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LE MATÉRIALISME DANS LA PRESSE

de substance {?) n'entraîne pas plus la négation de la liberté, que le spiritualisme, c'est-à-dire Taffirmation du dualisme substantiel, n'entraîne nécessairement la croyance îu libre arbitre. L'erreur traditionnelle qui consiste à identifier le matérialisme au fatalisme, erreur partagée par beaucoup de matérialistes eux-mêmes, n'est pas une les moindres causes du trouble moral de l'époque préîente. » •

Nous remercions M. Ténot d'avoir dit que le matériaisme est aussi bien affirmation que négation ; seulement iffirmons-nous l'unité de substance ? nous est-elle démontrée ? Ce n'est encore, à vrai dire, qu'une hypothèse chitnique, et elle nous semble assez indifférente au matérialisme. Jusqu'à présent les laboratoires nous certifient la présence d'assez nombreux éléments, revêtus, il est vrai, d'un caractère, d'une propriété commune, que nous nommons par abstraction, matière, et qui est leur qualité constitutive. C'est dans ce sens, et par opposition avec le dualisme substantiel des spiritualistes, que l'expression de M. Ténot devient juste et utile.

La question du libre arbitre a été trop complètement traitée ici pour que nous y revenions. M. Ténot a bien raison de rappeler que le spiritualisme n'entraîne pas nécessairement la croyance au libre arbitre. Sans récriminer sur la doctrine de la grâce augustine et janséniste ou du serf-arbitre protestant, nous ferons observer qu'en subordonnant les actions humaines à une prétendue loi morale innée, les simples déistes ôtent à ce qu'ils appellent le bien beaucoup de son mérite. N'auraient-ils pas, du reste, toutes les peines du monde à concilier leur fameux libre arbitre avec leur fameuse prescience divine ? Ce n'est la seule question où toutes lés formes du spiritualisme.

sont en contradiction avec elles-mêmes et avec la raison. Et pourquoi ? Parce qu'ils prétendent résoudre, dans ce pays de Tabsolu, une foule de problèmes qu'ils empruntent à un monde où tout est relatif. Si Ton tenait à consener le terme « libre arbitre », et c'est possible, il faudrait l'entendre de l'accueil fait à un ou plusieurs désirs par un cerveau sain, où les velléités les plus utiles à l'individu et à la société triompheraient naturellement des ^envies moins justifiées et moins intelligentes. Ce libre arbitre relatif serait fortifié, c'est ce qui arrive évidemment, par l'expérience, l'habitude et l'éducation.

La question de la liberté n'a que peu de rapports avec celle du libre arbitre. Je crois qu'on peut ainsi définir la liberté : le jeu non entravé de tout l'organisme humain, dans les limites qui lui sont tracées par les fatalités internes et extérieures. L'homme n'est pas libre de s'élever audessus de l'air respirable ; il ne peut absorber plus de nourriture que son estomac n'en peut contenir ; il ne peut pas ne pas mourir ; ainsi de suite. Telles seraient les limites de la liberté corporelle ; les autres libertés, que nous ne pouvons envisager ici, auraient de même leur sphère d'action, fatalement restreinte, mais que pourrait distendre et élargir une expansion croissante de l'organisme cérébral perfectionné. De sorte que l'on pourrait poser en axiome cette vérité : que le bonheur de l'homme est proportionnel à la liberté dont il jouit.

M. Ténot reproche à beaucoup de matérialistes de confondre leur doctrine avec le fatalisme. Dans le sens banal du mot, sans doute, nous ne sommes pas fatalistes ; quand une tuile nous tombe sur la tète, nous ne crions pas : « Allah I allah I c'était écrit I » Non, personnellement, je pense que rien de ce qui arrive dans le monde humain

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