PHILOSOPHIE DB GEORGES SAND
et nous, nous sommes forcés de croire qu'il y a un créateur perpétuel, sans commencement ni fiiî, dans une création étemelle et infinie. »
« Supposez que Tunivers a une âme comme nous, mais une âme aidée de la connaissance d'elle-même, ce qui est la connaissance absolue de toutes choses ; vous pouvez trèsbien lui attribuer ai^si (pendant que vous y êtes) la volonté de maintenir ses propres lois, puisque cette volonté est toujours en nous à un degré quelconque. Je ne vois rien là qui dépasse les perceptions de l'esprit humain. » Sophisme rebattu : attribuer au tout ce qui n'appartient qu'à une de ses parties. Dire que l'univers à une volonté . parce que les êtres vivants en sont doués, c'est dire que l'univers a des pépins, parce qu'il y en a dans les pommes et dans les poires.
« Où est l'âme de l'univers ? Diffuse ou personnelle ? Elle est partout, selon moi, comme la matière est partout; elle est à la fois personnelle et diffuse ; elle remplit le fini et l'infini.
« Uunwers avec ses lois immuables existe par lui-même. // est Lieu^ et Dieu est universel. Dieu est un corps et des âmes. Il faudrait peut-être dire que, dans son unité, il a des corps et des âmes à l'infini; car dans le fini ou nous rampons, nous ignorons le chiffre de nos organes matériels ^intellectuels, » (Récompense à qui entendra ceci.)
« Pour cela, il faut que l'homme sache Dieu et l'humanité... L'analyse complète de l'homme, âmes et corps, nous conduirait à une notion complète de la divinité corps et âmes, » Car il est entendu que nous avons trois âmes, celle de la plante, celle de l'animal et celle de l'homme proprement dit, « la troisième âme, la grande, la vraie, celle qui n'affirme pas timidement l'idéal, et qui le i^rovix^
par c€la même qu'elle le possède, et qui ne tressaille pas d'effroi devant l'épreuve scientifique, parce qu'elle sait à priori que cette épreuve sera la sanction de sa foi aussitôt qu'elle sera complète et décisive. » Notons en passant que V idéal moral, tel que l'entend madame Sand, est relatif ti se moule forcément sur la vertu la plus pure... « qu'un homme puisse atteindre dans le temps et le milieu où il j^ existe ».
Les seules preuves invoquées pour l'immortalité de la troisième âme {la vraie) « c'est la perpétuité du moz, qui ordonne d'entrevoir une meilleure existence pour les chers innocents que nous pleurons. » Quand Dieu a reçu cette troisième âme [la vraie), elle est aussi bien sauvée et vivante dans son sein, cette petite parcelle de sa divinité, que Vâme plus complexe dun monde qui se brise (?). Elle n'y est pas perdue et diffuse dans le grand tout; elle a revêtu les insignes de la vie , d'une vie supérieure immanquablement ; elle respire, elle agit, elle aime, elle se souvient. »
Pour excogiter ces choses énormes, il est véritablement nécessaire « d'appeler à notre aide une méthode qui fasse entrer l'homme dans la notion de trinalité (quand je vous l'avais diti) applicable à l'univers et à lui... Le vieux monde a trouvé dans les profondeurs de sa métaphysique mystérieuse ce nombre trois qui n'est pas dépassé, puis-
qu'il n'est pas encore généralement admis. Nos efforts actuels devraient tendre à le faire comprendre et accepter, en attendant mieux, »
Toute réflexion faite, madame Sand « voudrait bien que j l'on trouvât à l'âme de l'univers un autre nom que celui de \ Dieu, si mal porté depuis le temps des Kabires jusqu'à , nos jours. J'aimerais mieux, » avoue-t-elle, « celui i
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d'homme, le grand homme (comme qui dirait la grande personne universelle) de Swedenborg. »
Proposons toujours 0 (zéro) ; — c'est un grand cercle et ce n'est rien ; — et tirons l'échelle !
Je m'en vais relire un peu la Petite Fadette ou Mont- Bevêche.
§ IS. — !«' novembre 1868.
M. Vacherot et le christianisme. — L'Apologie d'un incrédule. Niaideries cléricales. — P. S. Le langage et les sourds-muets.
M. Vacherot, le hardietsavant idéaliste, adopté par la noble Revue des Deux-Mondes depuis qu*il est de Flnstitut, n'a pas encore subi l'influence de la couverture saumon ; il enguirlande moins sa pensée, il est plus sobre de fonnuW vagues et de transitions évasives que la plupart de ses confrères. Malgré certains euphémismes mis à la mode parles délicats, il n'essaye pas de nous donner le change sur la décadence manifeste du christianisme et du sentiment reli- ] gieux. Nous ne doutons point que son opinion ne soit partagée par tout lecteur impartial de son travail sur to Crise religieuse. Après une statistique approximative des divers cultes, parmi lesquels l'Église catholique ou universelle n'obtient qu*un rang très secondaire (139 millions de fidèles environ sur toute la surface du globe), M. Vacherot ^ fait observer que l'Orient tout entier, demeuré dans l'en- ' fance ou dans la sénilité, ne compte guère aux yeux du penseur, et que c'est l'Occident seul qu'il faut interroger sur l'avenir de la foi religieuse ; il déclare nettement qu'une religion est en décadence « quand elle cesse. d'être la