‹ La renaissance du matérialismeChapitre 91 sur 114 · DIEU ET LE MAL · texte numérisé non relu

DIEU ET LE MAL

aveugle, inconsciente, qui fait sans choix le mal ouïe bien ? »

M. Viardot établit fort bien, avec Spinoza, que « la liberté humaine (il faut entendre ici le libre arbitre) n'est que la conscience de notre volonté, jointe à l'ignorance des causes qui la déterminent. » Il montre clairement que, s'il y a un Dieu, il est responsable de tout ce qui se passe dans Funivers. Et que de reproches terribles n'encourra pas ce capricieux despote ! ,

« S'il fallait démontrer que ce monde est incomplet, on le pourrait aisément, par un fait sans réplique, et pour ainsi dire d'un seul mot. Non seulement nous n'avons qu'une bouche pour respirer, parler, chanter, manger, boire, cracher, vomir ; mais, dénùment plus étrange et plus inconcevable I tous les grands animaux, l'homme compris, n'ont qu'un seul et même organe pour les fonctions les plus nobles et pour les fonctions les plus viles de l'animalité : la génération et les déjections. Qu'une femme ait le même organe pour l'amour et pour la maternité, passe : elle est mère parce qu'elle est épouse ; mais que cet organe, qui devrait être le sanctuaire de son corps, en devienne l'égoût chaque jour et chaque mois, voilà qui est abominable. Et les Livres saints disent que Dieu fit l'homme à son image !• 0 folie I Ce dieu aurait donc aussi... ? Mais laissons aux dévots les blasphèmes I » Voltaire n'aurait pas trouvé mieux.

Pourquoi donc ce même Voltaire admettait-il l'ouvrier de l'ouvrage, le dieu horloger ? Inconséquence d'autant plus forte qu'il rejetait, avec Épicure, la providence, anus fatidioa, « la vieille diseuse de bonne aventure. «Bien plus, il niait l'âme distincte du corps ; il empruntait à Lucrèce la bonne plaisanterie d'un « dieu à l'affût de tous les reudaxr

VOUS, » dans tous les mondes et à toutes les minutes i Tétemité, pour lancer une semence d*âme avec unes menée de corps. M. Viardot renchérit agréablement si cette joyeuse hypothèse , contre laquelle échoueront jamais toutes les pudeurs métaph}rsiques. licite ce passa; intelligent d'une lettre de Memmius (l'élève de Lucrèce à Gicéron : « Un être incorporel qui meut un corps I u être intangible qui touche mes organes I un être simpl qui augmente avec Y âge ! un être incorruptible qui dép< rit par degrés ! » L'identité de Tâme et du cerveau éclat dans toutes les expériences de la physiologie, dans toute les circonstances de la vie humaine. Et si l'on demande « Comment la matière peut-elle avoir le don de la pensée» je demanderai : « Comment peut-elle avoir le don de li vie ? » Elle l'a, ce don, voilà tout ce qu'on peut dire ; i est désormais évident que toutes les idées viennent dei sens : comment pourraient-elles leur survivre ? L'immor talité de l'âme est donc une chimère. »

« Est-ce que, d'ailleurs, la croyance en une autre vie es indispensable au salut des sociétés humaines ? » Ni Mon tesquieu, ni Bayle ne l'ont pensé. « Mieux vaut, a dit celui ci, être athée qu'idolâtre.» Et encore : «De véritables chré tiens ne formeraient pas un État qui pût subsister. » Seloi celui-là : « La religion de Gorifucius nia l'immortalité d l'âme, et la secte de Zenon ne la croyait pas. Qui le dirait Ces deux sectes ont tiré de leurs mauvais principes de conséquences, non pas justes, mais admirables, pour) société . » Tel est aussi l'avis de M. Viardot. Pour lui, « ] bien est l'utile. » C'est donc sur cette large base de rutilit< « remplaçant le calcul étroit et égoïste du chrétien,» — se salut personnel, — que doit s'établir v la morale indépei dante de la religion, indépendante du commandement, d

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