s*il ne proclamait lui-même la nullité de la solution >inoziste ; cœusa sùî. Si le langage a un sens, il n'y a il ne peut y avoir une cause première^ attendu que mte cause est forcément l'effet d'une autre cause. A loi se résolvent toutes les difQcultés qui contraignent [. Schérer à se déclarer incompétent ? A des illusions mois, à des entités comme unité de substance^ unité de 'ce, unité de plan, ordre universel, à des conceptions irement humaines, à des hypothèses de l'ignorance en léte de la vérité, et qui cessent d'avoir une raison d'être mesure que la science atteint la certitude. C'est donc par le ordonnance de non-lieu et non par une exception

l'incompétence qu'il faut répondre aux défenseurs d'une mse dès long-temps jugée par les faits. Non bis in idem» Sur quoi sommes-nous donc incompétents ? Sur la solution

le problèmes que nous avons nous-mêmes posés et mal )sés ? Étant donnés la hauteur du grand mât et le nombre des latelots, on demande qu'elle sera la vitesse du navire. Le

dus grand mathématicien du monde serait impuissant à ioudre cette proposition. Se déclarera-t-il incompétent ?

Ion, il sourira. Nous en sommes là avec la métaphysique ;

fest aussi là qu'en est M. Schérer; mais il ne veut pas mrire.

Sommes-nous incompétents sur la question de l'immorlité de l'homme ? La mort nous répond et, avec elle,

f anéantissement ou la métamorphose dans le tombeau. Estsur la justice et sur la providence ? mais l'histoire nous ^pond péremptoirement. Sur l'existence d'une personne

[infinie ? mais les mots jurent entre eux et crient à Taberra-

ion.

Vous ne nierez pas, dit-on, que vous ne soyez incompé-

tents sur ce qui dépasse rintelligence humaine ? Certes, non. Mais comment avoir une idée de ce qui dépasse notre portée ? comment cela aurait-il pu entrer dans notre esprit, si notre esprit ne le peut contenir? Finissons-en donc une bonne fois avec ce raisonnement spécieux : « Ces questions sont au-dessus de nous, nous ne pouvons conclure. » Or, si ces questions étaient au-dessus de nous, nous ne les aurions ni conçues ni formulées. Nous raisonnons en hommes, cela est tout simple, mais il n*y a rien dans les idées de Thomme qui soit au delà de la capacité du cerveau humain, puisque ce cerveau les a élaborées; ce cerveau, qui en est l'auteur, en est donc parfaitement juge. Ce cerveau qui les avait conçues d'après des observa-, tions incomplètes et des rapprochements erronés, est parfai- " tement libre de les remplacer par d'autres, conformes à des analyses plus exactes et à des comparaisons moins légères. Les hypothèses ne sont les instruments de la vérité qu'à une condition, c'est d'être tour à tour, dès qu'elles sont hors d'usage, reléguées, à titre de curiosités historiques, dans le musée des déviations et des tâtonnements de l'intelligence.

Après tout, notre cause ne peut que se réjouir d'articles analogues à celui de M. Schérer ; si beaucoup de gens se hâtent de conclure avec lui à leur incompétence, ils n'en raisonnent pas moins comme lui, c'est à dire comme nous. Ils croient oser beaucoup; le reste leur sera donné par surcroît.

§ 12. — 24 mai i868

L'Ame des théologiens et le moi des psychologues. — Maine de Biran eontredit par la physiologie. — Escarmouches : le positivisme religieux. — Un assaut courtois avec M. Legouvé. — Le Sata^ nitme et l'évoque d*Aire.

M. L. Fleury, dans le Mouvement médical, nous fournit d'amusants renseignements sur une question très délicate ou très ridicule, comme on voudra, et qui a dû causer de véritables tribulations aux docteurs, aux papes, aux conciles, voire même aux animovitalistes et aux disciples de Cousin. Étant admis que Thomme est fait d'une âme et d'un corps, à quel moment précis s'opère Tunion des deux . natures, l'incarnation ?

Ma lectrice rougit et je la scandalise ;

mais il n*en faut pas moins éclaircir ce point ; d'ailleurs, je m'engage à parler en artiste et non en médecin.

L'âme naît-elle avant, avec ou après le corps ? Est-ce une émanation des deux âmes paternelle et maternelle ? Est-elle insérée dans le corps parle dispensateur suprême? n y a du pour et du contre dans toutes ces hypothèses.

mais aucune ne résout le problème posé : T alliance d*i corps périssable avec une âme immortelle.

Si l'âme est née avant le corps, elle peut Tattendre bi longtemps, toujours peut-être ; elle peut se tromper, e trer dans une combinaison stérile, avorter, en un mot. K demeure une virtualité errante, une force sans matièi On peut à peine imaginer les constantes déceptions d'u âme qui aspire au beau nom de Prudbomme, à la profe sion de Lacenaire, de Néron ou de Mercadet, ou même quelque métier plus humble, et qui, éternellement bala cée daas Tirrésolution^ ïm trouvée passon moule<et n'airr pas à terme I

Si rinsertion de Tâme coïncide avecrapparition de la vi qualité d*un organisme, elle n^est qu*un attribut de la sul tance. En outre, elle a les mômes sujets de crainte que Fân préexistante , et elle n*a pas Téternité pour se consolei car elle peut rfexister qu*une minute, que huit jours, qii quelques mois, et n'avoir jamais vu le jour. Au reste, doctrine de Tâme contenue dans la cellule vivante (c*e la monade) « a été condamnée par saint Anselme et p les saints Pères, qui, se fondant sur le chapitre xxi, v( set 23, de TExode, Tout déclarée entachée de mater lisme ; aussi certains casuistes ont-ils décidé que c'rame maternelle qui fabrique les cellules pendant to la durée de la vie embryonnaire. »

Voilà qui va bien ; mais si Tâme maternelle ou pal nelle se dédouble, Fâme n'est plus une et indivisil elle perd le caractère principal que les métaphysici accordent à la spiritualité. Puis, si Tâme est insépara de la cellule vivante, il va falloir des âmes « poui création de tous les êtres qui composent le règne oi nique. »

l'ame et les théologiens S39

C'est pourquoi, sans doute, le système qui attribuait « à l'âme maternelle la fabrication des cellules embryonnaires a été condamné par Innocent XI ; et, après de longues controverses , il a été décidé par les théologiens, se fondant sur le chapitre xii du Lévitique, verset 5, et adopté par la Pénitencerie de Rome, que Fâme n'anime l'embryon que lorsque celuirci est assex formé pour être digne de la recevoir ; et cette époque a été fixée au quarantième jour pour les esprits mâles et au quatre-vingtième pour les âmes du sexe ? »

Ainsi la logique des théologiens nous amène à considérer l'âme comme née après le corps ; elle nous présente Dieu, le dispensateur souverain, 'attentif à toutes les con- 'cq)tions, qui, à chaque seconde, peuvent se produire ou ne pas se produire sur la surface de l'univers, et « tenant une âme toute prête pour agir suivant les indications. Si l'acte doit rester stérile, il en est pour ses frais et fait rentrer l'âme dans son étui ; si l'acte est fécond, il se hâte de lancer l'âme où il faut, afin qu'elle forme la cellule initiale qui deviendra le corps humain. » Mais le dispensateur a beau tout prévoir, tout deviner, voilà son intervention créatrice subordonnée aux fantaisies innocentes, iadififérentes, ou criminelles de l'homme et de la femme. N'a-t-il pas dû bénir la loi de Malthus, qui tend à simplifier sa besogne ?

Ce sont là, n'est-ce pas, de bonnes folies. Un métaphysicien môme en rirait avec nous ; mais de qui rirait-il au fond? de lui. Est-ce que la question saugrenue si judicieusement tranchée par les conciles et les papes ne s'impose pas, et plus impérieuse encore, aux rationalistes ratiocinants ? Est-ce que l'union de Fâme et du corps est une moindre énigme pour le spiritualisme que pour la théo-

logie ? Si rame est distincte, indépendante de la forme corporelle, et destinée à lui survivre, elle ne peut être née ni avec le corps, ni dans le corps, ni du corps ; il faul bien qu'elle s'y soit insinuée du dehors, à un motneni donné. Et le plus subtil métaphysicien n'en sait pas plu» là-dessus que le casuiste le plus retors.

Qu'importe ? dit le métaphysicien , qui ne rit plus ? D'où que vienne l'âme, qu'elle soit entrée dans le spermatozoaire ou dans l'embyron, elle est dans l'homme, je la sens en moi ; il me suffit, pour la voir, de regarder en dedans.

M. Gahagnet a connu une somnambule «qui voyait dans ses propres entrailles un ver solitaire muni d'yeux trèsperçants et d'un capuchon, au moyen duquel il s'enveloppait la tête chaque fois qu'on administrait à la malade une potion vermifuge, de sorte que ce redoutable et rus(! parasite se soustrayait ainsi à l'action des substances des tinées à l'expulser. »

En lisant, dans un récent volume de M. Deschanel {A bâtons rompus), ce gracieux phénomène de seconde vue, nous pensions involontairement kla perception interm en quête du moi. Ce moi solitaire est alerte comme ur follet et possède le bonnet qui rend invisible et insaisis sable. On a beau administrer à la malade toutes les médecines du raisonnement et de l'évidence, rien ne peut k délivrer de. ce rusé parasite. Point de potion vermifuge qui morde sur lui ; il a son capuchon.

Pascal voyait un trou, Malebranche un gigot (idéal, s'entend). Lesmystiques ont la vision du moi, l'infirmité di moi, et, plus à plaindre que la somnambule au ver, ih aiment leurmal, ils l'adorent comme un fétiche ; ils croieni à leur illusion. A force de regarder en dedans, ils ont vu

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double, cela se conçoit, et Thabitude, comme chacun sait, étant une seconde nature, ils se sont si bien faits à leur mirage intérieur qu'ils ferment les yeux plutôt que de se laisser guérir par la lumière du jour, et que, si Ton tente de leur arracher cette petite flamme bleue que l'intensité de la contemplation allume au bout du nez des fakirs, ils hurlent à la cruauté, à la barbarie, et poussent des sanglots d'enfants. Puis ils se mutinent, ils se défendent à coups d'injures lourdes et de légers arguments. Le mécréant qui constate l'identité du moi physique avec le moi moral est mis par eux au ban de la philosophie. Contre lui les spiritualistes lancent toute une armée de manchots, de , boiteux, de culs-de-jatte, d'aveugles, de sourds-muets ; et ils le somment d'avouer qu'un bancal peut posséder le sentiment du droit et du devoir, la certitude de son existence, V essence du moi. Ils amènent jusqu'à des cataleptiques chez lesquels subsistent encore le siège et l'organisme de la pensée.

A quoi se réduit le témoignage si pompeusement demandé par nos visionnaires à cette cohue d'infirmes et de malades? A ceci, que l'amputé n'a perdu ni les poumons, ni le cerveau, ni la langue, et que s'il est à jamais privé de la faculté de courir, il garde celle de penser. De quel secours est cette vérité de La Palice au moi métaphysique ?Prouvet-elle que le sentiment de l'existence — car c'est là l'unique définition du moi — soit séparable de cette existence ellemême ? Point n'était besoin de nous opposer des hommes sans bras, sans jambes ; il fallait nous présenter un homme sans tête, un seul, ayant le sentiment du moi, quelque chose comme un décapité parlant, un acéphale d'Hérodote ! Nous avions l'intention, en commençant ce bulletin, d'analyser une pieuse étude consacrée i^Bit '^^ ^\^ ^^

^i^ PARTIE II. — MATÉRIALISME MILITANT

Biran à la mémoire et aux œuvres de son grand-oncle, que Ton veut faire passer, depuis la décadence de Téclectisme, pour rinventeur du moi et de la personnalité humaine. Mais à quoi bon ressasser à jamais les redite3 de la métaphysique ? Est-ce que les quelques lignes^qui précèdent ne suffisent point à écarter ces subtilités inutiles ? Pour nous personnellement, la vieille psychologie classique, avec m axiomes obstinés, ses formules syllogistiques» est une source d'ennui profond ; j'y bois, pour me servir de termes un peu extravagants, la pâmoison du bâillement.

Devant la réalité de la mort, qu'importent les sorites fameux (sont-ce des sorites, encore ?) : Je pense, doac je suis ; je sens, donc je suis ; je veux, donc je suis. Ce sont des vérités qui ne valent pas la peine d'être formulées ; le bel effort d'esprit, vraiment I Ëh 1 ne voyez-vous pas que vous voulez, que vous pensez, que vous sentez, parce que vous êtes, parce que vous vivez ? Vous ne voudrez ni ne penserez quand vous ne serez plus. Et la plupart d'entre vous, philosophes spiritualistes, orthodoxes ou hétérodoxes, arrivent par la fusion en Dieu, par le quiétisme oi le bouddhisme, à la suppression non équivoque de cette fameuse personnalité humaine, sans laquelle la théorie d( l'âme et le reste sont frappés 'd'une inutilité, d'une inanit' absolues.

Maine de Biran, ce champion de la volonté indestru( tible, de l'âme, essence vivante et individuelle, il la trahi il la noie dans l'océan imaginaire des substances spir' tuelles. Gela valait bien la peine de fonder tout un systèiï sur la persistance du moi l

0 naïveté des hommes ! s'ils acceptent volontiers l'id^ de l'immortalité, c'est par amour de la vie, non abstrait» mais de leur vie propre. M. Prudhomme espère retrouve

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