IV. — QUEL EST l'ordre DE L'uNIVERS
Y a-t-il une loi supérieure, immuable, qui fait paraître
et disparaître les choses, règle chaque existence ( l'ensemble ? Où nous conduit-elle quand nous mourons Au néant ? à la vie ? Si c'est à la vie, roule-t-elle perp( tuellement sur elle-même, ou va-t-elle à la perfection ( au repos ?
Eh bien ! nous ne sommes partisan ni de ce questior naire, ni de Tordre dans lequel y sont posées les question La philosophie a bien autre chose à faire qu'à répondr à d'étemelles questions posées a priori; elle ne crain nullement de les renvoyer aux calendes, comme on fai des demandes enfantines. Son office est d'observer le faits tels qu'ils sont, d'en noter au fur et à mesure le rapports et les différences. L'observation et la classifica tion parleront d'elles-mêmes et dispenseront de questions oserai-je dire inutiles, comme : Y a-t-il de la vérité Y a-t-il de l'être ? D'où vient ce qui est ? et quel es l'ordre de l'univers ? Elles ôteront toute valeur d'entité des termes abstraits comme : vérité, être, raison, loi expressions excellentes pour spécifier le caractère de faits, mais déplorables dès qu'on oublie qu'elles n'oE aucun objet réel.
Ainsi la vérité n'est que le caractère commun au choses constatées par les moyens dont nous disposons la raison n'est que l'expérience aidée de la mémoire, c'est à-dire l'acte de confronter les objets présents avec le images demeurées en nous ; l'être est identique à l vérité. La loi est un rapport, c'est-à-dire une constata tion de caractères communs. Enfin tous ces mots sont de abstractions et non des faits.
A notre sens, la philosophie cherche le commente non le pourquoi des choses. Le pourquoi ne saurait s'ap pliquer à tout. Tout ce qui agit fatalement, agit sans but
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ins pourquoi; nous mettons au défi qui que ce soit de ouver une cause, raisonnable ou non, à ce qui est ; tout ourrait être autrement, sans être ni mieux ni pis. Nous e pouvons donc attester que le comment. Seul le monde nimal nous offre l'exemple d'actions raisonnées et dont e pourquoi nous intéresse.
Pour ne point laisser le lecteur aux prises avec les [uestions de M. Bersot, nous les écarterons ou y répon- Irons dans Tordre qu'il lui a plu de leur attribuer; la )lupart, heureusement pour nous, n'offrent point d'autres lifficultés que celles dont le spiritualisme s'est plu à les iurcharger; elles peuvent être également résolues par 'observation immédiate.
D. Y a-t-il de la vérité, y a-t-il de l'être ? — R. Ily a des )bjets constatés .par nos sensations, et que nous nommons : itres. Il y a des rapports constatés par notre mémoire ntreles êtres et aussi entre les qualités des êtres. Ces rap- )orts, infiniment compliqués par l'association des souvenirs îtles procédés dulangage, n'ont aucune espèce d'existence m dehors de l'organisme humain. Nous avons déjà dit ce îu'est la raison. — D. Jusqu'où va-t-elle ? — R. La sphère ie son activité est fort variable ; elle va jusqu'où les divers )rganismes animaux ou humains lui permettent d'aller. La raison du chien va jusqu'à comparer deux ou trois iliments, celle du nègre jusqu'à opter entre le travail et le repos, celle du blanc d'Europe jusqu'à concevoir l'univers.
D. S'il y a de l'être, en quoi consiste-t-il ? — R. Il n'y a pas de Vêlre , il n'y a que des êtres ; leur qualité dCêtre consiste dans l'ensemble des qualités ou apparences qui nous frappent en eux. Il y a identité entre un être et ses
308 PARTIS II. — CRITIQUB DBS DOCTRINES
qualités. Ce sont deux expressions pour une même chose, l'une synthétique, Fautre analytique.
D. Qu'est-ce que le corps ? — R. Les médecins et naturalistes nous en donnent chaque jour une histoire plus complète. — D. Qu'est-ce que Fâme ? — R. Selon nous, un mot qui exprime Tensemble des facultés cérébrales de rhomme, comme la sensation, la mémoire, la comparaison, la réflexion, le jugement, la volonté, etc.
D. D'où vient ce qui est? — R. De soi-même. Il n'y a pas d'autre réponse à cette singulière curiosité. S'il est possible, en fait, de montrer qu'un homme vient de ses parents, une fleur de sa graine, etc., il est impossible, en raison, de justifier la production de ce qui est. Gela est. — D. Ce qui est a-t-il un commencement ? — R. Il aurait fallu y être. Toutes les formes ont un commencement; voilà tout ce que nous pouvons affirmer de visu. — D. N'y a-t-il que la nature ? — R. Qu'entendez-vous par nature ? Il y a ce qui est, et rien autre chose.
D. Y a-t-il un Dieu? — R. C'est une question qui n'a aucune raison d'être dans l'état actuel des connaissances humaines. Qu'il y en ait ou qu'il n'y en ait pas, y a-t-il des événements ou des choses qui puissent en suggérer ridée ? Le mot demeure, historiquement, comme l'un des plus puissants eff*orts de l'homme pour s'assimiler l'univers et le concevoir à son image et ressemblance, grandiose tentative, mais que la réalité condamne définitivement.
D. Quel est l'ordre de l'univers ? — R. Les physiciens, chimistes, astronomes, etc., sont chargés de répondre. — D. Y a-t-il une loi supérieure, immuable, etc. ? — R. Nous avons déjà dit qu'à notre sens, une loi est un rapport
nécessairement immuable entre les faits, une loi n a aucune réalité, aucune virtualité, aucune direction.
D. Où nous conduit-elle quand nous mourons? — R. Demandez au tombeau. — D. Au néant? à la vie? — R. Nous, au néant; puisque nous sommes un organisme et que la mort le détruit ; mais si l'étre-homme périt, tous les étreSj phosphate, fer, carbone, oxygène, etc., qui le composaient demeurent prêts à se grouper pour Texislence rudimentaire, la végétation ou la vie animale.
D. Si c'est là la vie, roule-t-elle perpétuellement sur elle-même, ou va-l-elle à la perfection ou au repos. — R. Ces dernières expressions sont purement humaines et ne peuvent s'appliquer en rien à une loi, c'est-à-dire à un rapport créé par notre esprit.
On aura remarqué que presque toute la philosophie, comme nous l'entendons, c'est-à-dire la conception vraie du monde et de l'homme, demeure en dehors de ces questions, qui n'abordent même pas les notions les plus importantes pour la biologie et la sociologie, c'est-à-dire l'étude des époques terrestres, des races, des langues, des diverses constitutions sociales.
IL — Le pur déisme