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LA MORALE STOÏCIENNE ET LA MORALE CATHOLIQUE AU MOYEN AGE

Le moyen âge avait marqué le triomphe du mysticisme et de la vie surnaturelle, et précisément parce qu'il avait mis tout son art à analyser la vie profonde et cachée de l'àme, il avait laissé dans l'ombre la vie extérieure et les lois qui doivent en régler le cours. La morale catholique n'avait point été utilisée et approfondie par ceux qui s'étaient faits les champions du dogme ; il fallut donc recourir à une autre morale lorsque la vie vint exiger des principes fermes d'action.

De bonne heure, on ne se fit donc pas scrupule de puiser aux sources du stoïcisme (i), que ce^t pour l'éducation des moines ou pour celle du commun, et Épictète apparut avec

(i) Cf. Picavet, Histoire comparée des philosophies médiévales (Paris, 1907), chap. VII : Servat Loup cite le De officiis de Gicéron et demande à un de ses correspondants les Nuits attiques d'Aulu-Gelle. Il lit Macrobe, saint Augustin, et ces auteurs peuvent lui donner une idée assez exacte de la morale et de la métaphysique stoïcienne. A Reims, Gerbert commente Virgile, Stace, Térence, Juvénal, Perse et Lucain. Le catalogue de Bobbio mentionne le De officiis de Gicéron et celui de saint Ambroise, les œuvres de Virgile, Lucain, Perse, Juvénal, Térence, Ovide.

raison comme seul capable de s'adapter aux exigences de la vie monastique. Epictète a donné dans son Manuel^ en effet, un véritable code d'ascétisme; or, comme tout ascétisme implique à sa base un exercice de volonté, une maîtrise de soi qui se présente sous forme de combat, peu importe l'idée qui dicte ce combat, il peut se formuler de même. Que ce soit la lutte de la chair contre l'esprit et la subordination du corps à l'àme, comme le comprennent les néo-platoniciens et les chrétiens, ou bien la suppression complète de tout ce qui ne dépend pas de nous, comme l'entendent les stoïciens, c'est toujours combattre nos passions, renverser ce qui fait obstacle à la vie de l'âme, subordonner l'inférieur au supérieur, par un détachement progressif ou radical. Renoncera ses penchants, à ses goûts lorsqu'ils sont de simples manifestations de la sensibilité, à tous les biens extérieurs, qui ne dépendent pas de nous et nous jettent dans les passions qui troublent la raison : telle est la formule de l'ascétisme stoïcien. Renoncer à son moi égoïste pour suivre l'appel de Dieu, voilà ce qui permet au chrétien de faire la volonté de Dieu; se purifier le cœur par une discipline sévère est pour le platonicien une excellente préparation à la Contemplation, au Souverain Bien. La morale ascétique est bien à la base de tout progrès dans la vie religieuse comme dans la vie morale, et le Manuel d'Epictète avec de légères modifications peut servir de règle à la vie chrétienne.

Au iv'^ siècle, sous le règne d'Arcadius, un préfet de Constantinople du nom de Nilus, dégoûté des honneurs dont le comblait une cour corrompue, s'étant retiré avec son fils Théodule dans la solitude du Sinaï, utilisa le Manuel, L'accommodation ne fut point difficile, il y avait fort peu de changements à faire (i). Il suffisait de remplacer le Jupiter

(i) Cf. Sancti Nt'li asceta: Manuale Epicteti usiii Christiauorum adcommodatum (éd. Schweighauser) dans Epictetecr phiIosophi\r nionuwnitû

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