ÉVANOUISSEMENT DE DIEU
que nous tenons pour non avenues les manifestations religieuses qui se sont produites depuis le culte du soleil jusqu'à la théophilanthropie ; nous n'en contestons pas même l'utilité relative. Ce que nous affirmons, appuyés de certaines preuves peu réfutables, c'est leur inutilité, leur inanité présentes.
Si nous consultons l'histoire des faits, elle nous montre le domaine du sentiment religieux diminuant d'âge en âge, comme une île qui disparaîtrait graduellement dans la mer; et le flot qui, de tous côtés, submerge les religions, c'est la connaissance progressive de la réalité. Le jour où le premier venu a déclaré que la foudre était un dégagement de l'électricité atmosphérique, le royaume divin a été fortement entamé. Ptolémée, Copernic, Newton, Laplace, lui ont ravi toutes ses provinces célestes. On est en train de conquérir son refuge terrestre et d'arracher aux dieux l'organisation de la vie et de l'intelligence. Si bien que, pour une minorité qui chaque jour grandit, le sentiment religieux n'est plus qu'un terme sans objet, ou, pour employer une autre comparaison, il n'a plus rien à demander, la science lui a répondu. Il n'est désormais qu'un fait relégué dans l'histoire, un mot rayé de la langue.
Mais, s'écrient nos adversaires, avez -vous le droit de mutiler ainsi la nature humaine ? Noii^ ne mutilons rien. Le sentiment religieux n'était pas irréductible ; il s'est simplement résolu en ses éléments, que l'analyse dégage sans peine. On peut le définir : un compromis entre l'ignorance et la curiosité. Eh bien! ce compromis existe encore : il se nomme aujourd'hui l'hypothèse scientifique, fondée sur les faits de mieux en mieux observés. Les hypothèses de Laplace, de Lamarck, de Geoffroy Saint-Hilaire, de flarwin, de Pouchet ont succédé aux induclV^xv?» vkv^^-
naires du sentiment religieux, et sont la forme moderne, . expérimentale, légitime de Tun des besoins fondamentaux de l'organisme humain, le besoin de connaître. Elles précisent les divers problèmes jetés pêle-mêle dans Tidée confuse de Dieu, comme des rayons, perçant à travers les volets d'une chambre close, accusent peu à peu les contours des formes perdues dans les ténèbres. Et, le jour venu, il serait impossible de reconstituer la nuit avec le faisceau des choses qui s'y trouvaient baignées, mais qui n'étaient ' pas elle. De même, à la lumière de la science, Dieu s'évanouit, se décompose en ses éléments réels ; ses éléments " fictifs disparaftsent ou retournent à leur objet réel, car ils ''' n'étaient que transposés ; ils rentrent dans la personnalité humaine, qui s'était emprunté ses facultés spéciales pour les transporter à l'inconnu.
Une fois les lois de l'univers rendues aux combinaisons fatales de la substance en mouvement, que nous nommons matière, et les facultés anthropiques ( volonté, justice, organisation, logique) restreintes au monde vivant, qui seul les possède ou les crée, l'idée de Dieu s'en va tout entière, sans que rien manque à ce besoin de connaître qui est le fond de l'homme. C'est une synthèse factice, que l'analyse remplace par la vue ou la recherche de la réalité.
Le déiste qui sait l'histoire et qui admet les résultats de la science est donc tout à fait inconséquent lorsqu'il nous présente comme des faits primordiaux ou irréductibles, son dieu surérogatoire, sa religion naturelle oiseuse, et sa théophilanthropie multiforme. En vain retranche-t-il dans ce qu'il nomme la loi morale ce dieu banni de l'univers physique ; il ne lui trouvera pas davantage dans ' l'homme une place. On voit assez que la loi morale, toute ^ de réciprocité, familiale, amicale, sociale enfin, n'est que ^