LA MÉTAPHYSIQUE STOÏCIENNE DE LA « PHYSIOLOGIA » 23 I
qui verraient dans cette obéissance une atteinte à la dignité de Dieu : « L'immutabilité est de la grandeur, ce serait confesser son erreur que d'avoir fait des choses qui doivent être changées. Il est de nécessité que les mêmes choses plaisent à celui auquel rien que d'excellent ne pouvait plaire (i). » Ce n'est donc qu'une imperfection de forme ou de langage que de soumettre Dieu au Destin: soumettre Dieu au Destin, c'est le soumettre a lui-même, le Destin comme la nécessité étant son œuvre. « Dieu, comme dit encore Sénèque, dans les Bienfaits (VI, ch. xxi), n'est pas moins libre ou puissant puisqu'il est lui-même sa propre nécessité. » Lipse qualifie cette interprétation de pieuse. Saint Augustin, dans la Cité de Dieu (V, ch. vni), ne dit-il pas la même chose, lorsqu'après avoir rejeté le destin des astrologues, il trouve qu'il n'y a pas à disputer sérieusement, sur le mot destin, avec ceux qui appellent destin l'enchaînement et l'ordre des causes de tout ce qui arrive, puisqu'ils attribuent cet ordre même et cet enchaînement des causes à la volonté, a la puissance du Dieu suprême (2) » ?
Quant aux objections tirées de l'existence du mal sous toutes ses formes, Lipse rappelle qu'il a déjà traité ce sujet dans son livre de la Constance '^ il n'hésite point cependant a le reprendre à travers les textes, soit qu'il les accepte ou les défende, lorsqu'ils lui paraissent d'accord avec le christianisme; soit qu'au contraire il les critique quand il y a doute, montrant que la seule réponse possible, le christianisme la donne. Lorsque Cicéron se demande dans les Académiques fliv. IV) : « Pourquoi Dieu, qui a tout disposé pour nous, a-t-il donné à la vipère son venin, a-t-il répandu tant de poisons mortels ou pernicieux sur terre et sur mer? )>, les chrétiens peuvent répondre avec saint Augustin {De Cii'it.,
(i) IbiJ., lib. I, diss. xii. p. 861.
(2) Ibid., p. 862.