‹ La renaissance du matérialismeChapitre 94 sur 114 · SECTION II · texte numérisé non relu

SECTION II

§ I. — Spiritualisme vulgaire

Le spiritualisme vulgaire n'est point une philosophie , profonde, mais c'est la plus générale, parce qu'elle est la plus accessible des doctrines métaphysiques. Il ne dépasse pas la moyenne du sens commun. Tandis que les profondeurs décevantes de l'idéalisme étonnent, plus encore qu'elles n'efifrayent, les hommes habitués à régler leur vie sur les certitudes sensibles ; tandis que les absurdités :^de la théologie répugnent à tous ceux qui ont l'habitude ou la prétention de raisonner, tandis que le panthéisme et le déisme voltairien essayent vainement de faire admettre la réalité d'une personne impersonnelle superposée à l'univers ou identique à l'ensemble des choses, le naïf dualisme spirîtualiste, — avec sa double affirmation d'une .âme et d'un corps, d'un dieu personnel, voulant et agissant, et d'un monde réglé par une providence intermittente, — résume assez fidèlement ce que le long travail des à^^^^ ^

laissé de viable dans tous les systèmes issus de Tanthro-j pomorphisme primitif. Il mélange à doses suffisantes laj religiosité, la logique et Texpérience superficielle; il accommode aux conditions nécessaires de Texistence indi^ duelle et sociale le résidu épuré et décroissant des préji gés héréditaires. 11 demeure en somme le fonds commi d'où s'élancent en tout sens les spéculations illusoires, il leur survivra quand la science aura fauché tour à toi ces végétations encombrantes, les unes dangereuses et 11 autres stériles. G*est ce dont les mystiques illuminés et le sceptiques à outrance ne conviendraient pas aisément; ne croient pas que leur foi au surnaturel ou leur criticisi transcendant soit lié au sort de ce spiritualisme miti( qu'ils traitent de si haut. Ils ne veulent pas reconnaît qu'ils en procèdent et que, leur base manquant , ils croa^ lent. Qui pourrait cependant contester que la distinction du sensible et de l'intelligible, de la pensée et de la sub* tance , ait donné lieu à toutes les fictions religieuses é rationnelles, à toutes les variétés et à toutes les nuanc6i de l'idéalisme? Si cette proposition est vraie, attaquer If spiritualisme courant dans ce qu'il a de plus vulgaire 6 de plus humble, c'est-à-dire dans ce qu'il a de plus spé cieux, c'est saper et supprimer le substratum de tout» métaphysique. C'est pourquoi le matérialisme militaii s'est avant tout préoccupé d'extirper cette unique racÎDM d'innombrables erreurs ; et il est juste que le spiritualisme universitaire, classique, officiel, ouvre le défilé des doo trines. Après les avoir combattues pêle-mêle en de vivfl escarmouches, la Pensée nouvelle les attaque tour à toU et les prend corps à corps. Elle en aura bon marché i elle terrasse premièrement leur protagoniste.

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