LA FATALITÉ
suis dans Terreur, ce que Je ne refuserais certes pas de reconnaUre, si ma raison admettait votre démonstration, » Réponse : Comparaison n'est pas raison. Mais j'admets un moment la vôtre. Un meunier, cela sort quelquefois de son moulin, cela se voit, se touche, s'entend. Montrez-moi le vôtre. Si un autre moulin lui est nécessaire pour faire encore de la farine après la mort, nous sommes en pleine métempsychose. S'il ne fait plus de farine, avec quoi vivra-t-il ? Il mourra d'inanition. S'il se retire auprès de son père, à la campagne, il ne sera plus meunier ; il aura été homme, mais il ne le sera plus ; on n'est plus meunier sans moulin ; on n'est plus homme sans cerveau ; qu'importe alors la survivance d'une âme oisive qui ne se souvient plus ? Maintenant, à parler sérieusement, la comparaison du moulin et du cerveau cloche en ce point, que l'un est une mécanique raisonnée et l'autre un organisme raisonnant, vivant. Vous n'oubliez que cela, la vie / La vie est le meunier, l'organisme le moulin ; tous deux sont inséparables ; ils sont nés ensemble, ils meurent ensemble ; ce sont des faits qui malheureusement crèvent les yeux non protégés par les lunettes fallacieuses de la seconde vue ou de la foi. En somme, mon avis est que le cerveau a conscience des pensées qu'il élabore. Otez-vous-le et essayez de penser I
§ 14. — 6 septembre 1868
Eacore la théo philanthropie. — Évanouissement graduel de Tidéede Dieu. — Mainmise des religions sur la morale. — Philosophie de Georges Sand.
Il nous est arrivé, je ne sais si Ton s'en souvient, d'assimiler à la tentative des théophilanthropes diverses rénovations religieuses, cultuelles^ dirait M. Massol, proposées par quelques déistes ou panthéistes de nos jours.
Là-dessus, réclamations, dénégations : « La théophilanthropie a eu des ridicules ; comment serions-nous théophilanthropes ? » La courtoisie ne peut nous empêcher de trouver ce raisonnement détestable. Sommes-nous obligés d'en croire le premier venu qui, devant son portrait, s'écriera : « Fi ! l'étrange figure ! Je n'ai jamais ressemblé à cela ? »
Voici que M. Henri Carie réédite, avec préface et appendice laudatifs, une brochure du théophilanthrope Chemin. Nous avions donc touché juste, et une certaine école déiste, théiste si vous voulez, tomberait volontiers dans la théophilanthropie. Elle en reconnaît les puérilités, et déclare les vouloir éviter : mais le peut-elle, et tout culte n'y estil pas condamné, dès qu'il se fonde uniquement sur des