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DISSOCIATION DES ÉLÉMEN IS STOÏCIENS 3 I

Stoïcisme comme par hasard, lorsqu'ils examinèrent à la lumière de leur raison certaines vérités métaphysiques, qui se trouvaient proches des dogmes chrétiens. Ils s'en défendirent, il est vrai, soit en attaquant de front les dogmes stoïciens, comme le fit si souvent le réformateur de Genève dans son Institution chrétienne ou ses opuscules, soit, au contraire, en les acceptant sous réserve de garder intacte soumission à l'Eglise en matière de foi, comme le fit Pomponace, un des promoteurs de la libre-pensée à la Renaissance. Mais peu importe cette attitude d'hostilité : philosophes et réformés n'en travaillèrent pas moins à l'œuvre de dissociation du stoïcisme, en attirant l'attention d'un public assez étendu sur certains points de doctrine qui préoccupaient tout particulièrement alors les esprits et les cœurs.

chapitrp: premier

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Le mouvement philosophique fut caractérisé à la Renaissance parle développement de Tesprit critique qui fit eîVort de tous les côtés à la fois pour assurer son indépendance. Il se marque par une réaction violente contre l'autorité étroitement liée à la philosophie d'Arisiote, il examine de plus près les questions philosophiques, remises au jour par les luttes d'école. Or, de quelque manière que se révèle cet esprit critique, on y retrouve toujours une pointe de scepticisme, qui laisse le champ libre à quelque dogmatisme.

On a Phorreur de la scolastique (i), et ce sentiment fournit d'excellenies armes à Tesprit critique pour Tauioriser à faire le procès à la philosophie dWristote, ou plutôt à ceux qui l'interprètent mal. C'est ime façon de remettre en faveur le christianisme au moyen du véritable Aristote, de Platon ou du stoïcisme, tandis que la scolastique l'avait discrédité.

« Le monde savant, écrit Marsile Eicin, dans le».|uel dominent les péi ipatéliciens. est généralement divisé en deux sectes : la première est celle des alexandrins, la deuxième

(i) Ct. Pi'tri Rjini oïdlio tnitio su.r pro/tssïonis h.ibita (Paris. i53i). ct Sihohv dLiîcctic.r (épilogue du livre IV). - J. I.aunoi, />«• Viiria Aristott'îis fortuna (Paris, iij?'>). — Prat. M.iIJon.it ■' .V.;/: x-/.-' de Piiris, ouvr. déjà cite.

celle des averroïstes. Les premiers opinent que notre entendement est mortel, les seconds prétendent qu'il est unique pour tous les hommes; les uns et les autres renversent toute religion, principalement parce qu'ils nient que la Providence de Dieu s'exerce à l'égard des hommes; et en ces deux points ils s'éloignent également d'Aristote (i). »

Bessarion juge au même point de vue dogmatique le débat qui se prolonge, assez violent, entre les partisans d'Aristote et ceux de Platon. Pour lui, Platon a été merveilleusement aidé parles lumières naturelles, il a préparé le christianisme; son Dieu est plus vivant que celui d'Aristote; il donne des preuves formelles d'immortalité, tandis qu'Aristote à ce sujet s'est prononcé avec quelque obscurité, démontrant seulement que l'âme est incorruptible. Quant au Dieu Providence, la doctrine de Platon semble tout à fait nette : il priait, faisait des sacrifices, croyant fermement que Dieu régit et gouverne tout. Aristote ne s'est jamais expliqué a propos de la fatalité, il a souvent parlé du destin sans le définir (2).

Pour le stoïcisme, c'est autre chose : il se fit d'abord l'allié de la libre-pensée, et la question touche d'assez près notre sujet pour que nous puissions cette fois entrer dans de plus amples détails.

Un libre-penseur, qui n'eut de chrétien que le nom, au dire de beaucoup de ses contemporains, mais qui jouit du moins d'une réputation universelle de philosophe, Pierre Pomponace, sut, par un esprit critique, subtil et brillant, se gagner l'enthousiasme de la jeunesse universitaire à Padoue et à Bologne dans les environs de i5oo. Il attaqua de front les questions métaphysiques, au nom desquelles on jugeait

(i) Cf. Plotin, Opéra Marsilio Ficino interprète^ prologue à la version des Ennéades (Florence, 1492) (2) Cf. Vast, ouvr. cit.

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alors les grands philosophes de l'antiquité, et c'est avec sa seule raison, en dehors de toute préoccupation de religion et d'école, qu'il examina ces trois questions capitales qui formèrent l'objet ordinaire de ses cours et de ses publications : l'immortalité de l'àme, les « enchantements » ou l'influence du monde spirituel sur le monde matériel; enfin les rapports de la Providence avec la liberté et avec le destin. Il se trouva pris ainsi dans ce redoutable dilemme, ou d'avouer sa raison impuissante, ou de renier sa foi. Mais comme si le courage lui eût manqué d'opter résolument pour l'un ou l'autre parti, il se tira d'affaire par un faux-fu\ant : il soutint que l'on peut nier en philosophe ce que l'on peut admettre en croyant. La science pour lui dépend de la raison et de ses lois inflexibles: la foi dépend de la volonté qui peut se soustraire à la raison. C'est en somme la distinction très nette entre le point de vue du philosophe et celui du légistcur, distinction qui permet de laisser à la philosophie la connaissance des choses abstraites, des vérités naturelles et des principes absolus, et à la religion le soin de diriger la vie et les mœurs, c'est-à-dire ce qui importe le plus. La religion ne s'adresse qu'à la raison pratique, la philosophie à la raison spéculative. La raison spéculative peut admettre que l'âme sensible aussi bien qu'intelligente informe le corps, que les images perçues par les sens sont les conditions de la vie; que l'àme même est le principe de la vie et la forme première du corps organisé; que la volonté, qui ne peut agir sans organe, a besoin du corps comme objet et comme sujet, qu'il n'y a donc aucune de nos facultés qui puisse se passer du corps et s'exercer sans le concours des organes, et rien n'autorise plus à croire que l'àiiie survive au corps.

Mais voilà la conire-pai lie de la raison pratique, u II me parait, dit Pomponace, qu'il n'y a aucune raison naturelle qui puisse être alléguée aflirmant que l'àme est

mortelle comme le déclarent plusieurs docteurs affirmant qu'elle est immortelle; nous dirons donc, comme Platon au livre des Lois, que la solution appartient à Dieu seul. Il y a, en eifet, tant d'hommes de valeur qui ont eu des doutes au sujet de la destinée de l'âme, que sans la foi, il n'y aurait aucune raison de trancher la question (i). »

D'autre part, il se trouve que ce problème, d'ordre métaphysique, a des liens étroits avec la morale; le besoin de sanction peut en effet peser dans la balance du bien et du mal, et la faire osciller dans un sens plutôt que dans un autre. Mais là encore, la solution est double, suivant qu'on l'envisage du point de vue spéculatif ou du point de vue pratique.

Non seulement la sanction n'apporte aucun élément à la moralité, si on l'envisage spéculativement, mais encore elle diminue la vertu. C'est pourquoi, ajoute Pomponace, « ceux qui affirment que l'àme est mortelle me semblent mieux sauvegarder la raison de la vertu que ceux qui affirment qu'elle est immortelle, car l'espoir de la récompense et la crainte de la peine me semblent introduire une certaine servilité qui est contraire à l'essence de la vertu (2). »

Comment se fait-il que certains philosophes aient soutenu l'opinion de l'immortalité de l'àme, quand la raison ne leur

(i) Cf. Pomponatius, De Immortalitate (Bononiae, i5i6), cap. xv, p. 124 : « Mihi namque videtur quod nullae rationes naturales adduci possunt cogentes animam esse mortalem... sicut quamplures doctores tenentes eam îmmortalem déclarant; quapropter dicemus sicut Plato de Legihus : a certificare de aliquo, cum multi ambigunt, solius est Dei » ; cum itaque tam illustres viri inter se ambigant, nisi per Deum hoc certificari posse existimo. »

(2) Cf. Pomponatius. op. cit. cap. xrv. p. 121 : « Quare perfectius asserentes animam mortalem melius videntur salvare rationem virtutis quam asserentes ipsam immortalem; spes namque prœmii et pœnce timor videntur servilitatem quamdam importare, quœ rationi virtutis contrariatur. »

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fournissait point d'arguments probants? C'est, semble dire Pomponace, une conséquence de la raison pratique. La sanction est un argument très efficace en cette matière et ce n'est plus la nécessité d'une sanction qui entraîne les conséquences de la vie future, mais la crainte de la vie future qui devient un mobile d'action morale. Ce fait est du reste facilement explicable. Nous constatons chaque jour et dans tous les temps des différences profondes d'intelligence entre les hommes. Pomponace pose en principe qu'il y a trois degrés dans l'intelligence : l'intelligence spéculative nous sert à discerner le vrai du faux, et permet la critique philosophique; l'intelligence pratique nous éclaire sur la distinction du bien et du mal, et l'intelligence opérative nous rend capables de toutes sortes d'industries ou d'arts pratiques.

L'intelligence spéculative est en somme celle de l'élite, celle du philosophe; celle de la foule est pratique et opérative. L'intelligence spéculative suffirait sans doute pour pratiquer la vertu si tous les hommes en étaient capables, mais elle n'appartient pas à la masse : à cette dernière il faut donc un autre mobile d'action. \'oilà une manière toute particulière d'entendre en principe la morale indépendante sans l'admettre en pratique, de rendre hommage à la raison sans la faire règle souveraine, car elle n'est pas également répartie entre les hommes. C'est admettre en théorie le stoïcisme dans son rationalisme, dans son intellectualisme, dans sa doctrine du Souverain Bien, et en constater l'impuissance pratique.

Pomponace dit en effet (i) : « La récompense essentielle de la vertu est la vertu elle-même qui fait l'homme vertueux;

(1) Cf. l'omponatius, op. cit., cap. xiv, p. 104 : « Pra*miiim csscnlialc virtuiis est ipsamcl virtus, qiia* homincm fcliccm facit...; pœna viiiosi est ipsum vitium... »; et p. io<) : « Quando honum accidenialiter prarmiaiur, bonum essentiale videtur diniinui , ncque remanet in sua perfcclionc. »

la peine du vice est le vice lui-même... Quand accidentellement le bien est récompensé, il en est diminué, il ne garde plus son entière perfection. » On ne peut dire plus clairement que la parfaite moralité doit être en dehors de toute considération de sanction. La vertu se suffit à ellemême, par conséquent n'implique nullement la cro3^ance en une survie, croyance qui nous conduirait à la métaphysique. En principe, la morale de Pomponace est indépendante et stoïcienne; en pratique, elle ne l'est plus, car elle implique des conceptions métaph3^siques qui ne sont pas accessibles à la masse. « Beaucoup d'hommes, dit-il, ont pensé que l'àme était mortelle, qui pourtant ont écrit qu'elle était immortelle; mais ils ont fait cela à cause de la tendance au mal des hommes qui ont peu d'intelligence, ne connaissent pas les biens de l'àme, ne les aiment pas, ne s'occupent que des choses corporelles. C'est pourquoi il est nécessaire de soigner ces esprits comme le médecin soigne le malade, la nourrice l'enfant privé de raison (i). » Le fond de sa pensée est-il que plus tard un nivellement se fera dans les intelligences? Nous ne pouvons le dire. Les siècles qui suivront, enthousiastes du progrès, ayant foi en la culture intellectuelle, élèveront la morale indépendante à la dignité de science. Ils dégageront mieux ainsi une loi morale universelle, mais l'expérience répondra-t-elle à leur espoir, et ne donnera-t-elle pas raison au contraire à Pomponace, et au stoïcisme tel qu'il l'interprète, lorsqu'il réserve la morale intellectuelle à une élite seule? En un mot, l'expérience ne

(i) Ibid.^ p. 120 : « Existimandum est multos viros sénsisse animam mortalem, qui tamen scripserunt ipsam esse immortalem, sed hoc fecisse ex pronitate virorum ad malum, qui parum aut nihil habent de intellectu. bonaque animi non cognoscentes, nec amantes, tantum corporalibus. incumbunt; quare hujusmodi ingenii necesse est eos sanare, sicut et medicus ad aegrum et nutrix ad puerum ratione carentem se habent. «

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constatera-t-elle pas la déroute de cette morale indépendante qu'il est intéressant de voir, en quelque sorte, jaillir du stoïcisme?

Si l'intelligence spéculative n'est échue qu'à un petit nombre, l'intelligence pratique ne fait point défaut à chaque homme en particulier : c'est elle qui dicte cette loi naturelle dont parlait déjà Cicéron et qui est la voix de la conscience, mais c'est au législateur à l'éveiller en sanctionnant que l'âme est immortelle. « Attentif au bien commun, frappé du facile accès des voies qui conduisent au mal, ne s'occupant pas de vérité mais seulement d'honnêteté, il a donné des lois qui mènent les hommes à la vertu (i). »

Ces lois, répondant précisément aux besoins de la nature humaine, firent son succès pratique, mais il n'en restera pas moins incapable de répandre et de dévoiler la vérité. Cette vérité est réservée au philosophe; ce dernier, tout proche parent du sage stoïcien, ce demi-dieu d'autrefois, restera dans sa tour d'ivoire comme dans une forteresse, se drapant dans son orgueil de sage : il est bien au-dessus des autres hommes : « les philosophes sont des dieux véritables, ils savent ce que le vulgaire ne peut savoir, ils connaissent les arcanes sacrés, aussi diffèrent-ils des autres hommes, comme 'diffèrent des peintures les hommes réels, et ne doivent-ils pas révéler leurs secrets au vulgaire (2) ». Mais ici une remarque s'impose : une différence profonde sépare les stoïciens des philosophes, tels que les envisage Pomponace.

(i) Ibici., p. loS : « Respiciens legislator pronitatem viarum ad malum, intendens commun! bono, sanxii animam esse immortalem, non ciirans de vcritate sed tantum de probitate, ut inducat hermines aJ virtutem, neque accusandus est politicus. 0

(2) Cf. l^omponalius, I)f InCiintiitiotubus, {Opt-tii, liasilea*. I3'»;), p. 33 : « (^ua* omnia, quanquam a profano vulgo non percipiantur, ab istis tamen philosophis qui soli suni Dii terrestres, et tantum distant a cxteris, cujuscunque ordinis sive condiiionis sint, sicut homincs vcri ab liominibus picti'^, sunt concessa ac demonsirata. »»

Les premiers avaient eu du moins le mérite d'avoir foi en l'efficacité de leurs dogmes, qu'ils croyaient accessibles à tous, car ils les enseignaient sans restriction aucune; les seconds sont tristement résignés à leur insuccès.

Avec Pomponace l'esprit critique a ébranlé toutes croyances métaphysiques, et le seul avantage dont puisse, suivant lui, jouir le philosophe est. purement négatif : c'est celui de se dire qu'il ne peut rien prouver, et d'en souffrir. « Prométhée, c'est le philosophe qui, cherchant à découvrir les secrets de Dieu, est rongé par des soucis et des pensées qui ne lui laissent pas de relâche; il ne connaît ni la faim, ni la soif, ni le sommeil, objet de railleries pour tous; il passe pour un insensé et un sacrilège, persécuté par les inquisiteurs, livré en spectacle à la foule; tels sont les avantages qui sont réservés aux philosophes, telle est leur récompense (i). »

Pomponace ouvre ainsi la voie à ceux qui, devant une raison impuissante, se jetteront dans la foi; mais de quelle autre manière? C'est avec son cœur, son âme tout entière, qu'un Pascal embrassera ce christianisme où se réfugie sans doute Pomponace, mais par bon sens pratique et, qui sait? peut-être par simple prudence.

Ainsi, de cette critique du concept de l'Immortalité de l'âme et du problème du Souverain Bien, il reste deux con-

(i) Pomponatius, De Fato, lib. III. {Opéra, p. 709) : (( Sunt virtutes, sunt vitia nostra, non naturae, non fortunae. Ista igitur sunt, quae me premunt, quae me augustant, quae me insomnem et insanum reddunt, ut vera sit interpretatio fabulae Promethei, qui dum studet clam surripere ignem Jovis, eum relegavit Jupiter in rupe Scytica, in qua corde assidue pascit vulturem rodentem ejus cor. Prometheus vero est Philosophus qui, dum vult scire Dei arcana, perpetuis curis et cogitationibus roditur, non sitit, non famescit, non dormit, non comedit, non expuit, ab omnibus irridetur et tanquam stultus et sacrilegus habetur, ab inquisitoribus prosequutus, est spectaculum vulgi : hsec igitur suntjucra Philosophorum, ha^c est eorum merces. »

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clusions, qui semblent bien toutes deux de couleur stoïcienne : l'une, positive, constate l'identité de vertu et bonheur; l'autre, négative, affirme l'impossibilité de prouver rationnellement notre existence future; et si nous suivons Pomponace dans sa critique des questions métaphysiques qui préoccupaient alors tous les esprits, nous verrons s'affirmer davantage encore cette affinité de son esprit pour certains dogmes stoïciens.

Examine-t-il le problème de la Providence? Il l'admet certes en principe, mais à la manière stoïcienne, dans toutes ses conséquences. Ce n'est pas, selon lui, une réponse à l'argument de la Providence que de nier Dieu comme Diagoras, ou d'en douter comme Pythagore : « Or poser que Dieu est et qu'il ne prévoit pas tout et surtout les destinées des hommes, comme Epicure et Cicéron Tont soutenu, c'est dire qu'il \' a du feu et qu'il ne réchauffe pas. Dieu n'est pas autre chose en effet que celui qui prévoit, anime et règle tout (i). » Mais si Dieu prévoit tout, qu'en adviendrat-il de la liberté humaine? Ne faut-il pas donner gain de cause au déterminisme stoïcien, au destin?

Kn bon critique, Pomponace ne prendra point directement parti dans le débat, il se contentera d'examiner et de réfuter tour à tour les diverses opinions des philosophes. Trois philosophies ont en effet abordé cette question si importante des rapports de la Providence avec la liberté humaine; Pomponace les confronte toutes trois : celle d'Aristote, où, tout étant lié et s'enchaînant avec rigueur, il semble qu'il n'v ait point de place pour la Providence et la liberté, celle des stoïciens acceptant l'idée de Provi-

(1) Cf. ibi\i., \\h. IL p. (to; : « Deuin esse cl non cunclis providcre et maxime hominilnis, ut l^piciirus el Cicer»» posucrunt, est diccre igncm esse et non esse calefactivum ; quid enim aliud est Oeus quam cuncta prospiciens et ciincla fovens et regulansr »

dence, admise comme nécessité, et repoussant la liberté; et enfin le christianisme essa^^ant de concilier Providence et liberté.

De ces trois philosophies^ c'est le stoïcisme qu'il examinera de plus près, le comparant sans cesse au christianisme. Aristote, dont le système ne peut guère admettre le Dieu Providence, reste dans l'ombre, tandis que stoïcisme et christianisme, qui ont eu ce point commun de faire à ce dogme une large place, attirent toute son attention. Sans doute, il y a bien des nuances dans la manière d'entendre la Providence; mais n'est-ce point le stoïcisme qui l'aurait le mieux comprise?

Ce qui fait la force et la valeur de cette philosophie sur ce point comane sur les autres, c'est sa logique impeccable. Tout se tient admirablement dans ce système, Pomponace l'a compris. Le Destin est en effet pour le stoïcien l'ordre de l'univers, et cet ordre ne peut pas être autrement qu'il n'est : la nature de l'univers l'exige ainsi. Par conséquent, il n'y a pas lieu de s'étonner si des maux et des vices se trouvent mélangés aux biens. L'expérience et la raison le montrent. L'expérience, parce qu'il n'y a jamais eu de monde sans bien ni mal; la raison, parce que les choses humaines tiennent de leur nature même qu'elles peuvent être faites ou bien ou mal. Avec la nécessité, et Pomponace insiste sur ce point, « les stoïciens échappent aux objections mieux que les chrétiens (i) ». Dieu ne peut être accusé avec eux ni de cruauté ni d'injustice. « Si des maux sont dans l'univers. Dieu ne peut agir autrement qu'il ne fait, car c'est la nature même de l'univers qui le veut ainsi. Suivant les chrétiens au

(i) Ibid., lib. II, p. 624. : « Videtur quod facilius Stoici évadant diiïicultates quam Christiani, Nam si quis videatur peccare, quoniam aliter fieri non potest, utpote si quis claudicat, quoniam libiam habet extortam, excusabilior est eo qui claudicat voluntate. »

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