LA MORALE DES RELIGIONS
la résultante des droits et des devoirs qui procèdent des relations humaines. Si on lui a souvent imaginé une sanction dans le ciel, c'est faute d'en chercher une sur la terre dans une meilleure organisation de la justice, dans la publicité de la vie^ surtout dans l'instruction de la conscience. La conscience, en effet, n'est pas du premier coup cette noble directrice adorée par les stoïciens ; elle ne 8'élève pas toute seule du sentiment de l'identité et du besoin individuel au sens de la réciprocité et du droit social. La loi morale et sa sanction sont dans les mains de Thomme ; elles ne gagnent rien à s'appuyer sur les fictions divines.
L'alliance que certains esprits cherchent à établir entre 'amour de Dieu et l'amour des hommes, entre la religion fi la morale, est d'ailleurs assez moderne, et les invenurs de théodicées y ont eu recours au fur et à mesure e s'écroulaitr leur conception métaphysique du monde, est ce que proclame très nettement M. Emile Burnouf s un intéressant travail sur la science des religions ne des Beuœ-MondeSy 15 août). « Il est, écrit-il, nécessaire avant tout de se persuader 'il ne s'agit point ici de morale et que la conduite de vie est étrangère à ces questions. Nous pouvons facileent constater, soit dans les livres sacrés de l'Inde, soit ez les anciens Grecs, soit même dans les livres de oroastre, au moins dans les plus anciens d'entre eux, e le but de Vïnstitution religietise n'était pas de rendre hommes plus ou moins vertueux, qu'elle n'avait pas de igles de morale à leur imposer. Elle était une pure et pie affirmation de la théorie métaphysique formulée les ancêtres. C'est plus tard que les Eglises élevèrent la tention d'imposer à leurs adhérents des règles de cou-
duite et des commandements. La plus féconde en ce genre fut précisément celle où la théorie métaphysique occupe le moins de place, ce fut le bouddhisme. Après lui vint le christianisme, en particulier le catholicisme romain. Plus rigide encore en matière de morale est TÉglise protestante, la dernière venue. . . La morale de chacune (Telles s'est tovjours trouvée d* accord avec les besoins généraux dtchaque société,,. Ce sont les mœurs qui créent la morale; d'âge en âge. » ,
En résumé, plus les religions vont, plus Vêlement reSgieu^ y perd d'importance, parce que la science en diminue chaque jour l'utilité ; plus l'élément moral y gagne de terrain. On arrive ainsi, d'abord au fractionnement de» religions, à la religion de plus en plus individuelle, jSnalement à l'élimination de la religion. La morale , qui n'y est nullement attachée, puisque les mœurs la créent, demeure seule avec la science, et toutes deux peuvent certainement! se mettre d'accord, puisqu'elles sont toutes deux fondéessur la réalité. Quant à la religion, « les hommes la délaissent les premiers, les femmes suivent les hommes, et les temples restent déserts. » Malgré de passagères apparences, c'est là que nous marchons. i
M. Burnouf dégage très bien le sentiment qui est auj fond de toute théodicée, de toute mythologie ; c'est le désii^ de connaître la cause et les lois du mouvement, de la vie et de la pensée. Eh bien, ce que l'imagination et le mysti* cisme cherchaient par la métaphysique, on le cherche et on ne le trouvera que par la physique.
Tel n'est pas l'avis d'un grand écrivain que la ReûV^ des Deux-Mondes, avec une gravité risible, appelle depuis plus de vingt ans M. Georges Sand (Monsieur G. Sand). A propos de botanique, je crois, et d'un livre de M. Laug®