DIEU ET LE MAL
superstitions niaises et serviles, dans le domaine de Texpérience et du libre développement des facultés humaines. Chut I ne parlons pas trop haut, M. Vacherot est sur le bord; M. Vacherot n*a plus qu'un pied dans le divin, et la catégorie de l'idéal, constellation de son firmament métaphysique, déclinant vers l'horizon du passé lointain, disparaît à ses yeux.
L'athéisme d'ailleurs n'est plus si mal porté. Ceux qui le cachaient sous le manteau de l'anonyme commencent à le montrer en plein jour. Notons en passant que la Pensée nouvelle n'est pas étrangère à ce résultat, si honorable pour la franchise contemporaine ; elle a habitué les timorés à entendre de certains mots bêtement proscrits, et par suite encouragé les plus hardis à secouer ostensiblement le joug de la routine et des phrases toutes faites. M. Louis Viardot s'est décidé, à notre grand plaisir et à son grand honneur, à signer son intéressante brochure, déjà connue par une lettre de M. Sainte-Beuve et que nous avons annoncée jadis. Cette Apologie d'un incrédule, avec des for- . mules parfois un peu humbles, des précautions oratoires que nous négligeons ici, n'en est pas moins la déclaration d'un esprit très ferme et très lucide. M. Viardot croit devoir encore définir Dieu. « Dieu, dit-il, est la résultante générale de toutes les lois particulières. Il est la loi primordiale et finale, la loi suprême, la loi des lois. » A quoi bon cet essai de conciliation ? Est-ce que les lois ont une existence en dehors de ce qui est I Est-ce que ce ne sont pas simplement les manières d'être de ce qui est ? Alors qu'est-ce que la loi des lois ? Une manière de manière d'être !
Qu'importe, après tout, le petit accès panthéistique de M. Viardot, si l'auteur exclut tour à tour l'hypothèse d'une
création, d'un dibu personnel, d'une providence et d'vsAv^
âme immortelle ? M. Viardot renouvelle avec beaucoup force les arguments qui ont supprimé ces entités. « Qua rÉtemel a-t-il fait cet ouvrage, le monde ? A un mom( donné du temps. Alors Dieu aurait donc passé dans Tini tion toute Féternité antérieure ? Mais qu'est-ce qu'une et nité coupée en deux ? Jamais on n'a répondu à ces qu tions. Il faut donc conclure avec M. Havet que « la sciei de la nature est essentiellement irréligieuse, puisque religion se confond avec le surnaturel. »
Citons une charmante anecdote à propos du Dieu Voltaire : -
« Une dame qui quêtait pour une œuvre de chai reçoit d'un homme connu pour athée un don considérai
— Gomment, monsieur, s*écria-t-elle, vous êtes génén et vous ne croyez pas en Dieu I Vous savez cependant ( Voltaire a dit lui-même :
Si Dieu n'existait pas, il faudrait l'inventer.
— Eh I madame, reprit l'autre, c'est justementcequ'o fait. »
Suit l'argument d'Épicure, tiré de l'existence du m « Ou Dieu veut ôter le mal de ce monde, et ne le peut ; il le peut et ne le veut pas ; ou il ne le veut, ni le peut ; enfin il le veut et le peut. S'il le veut et ne le peut pas, c impuissance ; s'il le peut et ne le veut pas, c'est méchan té ; s'il ne le veut et ne le peut, c'est à la fois méchanc et impuissance. S'il le veut et le peut, d'où vi donc le mal sur la terre ? » Qu'on réfute cette série de lemmes ; que l'on innocente, si l'on peut, la divinité éruptions volcaniques, des inondations et des incendi N'est-il pas plus simple d'accuser « une loi physi(