LA MORALE STOÏCIENNE DANS LA " MANIDUCTIO )) 20I
paroles d'une sagesse si divine, ajoute encore : « Sers-toi de moi pour le reste, où il te plaît et comme il te plaît, je suis d'accord avec ton esprit, j'ai même âme. je ne récuse rien de ce qui te paraît convenable. Conduis-moi où tu veux, revêts-moi du costume que tu voudras. Veux-tu que je sois magistrat ou simple citoyen, que je reste ici ou que j'aille en exil, que je sois dans la pauvreté ou la richesse? Non seulement je suis d'accord avec toi. mais de tout cela je te justifierai devant les hommes fi). »
Avec (^hrvsippe, Lipse nous donne la troisième expression de la loi morale qui n'est en somme que cette loi précisée par la définition de la nature humaine en nature raisonnable. C'est ce que dit Cicéron dans le iJe olficiis : « Il faut agir de telle sorte que nous ne fassions rien contre la nature universelle et que. la respectant, nous suivions notre propre nature : la raison. » Sénèque, dans ses admirables lettres, quand il cherche à définir la raison, s'écrie : « La raison est une imitation de la nature ». et plus loin : u (^u'exige-t-elle de nous? Tne chose très facile : que nous vivions sui\ant notre nature 2 . » Or puisque la laison commune est la Nature, et qu'il \' a une éiincelle de cette raison commune enfermée en nous, tandis que nous obéissons à notre raison, nous obéissons encore à la raison commune, à la Nature, à l'esprit divin qui vit en nous, et voici un nouvel argument en faxeur de la thèsj de Lipsc.
Mais il s'arrête en chemin, car il se rend compte qu'il toucherait a un point délicat de la métaphysique s'il allait plus loin: il préfère rés'jrNcr ces questions pour la I^liysiolof^ia où il les discutera plus à fond 3 . Ce qu'il importait de montrer,
(1) Ibid.^ lil>. II, ^.li^S. WII. p. Jil.
(2) Ihiii., p. 7.: 2.
(3) //'/(/. : < Hic stoicorum commimis sensus est, alibi poncndus cl explicundus •>, et il renvoie an lil). III. diss. vin, de la P/iyst(t/ogi,i.
et il y a passablement réussi, c'est cette unité même de la conception de la loi morale stoïcienne, malgré des différences apparentes de formule. Ce qui fait cette unité, c'est le principe qui la fonde : la Raison, c'est-à-dire Dieu, à la vie duquel nous participons pour notre bonheur, en dégageant de mieux en mieux ce qu'il y a de raison individuelle en chacun de nous, au mo3Tn de la vertu; et ce sera la quatrième formule de la loi morale que Lipse va essayer encore de ramener aux trois autres, a La vie vertueuse, nous dit Cicéron, dans le livre II du De Jînibus^ n'est que l'interprétation intelligente des choses qui arrivent naturellement. » Or qu'est-ce que cette intelligence, sinon un choix auquel préside la raison? Aussi Sénèque a pu dire que « la raison parfaite est appelée vertu ». La notion de vertu ainsi comprise éclairerait en effet d'un nouveau jour la loi morale. L'homme vertueux ne serait donc pas seulement celui qui obéit à sa nature, mais à sa nature raisonnable. Il y a en effet une nature instinctive qui est bonne, opaY,, et à laquelle il faut obéir, mais à condition que nous lui donnions une forme déterminée. C'est ce qui explique qu'il y a si souvent lutte en nous, et s'il semble parfois difficile de faire son devoir, c'est c]ue nous nous méprenons sur le vrai sens de notre nature que détermine la raison.
Non certes, nous ne sommes point vicieux par nature, et Lipse appuie avec force sur cette affirmation que les stoïciens ont répétée sous bien des formes, mais il juge cependant bon de la préciser (i). Lorsque Sénèque écrit que la nature nous a créés libres et sains, Lipse veut bien admettre le mot nature, mais à condition de l'entendre comme désignant notre
(i) Cf. ibid., lib. II, diss. xviii, p. 724 : « Ita noster Seneca proclamât... : Nitlli nos vitio N attira conciliât^ nos illa integros liberosquc gcnuit. (^uod tamen modiHcandum est, de prima illa et in Ratione insita : qucc vim suam nec in malis plane amisit. w
LA MORALE SIOICIENNK DANS LA ' MANLDrCTKJ » 20.'>
preniicTc nature, celle qui fut notre partage avant la faute. La tradition, avec les l^-res de l'Eglise, enregistre en etVet que l'homme fut créé bon, mais que sa volonté le fit mauvais, mais non pleinement mauvais i . Il lui resta encore après la chute une étincelle de raison qui lui permit de vivre encore de longues années selon la justice (2>, sans aucune révélation de la loi.
Tout l'ellort de la vie morale sera donc de recouvrer cette première nature, en remontant à sa source, c'est-à-dire à Dieu '3'. La sagesse revient en somme à la piété. Et cette opinion toute chrétienne de Lipse se trouve encore une fois d'accord avec celle des stoïciens. Il peut donc multiplier les exemples, cet argument lui tient à cceur. Zenon. Sénèque voisinent avec saint Augustin et Platon: Zenon parle de « ce génie intérieur ou Dieu, qui habite en notre âme et auquel nous devons obéir comme au guide suprême ». Démocrite disait déjà que « Tàme est la demeure de Dieu ». Mais, d'autre part, obéira Dieu, l'imiter en toutes choses, c'est le résumé de l'enseignement des Pères de l'I^glise: ('dément d'Alexandrie ne dit pas autre chose lorsqu'il s'écrie : « Marchez après le Seigneur votre Dieu, observez ses commande-
(i) IbiJ., \\h. II. diss. xviir. p. yib : u I licronymum audi : llonio Natitra bonus, vohtntitte factus est niiilus. (^)u()d in primogenio illo obtinel, a qiio vitam propai^inc duximus : sed quid? plane ii^itur ipsc aut nos facli mali? Neqat additqiic : Est t^nu-n in ijniinïs nostris natni\ilis qu.rJiini, nt ita Jixi'rim. sjnctitas, qu,r vclut in jrie' jnimi pr.rsidcns^ exercet Boni Mali que judicium. »
(2) Ibid. : « Iicrum Ilieronynius : H 11 jus U-gis ntcniintt Apostolns, qn.ini omnibus honiinibus insit^im, iriut in quibusdjm iabuîis cordis scriptam esse tcstatur. Sanc validam : adeo ut primi illi parentes, ea soia, lege nondiim scripia, sint servati. Idem : Sec illud p.irvum argumentum est ad eomprobanduni Satura: bonnni, quod primi illi /lomines, per tôt annoruni spatia, absque ulla admonitione Legis f'uerunt, non quia Dto creatura' su.r aliquando cura non fuerit sed, quia se talem sciebat t'eciss* Sjtnraiii, nt eis pro lege, ad exercendam Justitiain suffiecret. »
(3) Ibid., diss. XIX.
ments », répétant les paroles de l'Apôtre : « Soyez mes imitateurs comme je le suis du Christ, afin que vous le soyez de moi, moi du Christ, le Christ de Dieu; ressembler à Dieu autant qu'il est possible, c'est la fin de la foi (i). »
Avec des principes aussi nets, Lipse peut définir notre fin ou autrement dit le Souverain Bien. Pas d'hésitation possible, les stoïciens ont dit et répété de mille manières que le Souverain Bien résidait dans la seule vertu, Cicéron, Sénèque, Epictète surtout. Quant aux épicuriens, aux vieux académiciens, à Aristote, Lipse les éloigne dédaigneusement, ils se sont trompés sur cette question. Non seulement Lipse tient à constater dogmatiquement que l'honnête est le seul Bien parce que des philosophes autorisés Tont dit, mais encore à le prouver par des citations (2). Voici ses arguments.
1° « Le Souverain Bien, dit Sénèque, est dans l'àme, il perd de sa valeur s'il passe de cette partie supérieure aux autres parties inférieures. Il ne doit pas être placé dans la chair. Ne vois-tu pas, dit encore ce philosophe, comme chaque chose tourne à son bien? La fertilité recommande la vigne, la saveur le vin, la vélocité le cerf. Dans l'homme, ce qu'il y a de meilleur, c'est la raison, qui le met au-dessus de l'animal et rengage à la suite de Dieu. » (Ep. lxxvi).
Donc il ne faut estimer Thomme que par cette seule faculté qui le fait homme : la raison.
2^ argument. — Il faut chercher le bien et par conséquent le placer en ce qui est en notre pouvoir, et non en ce qui est sujet a changement. Sénèque encore une fois exprime la pensée du philosophe : « Quiconque cherche d'autres biens, vient en la puissance de la fortune et perd sa liberté. )>
(Ep. LXXIV).
(i) bid.^ lib. II, diss. xix.
(2) Ihid., diss. XX.
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3^ argument. Les biens donnés ne sont qu'un dépôt qui peut d'un instant a l'autre nous être enlevé. Alors quelle félicité peut naître en nous de cette possession! Nous nous fatiguons de les avoir, nous souffrons de ne pas les atteindre; après les avoir atteints, nous craignons de les perdre: et Lipse rappelle la classification si importante du Manuel entre les biens qui dépendent de nous et ceux qui n'en dépendent pas. (Manuel d'Epictete^ chap. i).
4*^ argument. Les biens étrangers à la vertu vont à ceux qui en sont indignes : comment pourrait-on alors appeler biens ce qui la plupart du temps est attribué aux méchants?
5*^ argument. S'il existait des biens étrangers à la vertu, les animaux seraient plus heureux que nous, car ils ont en grande abondance les dons du corps.
Ct' argument. Les vertus périraient. Cultiverions-nous la bonne foi. la justice, le courage, et abandonnerions-nous les richesses, la réputation, la gloire, la vie elle-même?
7' argument. Il faudrait encore que nous jugions mal Dieu parce que. nous dit Sénèque. « beaucoup de maux arrivent aux hommes justes ». lEp. lxxiv).
Le seul bien est donc la vertu. Si Lipse s'est servi pour développer ce principe d'arguments stoïciens, c'est parce que. cette fois encore, il était sûr d'être approuvé par les Pères de l'I^glise. Clément d'Alexandrie n'avait-il pas dit que le seul bien est l'honnêleté. et saint Ambroise. que la vertu est toujours heureuse, que le bonheui" qu'elle procure ne peut être augmenté par les biens extérieurs, ni diminué par l'adversité i ?
(i) bid.^ ouvr. cite. liv. II, diss. xx, p. 731-732 : << Jam de nostris, (Siemens audialur : Atqui soluni bonum Ilonestum esse, novit et Barbara (iJ est Juda:a et nostra) Phiiosophia : itemque, Virtulem sutricere ad Feliciiaicm, ubi dixit : Eccr dt'Jt jtiU otuloa ttios bonum ft m.uum, lut.tm et woi tcin, elige vitam. Nam bonum quidem vitam app^lLit <•/ hontstam ejus eUctionem. Utriusque autem finis idem, Dci ^mantem et verentem tsié
20Ô CHAPITRi: III
Lipse vient ainsi de résoudre rigoureusement le problème du Souverain Bien, si rigoureusement même qu'il ne peut échapper aux objections c]ue lui fait son auditeur comme elles furent faites aux premiers stoïciens. Oui, sans doute, le seul bien véritable est la vertu, mais enfin il peut y avoir d'autres biens. Les académiciens et Aristote Font formellement déclaré, quelques stoïciens Font même laissé entendre. La vie heureuse est bien faite de vertu, mais à condition qu'il s'y joigne des moyens de la réaliser; ce sont ces mo3'ens qu'ont défini les académiciens et surtout Aristote dans son Éthique à Nicomaque. La santé, la richesse, le crédit, la puissance, les amis, non seulement sont des biens pour Aristote, mais des moyens indispensables de faire le bien. A cette pensée Lipse se révolte (i). Dételles maximes sont vraiment trop peu généreuses, trop peu viriles pour être vraies, et si quelques stoïciens ont cru bon de s'éloigner de la première formule, c'est qu'ils ont subi l'influence du vulgaire et de l'opinion; il est difficile en effet d'y échapper. Lipse voudrait au contraire maintenir dans toute son intégrité cette expression du Souverain Bien. Cependant son
Denique addit : Hœc jactant assidue Stoici : ut videas eum nostris istis Sacra pariare. Quid autem Ambrosius? Sœpe etiam Stoicus, ut observavi, hic quidem palam : Niliil bonniii inquit, Scriptura^ nisi quod honestum, asserit : Yirtutemqiie in omni rerum statu heatam judicat quœ neque augeatur corporis bonis, vel externis^ neque miniiatur adversis. An potuit Zeno capitalia ista dogmata disertius efferre? Et vides, quid sentiant et consentiant nostri. »
(i) Ibid., liv. II, diss. xxr, p. 733. Après avoir cité Aristote, Eth. ad Nicom. cap. viii : Fieri non potest, certe œgre^ ut bona aliquis faciat sine instructo et apparatu. Muïta enim velut per organafacienda sunt, amicos, opes, civilem gratiani aut potentiam. Oui autem aliquibus carent, maculant et fœdant Beatitudinem : ut qui Nobilitate, qui Prolium copia aut bonitate, qui Forma. Non enim plane felix est, facie turpis, iguobilis, aut solitarius et iniprolis. Lipse s'écrie : « Deus bone, Nobilitatem, Proies, Formam etiam, venire in hune censum? Da veniam, Lyceum, et tu ejus antistes : parum generosi aut viriles sunt isti sermones ut sint veri, )j
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disciple le presse, lui demandant une solution plus pratique, une division plus nette des biens et des niaux et une définition plus précise de la vertu; Lipse est bien obli^^é alors de faire de la casuistique stoïcienne et d'admettre certaines subtilités de logicien, il en arrive ainsi j la classification des biens, et nous la présentera s(jus quatre aspects différents, suivant les interprétations de Stobée. de Sextus Empiricus. de Diogène de Laërte. de Clicéron i . Il serait fastidieux de rappeler toutes ces divisions. Lipse, du reste, opte définitivement pour celle qui rattache le Bien à Futile, admettant trois classes de biens : ceux qui sont causes de Tutile. moyens de l'utile, ou Futile lui-même. Clément d'Alexandrie sanctionne ce choix lorsqu'il écrit que le bien n'est rien autre que ce qui est utile (2 .
Mais plus importante est la distinction des maux, et avant d'y arriver, celle de ces choses indilTérentes qui seivent en quelque sorte de matière à la vertu et que Lipse, malgré son intransigeance, ne peut traiter de même soiie qu'Arision de Chio, le ligide philosophe, qui ne Noyait nulle dilVérence entre la sanié la plus parfaite et la maladie la plus gra\e. et qui seul parmi les stoïciens ferait penser au formalisme kantien.
Lipse consent a sui\re les stoïciens dans les broussailles de leuis divisions et subdi\ isions. mais il se lend bientôt compte qu'il fait là im travail d'ei'udit plus que de philosophe, puisqu'il exhorte son auditeur à la patience pai' amour des stoïciens et de son chei" Sénèque !^ .
(i) Ibiii., ouvr. cite, lih. II, diss. xxii.
(2) Ihïii.. p. 733 et 'M'). « Boiuini iuiliir. qui iHiimni. nihil aliiui .ju.iiii proclcsl »•
tf Bonum irifariam diciinl : I. A qiio utilitas : ut est virtus; II. Per quoJ utilitas..., m itcrum virius, cl aniplius, sccunduin cam actiones; III. Quod poicst Utile esse : sivc iino verbo, ulibilc : ul dicta jam duo, itcmquc Amiens, Vir bonus, l)ii et Da'mones, »
(3) /biii., diss. xxiii.
2o8 CHAPITRE III
Des choses indifférentes, les unes sont conformes à la nature, telles la santé, la force, Tintégrité des sens; d'autres ne le sont pas, la maladie, l'inintelligence, les infirmités par exemple ; d'autres enfin ne sont ni conformes ni contraires à la nature. Dans les deux premières catégories, il faut introduire une nouvelle subdivision : il y a des choses indifférentes qui se rapportent à l'àme, d'autres au corps, d'autres nous sont extérieures. Mais comment estimer une telle variété de choses indifférentes? C'est alors que Lipse fait intervenir fort à propos la fameuse distinction de Zenon des Tiporjyaéva et des à7rpo*/]ya£va que reprend Cicéron dans son De finibiis sous le nom de « producta, promota, pr^posita, praecipua » d'une part, de « rejecta » de l'autre (i).
Les choses indifférentes ne peuvent en effet avoir de valeur que dans la mesure oii elles approchent du bien ou de la vertu; de même, suivant Zenon, un roi dans son palais ne peut point avancer ou reculer en dignité, mais ses sujets le peuvent, suivant qu'ils sont plus ou moins proches de lui.
Mais,, à côté de cela, que de subtilités lorsqu'il s'agit de qualifier ces choses indifférentes ! Il faut tour à tour, comme le dit Plutarque (2) raillant Zenon, les prendre mais non les rechercher, « sumenda non expetenda » ; elles ne sont pas de vrais biens, mais conviennent à la nature; elles sont inutiles, mais commodes. N'y a-t-il pas là en effet une querelle de mots, comme le constate si souvent et avec raison Cicéron, comme l'a remarqué aussi saint Augustin, et peut-être Lipse lui-même. S'il n'avait point été si consciencieux, il aurait sans doute passé ces discussions sous silence; car il reconnaît que si elles n'enlèvent point aux stoïciens notre confiance, tout au moins elles leur enlèvent, à eux, de leur gravité (3).
(i) Ibid.
(2) Ibid., lib. 11, diss. xxiii, p. 42 : « Plutarchus Zenonios irridens : sîimenda, non expetenda; apta naturœ non bona; inidiJia, tamen commoda. »
(3) Ibid., diss. xxiii.
LA MORALi: stoïcienne DANS LA « MANUDL'CTIO » 20q
Mais ce blàmc n'est jeté qu'en passant: a la dissertation suivante. Lipse semble le lever tandis qu'il résout pratiquement la question. Les stoïciens ont eu raison, selon lui, d'entrer dans ces subdivisions des indifférents, car cela est nécessaire à la vie morale: il fallait que nous puissions classer nos actions pour v apporter soit le frein, soit l'aiguillon, suivant qu'elles sont à faire ou à éviter. C/est ainsi, nous dit Lipse, que je suis pousse a faire une chose lorsque je l'appelle un bien, car je présume qu'il faut la rechercher; si je l'appelle préférable, j'apprends qu'elle touche les limites du bien et que je dois en approcher avec discernement. Et Ton raisonne de même pour les maux, pour les choses à éviter, qui peuvent être tour à tour rejetées ou recherchées suivant que Ton peut \' trouver oui ou non matière à vertu. « Toute chose qui n'a pas en soi d'honnêteté, dira Sénèque, peut en prendre, la vertu \ étant ajoutée. Il en est de même de ces choses qui sont indifférentes, la malice ou la vertu leur donnant le nom de bien ou de mal Ep. i.xwin (i). »
Dans cette première partie de la morale. Lipse a, en quelque sorte, tout accepté de la morale stoïcienne : la détermination de la loi morale dont il place le fondement en Dieu et dans le creur de l'homme, l'identité des deux termes : vertu et bonheui". Il n'a point discuté les objections qui peuvent surgir à ce sujet : l'essentiel était pour lui de dégager la base rationnelle de la morale stoïcienne d'accord avec celle de la morale chrétienne; il y a parfaitement réussi.
Il ne lui reste donc plus qu'à étudier les moyens de réaliser cette loi et par conséquent à déterminer l'altitude de rhomme qui obseivc la loi morale, c'est-à-dire l'attitude du sage stoïcien. Il le lera en traitant des dccrcta qui se résument dans les paradoxes stoïciens.
(i) IhiJ.. \\h. II. diss. XXIV.