‹ La renaissance du stoïcisme au 16 siècleChapitre 7 sur 41 · LA MORALE STOÏCIENNE ET LA MORALE CATHOLIQUE · texte numérisé non relu

LA MORALE STOÏCIENNE ET LA MORALE CATHOLIQUE

'Epictète par le 0éo; x-joio,- des chrétiens, ou Socrate par saint Paul, etc. et le Manuel était un code parfait de vie chrétienne.

Une autre adaptation de ce manuel paraît encore plus intéressante (i). On n'en connaît point l'auteur, pas plus que l'époque exacte de sa composition. Casaubon l'a publiée pour la première fois sous le titre de Paraphrase du Manuel^ à la suite de son édition du Manuel et de la Table de Cébès à Londres en 1669 (2).

Cette Paraphrase est du reste particulièrement destinée à ceux qui se préparent à la vie monastique et ne doit pas être

(Leipzig, Weidmann, 1 799-1800), ou dans Suaves opéra (Rome, 1673). Nous n'avons point trouvé d'édition plus ancienne. Au xf siècle avait été fait un inventaire des livres de l'abbaye de Saint-Gildas près de Déols (Indre). Dans la i^e partie: De divinis rébus, on lit sans autre mention au n» 27 : Enchiridion. Quel est cet ouvrage ? On ne peut faire que des conjectures, car on appelle aussi bien Enchiridion des morceaux choisis de saint Jérôme ou saint Augustin.' Il y en a profusion au moyen âge. (Inv. de la Bibl. de Saint-Gildas en Berry. Bibl. de l'École des Chartes, 47, 1886, p. 78 et seq.)

(i) Cf. Schweighauser, édition citée, vol. vi.

(2) Cf. ; ihid. Primi Editoris Merici Casauboni prcefatio ad lectorem. — Epicteti Enchiridion una cum Cebetis tabula cuni notis Mer ici Casaubonis, ejusdem Enchiridii Paraphrasis grœca ex qua non pauci in Enchiridio loci restituti nunquam antehac édita. Item paraphraseos versio cum notis ejusdem (Londres, 1659). B. N., R, 17957-8.

Deux notes sont sur la couverture. Tune de Lefèvre de Villebrune ainsi conçue : « La paraphrase que je trouve page 82 est l'Enchiridion de Nilus dont M. Casaubon ignorait le nom. Son manuscrit était défectueux en plusieurs endroits; j'ai rempli les vides dans cet exemplaire d'après trois manuscrits de la Bibliothèque du roi. Le nom de Nilus ne se voit pas plus que dans le plus curieux de ces manuscrits. »

Sur une autre note, d'auteur inconnu, mais sur cette même couverture on lit : « Le comte Villebrune parait avoir ignoré qu'il existe deux paraphrases très différentes du Manuel, l'une de Nilus, l'autre d'auteurs inconnus (le titre les appelle : awouôatoî xive^). Le texte de cette dernière peut à la rigueur être corrigé par les Ms. n»» 362, 858, io53, et i3o2. Mais celle de Nilus imprimée à Rome dans la collection des ouvrages de ce moine (que je trouve à la Bibliothèque) est différente, elle existe dans le Ms. 1220. »

confondue avec l'adaptation de saint Nil (i). II y a plus, nous y trouvons de véritables commentaires, ce qui n'existait pas dans l'œuvre du moine. Ainsi dans le paragraphe où Épictète s'écrie : « Ton fils est mort, tu l'as rendu », l'auteur fait un rapprochement entre cette soumission demandée et celle de Job s'abandonnant à la volonté de Dieu. Plus loin, la vie comparée à un banquet devient le banquet du Christ dont nous sommes les convives. Lorsqu'Épictète raille ceux qui se glorifient d'entendre et d'expliquer les livres de Chrysippe, l'auteur de la Paraphrase rappelle que les Écritures doivent être mises en pratique^ et non pas seulement étudiées grammaticalement. Puis saint Paul vient remplacer Socrate, saint Paul dont est cité le mot connu : bonum certame?i certavi. L'invocation de la fin, l'hymne à Cléanthe, devient une invocation au Sauveur (2). N'y a-t-il pas là une preuve évidente que, malgré leurs divergences fondamentales, stoïcisme et christianisme peuvent toujours se rencontrer dans le domaine de la morale pratique, surjout lorsqu'il s'agit d'une morale négative, d'un ascétisme de répression, comme il est [} logique de caractériser l'ascétisme d'Épictète? Mais combien plus facile encore et plus générale fut l'accommodation du stoïcisme éclectique des Latins à la morale chrétienne ! Cicéron a étudié avec beaucoup de bon sens pratique, de finesse et de logique les mobiles de nos actes humains. Sénèque a connu les délicatesses de la direction morale, il a même joui pendant un certain temps d'une réputation de chrétien fort

(i) Cf. Schweighauser, ouvr. cité, t. VI, préface : « sed illud ad hominum christianorum usum, ac praesertim juvenum qui vitœ monasticae sese destinant, jam olim (incertum quo seculo, quove auctore) adcommodatum, quo consilio mutata sunt passim, nonnulla, alia subinde prœtermissa; saepe vero etiam verba quaedam et integrae sententiae quae ab Epicteti Enchiridio, quale Arrianus ediderat, aberant, adjectae. »

(2) Cf. Schweighauser, op. cit., vol. VI.

Page 1