LES PARADOXES STOÏCIENS DANS LA (( MANUDUCTIO
Mais avant de songer à réaliser l'idéal du sage, il importe de se défendre contre des maux véritables. C'est ainsi qu'au livre III l'auditeur demande à Lipse, comme Lipse le demandait autrefois à Langius dans la Constance, qu'il remplisse ce rôle de médecin qui convient si bien au philosophe. La philosophie est certes le seul refuge contre des maux véritables, mais à condition que Ton en use d'abord pour débarrasser l'àme de ses vices. De même la médecine, avant de porter ses fruits, doit chasser d'abord les maladies au corps.
Les maladies les plus terribles sont la crainte et l'espoir (i), et les meilleurs remèdes ces décréta ou principes dont Lipse a longuement déjà parlé dans les livres précédents et qu'il va développer en les classant sous le nom de paradoxes. Or, comme tout se suit avec une admirable logique dans ce stoïcisme qu'il admire, il n'aura aucune difficulté à défendre logiquement les paradoxes en montrant le lien qui les rattache aux principes premiers du stoïcisme, bien que les objections de l'auditeur ne lui épargnent rien. Cicéron n'a-t-il pas comparé ces paradoxes à un vin léger qu'il vaut mieux goûter que boire? N'a-t-il pas été jusqu'à dire dans le De finibus que les paradoxes soulèvent d'abord l'admiration, puis le rire... (2;? Sénèque n'a-t-il pas lui aussi constaté ce qu'ils avaient de contradictoire lorsqu'il objecte aux stoïciens ? « Volis dites que le sage n'est point pauvre, et cependant vous dites qu'il manque d'un vêtement, d'un esclave, d'un toit... Vous dites qu'il ne reçoit pas l'injure, et pourtant vous condamnez pour injure celui qui l'injurie... »
(1) Ibid., lib. III. diss. r.
(2) Ibid., lib. III, diss. 11.