‹ La renaissance du stoïcisme au 16 siècleChapitre 23 sur 41 · PHASE PREPARATOIRE. STOÏCISME DE MODE · texte numérisé non relu

PHASE PREPARATOIRE. STOÏCISME DE MODE

En i58i, Du Vair est donc de retour à Paris. Il abandonne alors pour un temps la vie politique dont il avait fait, malgré tout, un rude mais bon apprentissage. Il retrouva les siens, un milieu de lettrés : les uns, d'humeur gaie et facile, puisque parmi ses amis il faut compter Odet de Turnèbe et tout le groupe de jeunes avocats poètes qui l'entourent; les autres, plus austères, mais non moins dignes de lui, nous voulons dire ceux qui fréquentaient le salon de Jean de Morel : Christophe de Thou, Pibrac, Michel de l'Hôpital, etc.

De telles amitiés pouvaient faire oublier a Du Vair sa mauvaise fortune politique, et s'il gardait un peu d'amertume de son aventure, tout au moins ses loisirs allaient lui permettre de trouver dans les lettres de quoi l'adoucir. Un certain besoin de résignation ne dut pas être étranger à ses premiers développements littéraires d'allure toute stoïcienne. On remarque, en effet, dans les premières pièces de vers qu'il écrivit après la mort d'Odet de Turnèbe (i) et de Christophe de Thou (2), des accents stoïciens. Il le doit sans doute au sujet. Comment se consoler d'une mort aussi prématurée que celle de son jeune ami Turnèbe, aussi dramatique que celle de ce sage de Thou, sans puiser dans le stoïcisme sa résignation ? Mais à cette raison il faut en ajouter une autre. Du Vair avait

(i) Odet Turnèbe, fils du grand érudit, mourut en i58i, âgé de moins de 3o ans. Cf. Othonis Tiirnehi in suprema curia parisiensi advoditi Tumulus (I.utetiae. i582).

(2) Christophe de Thou, premier président au Parlement de Paris, mourut le i^r novembre i582. Cf. Ampliss. Chrlstophori Tliuani Tumulus injac. Aiig. Ihuani Aemerii pietatevi. (Lutetiœ, i?83).

une formation d'humaniste, et riiumanismc avait compris combien le stoïcisme prêtait facilement aux développements oratoires : il n'avait donc qu'^ suivre la voie tracée par ses devanciers. Mais on dirait que la vie a hâte d'achever cette éducation d'épreuves qu'il fallait à Du Vair pour devenir vraiment stoïcien. A peine de retour à Paris, la maladie vint d'abord le frapper lui-même, puis les siens. Au commencement de l'automne i583, sa mère tomba gravement malade, victime d'un fléau qui faisait alors de terribles ravages. Elle fut atteinte de la peste, et comme Du Vair avait le souci de ménager son père, sçul soutien de la famille, et d'épargner ses frères et ses sœurs, il voulut veiller seul au chevet de la malade. Sa sœur Philippe, à laquelle il voua dans la suite une si profonde affection, partagea ses veilles. De cette période sans doute datent ses Prières (i), puisqu'il en est une qu'il intitule nettement Efi temps de Peste. Si nous essayons de saisir là un peu de son âme, nous verrons que le stoïcien s'affirme. La sensibilité est cféjà contenue par la raison, et pourtant cette fois Tépreuve était bien directe : il semble qu'un chrétien en cette occasion n'aurait dû avoir qu'un cri de douleur pour fléchir son Dieu trop sévère. Il n'en est rien; Du Vair raisonne et trouve dans la logique un soulagement à sa souffrance; c'est en se persuadant que la douleur n'est pas un mal, mais seulement une opinion, que le stoïcien lui tiendra tête, c'est en l'admettant comme une marque de la faiblesse de la nature humaine que Du Vair, stoïcien chrétien ou plutôt néo-stoïcien, ne se révoltera pas contre elle. Et déjà il ébauche sa thèse de la Sainte Philosophie, qui n'est après tout que le développement et la discussion d'un des problèmes fondamentaux du néo-stoïcisme dont il cherche l'application pratique. Le problème du mal

(i) Cf. Traités philosophiques, par le depinct Sieur Du Vair

PC914 (juin ir)24).

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