‹ La renaissance du matérialismeChapitre 96 sur 114 · LA SC0LA8TIQUB MODERNE · texte numérisé non relu

LA SC0LA8TIQUB MODERNE

la personnalité divine est celui-ci : Thomme est une personne, donc Dieu doit être une personne. » Nous ne vous le faisons pas dire. Et encore, plus loin : « Dans Técole cartésienne, où l'on admet qu'il faut transporter en Dieu, sous les traits de l'infini, tout ce qui est réel et effectif dans les créatures^ où l'on admet en même temps que la matière contient quelque chose de réel et d'effectif, qui est l'étendue, on est logiquement forcé de transporter en Dieu l'étendue comme la pensée. » Mais soyez tranquille, on n'y ajoutera qu'un peu d'essence d'étendue, Vidée d'étendue. Fénelon n'a-t-il pas écrit : « Dieu n'est ni esprit ni corps, c'est tout ce qu'il y a de réel et d'effectif dans l'esprit et dans le corps ; il est souverainement un, il est souverainement tout ; il est la condensation absolue de tout, » Brahmanisme, mysticisme à la Paul, il n'y a rien autre dans cette belle phrase ; n'y cherchez pas surtout le sens commun. M. Janet la trouve lui-même dangereuse. « Que devient, s'écrie-t-il, la personnalité divine ? »

Entrons dans la transcendance : « D'après Schelling et Hegel, l'esprit et le corps ne sont pas deux choses équivalentes, égales ; ils ne sont pas placés au même niveau l'un que l'autre. Ce qu'il y a de réel dans le corps, c'est la force et la loi, c'est déjà Vesprit ; et plus la nature se développe, plus elle monte vers l'esprit ; et au plus bas degré se trouvent les matières qu'on pourrait appeler mortes, comparativement à celles qui sont au-dessus (néoplatonisme) ; mais il n'existe pas de matière absolument morte ; il n'y a que de la matière énergique et active, matière qui devient de Vesprit, qui tend à faire de l'homme le centre de toutes choses... L'esprit, c'est la vérité du corps. Si l'esprit est la vérité du corps, que sera Dieu ?

Ce sera Tesprit dans sa vérité, dans son idée absolue. » Allons donc, voilà qui est fait I c'est ainsi qu'on subtilise les grossiers obstacles et qu'on tourne la matière en esprit ! Maintenant « on n'est plus forcé, comme Spinoza et Malebranche, de transporter en Dieu de la matière ^t de l'esprit en même temps, comme si c'étaient deii.:x choses équivalentes, égales. La matière, c'est le max*chepied de l'esprit ; c*est pour que V esprit soit dans Z^ monde qu'il y a de la matière, »

Ah I prenez garde de trop triompher ! vous ven^ ^ d'avouer, sans le vouloir, qu'il n'y aurait pas d'esprit dans le monde sans la matière. Que devient alors cett- * quintessence que vous nommez esprit? une simple prc^priété de la matière organisée et de la forme humaine.

M. Janet, au bout de toute cette argumentation qtm^ suppose au lieu de conclure, est aussi embarrassé qu'a «^ début, non qu'il n'ait pas son opinion faite, mais il n'os^ guère la donner que comme une croyance. Il fait remar*quer très justement que le panthéisme est forcé de sacrifier l'une à Tautre soit la personnalité humaine, soit la personnalité divine. « Pour Spinoza, il n'y a pas de *, personnalité individuelle finie, le sujet fini ne se connaît -^ que dans le sujet absolu. Pour Hegel, il n'y a pas de personnalité infinie ; le sujet absolu n'eodste et ne se connaît que dans le sujet fini, » M. Janet n'est pas panthéiste, il croit à « la dualité du sujet absolu et du sujet relatif, » à la toute-puissance de l'être infini et à liberté d'action de l'homme ; il va cependant jusqu'aux dernières ^ limites de la conciliation ; il accorde aux panthéistes qu'il y a entre l'absolu et le relatif « un lien intérieur » ; nous sommes en Dieu, in Deo vimmus, movemur et sumus : mais il y a aussi un peu de Dieu dans l'homme; exemple.

k conception de Jésus dans le sein de Marie. « Qu'est-ce "^i que le dogme de rincarnation, si ce n'est rintériorité de Dieu dans Thomme (ou dans la femme ?) , le mariage de deux personnalités. »

Oh I pour le coup, j'ai ri, je suis désarmé ! Et cependant il faut bien conclure : rien, rien, et rien, voilà le point invisible, insaississable, la quintessence <1 'abstraction autour de laquelle tournent sans espoir, rnalgré leur subtilité, leur science véritable et leur talent de parole, tous les Duns Scot de la moderne Sorbonne.

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