INANITÉ DU DÉISME
allégories que les illusions de Tignorance n*ont point transformées en personnes vivantes ?
Tout culte répond à deux idées connexes : la prière et la reconaissance ; la prière ne peut s'adresser qu'à une volonté individuelle, capable de varier ; la reconnaissance n'existe pareillement qu'à l'occasion d'un bienfait spécial et intentionnel. On conçoit donc le chrétien qui demande à son dieu, par l'intercession de la Vierge ou des saints, soit la mort de ses ennemis, comme Louis XI avant un meurtre, ou un général avant une bataille, soit la fortune, soit d'heureuses moissons, de la pluie ou du beau temps el une stalle dans le paradis (voir les Billets (Centrée pour le ciel; Je le tiens, Oardez ce papier avec vous, etc.). Il est également logique pour le chrétien, le juif, le musulman, et tout ce qu'il y a d'hommes religieux sur la terre, de remercier le dieu, le rédempteur, le père qui a écouté ses demandes et ne s'est pas blessé de ses importunités. Il raisonnait bien aussi l'Espagnol ou le Napolitain qui battait son fétiche distrait ou capricieux. Pauvre dieu sourd et muet, battu pour Ion infirmité I Est-ce qu'il y avait de ta faute là-dedans ? Eh bien, oui ; on n'accepte pas d'être dieu quand on ne sait pas tenir en haleine, par de petites complaisances, la reconnaissance des ouailles. Le blasphème et le sacrilège sont évidemment la contrepartie de la prière et de l'adoration ; mais le dieu du déiste échappe à cette alternative : sa volonté, c'est ce qui est, il n'y peut rien changer ; la prière appliquée à cette impassibilité ressemble fort au moxa pratiqué sur la jambe de l'invalide : où il n'y a pas lieu à la prière, la reconnaissance est oiseuse ; en effet, le dieu des déistes n'agit pas à un moment donné, en faveur et à l'appel d'un habitant de la terre ; il paraît s'ôtre fort peu inquiété que la consti-
tution de son univers fût agréable ou utile au malheureux qui couche dans la rue, au voyageur épuisé par Tardente soif du désert ou dévoré par quelque lion, par quelque boa, ni même à d'innocents moutons frappés de son tonnerre inepte. Sans doute, ceux qui se trouvent bien du caprice qui les a appelés à la vie (je raisonne au point de vue déiste) peuvent en être reconnaissants au père des mondes ; mais cette gratitude cesse de provoquer un culte dès qu'elle n'est plus unie à la prière ; or nous avons vu que la prière du déiste est absolument inutile ; et nous en savons beaucoup qui n'acceptent aucun rituel, aucune forme, aucune cérémonie. Tout au plus, de temps à autre, regardent-ils le ciel du coin d'un œil béat, ou bien, mais dans les tout à fait grandes circonstances, s'écrient-ils, avec Anicet Bourgeois : Merci, mon Dieu !
Le déiste ne peut donc être cultuel; mais il prétend demeurer religieux ; il assure qu'il y a une religion naturelle. Est-ce religion de la nature ou innée dans l'homme ? Un peu l'un, un peu l'autre. Voyons ce qui se cache sous ce mot naturelle. Gomme il n'y a point de surnaturel, tout est dans la nature, la religion comme la science, la vie sauvage des Papous comme la civilisation européenne. Mais tout y est avec des degrés divers et suivant une loi, disons une nécessité, de transformation et de progrès. C'est ainsi que l'on établit dç justes distinctions entre des termes comme naturel, organique, animal, humain, social, intellectuel, moral. Toutes ces épithètes n'indiquent rien qui ne soit dans la nature, rien qui ne marque un développement de l'état le plus rudimentaire vers l'état le plus compliqué. A ce point de vue, nous constatons très volontierî l'existence d'un sentiment religieux, traduit par des religiosités diverses ; nos adversaires ont tort de prétendre