DU VAIR. — SA VIK. — L KVOLUTION DK SON STOÏCISME
Reste maintenant le dernier acte du drame, l'entrée finale d'Henri I\' à Paris. Du \'air v travaille avec un noble courage. Il participe activement aux arrangements qui se font entre le roi et Brissac pour la capitulation: il fait même plus. La nuit où l'on se préparait à ouvrir au roi les portes de Paris, ceint d'une cuirasse sous sa jupe, revêtu de l'écharpe blanche, il prit le commandement d'un détachement établi à l'hôtel de Cluny. Là. il tit preuve d'un véritable sang-fr(Md. S'apercevant trop tard qu'il s'était avancé au milieu de l'ennemi, suivi de deux ou trois des siens seulement, il n'essaya point de combattre par l'épée. mais par la parole. Il adressa à ses adversaires un discours éloquent qu'interrompit pour un instant seulement un coup de hallebarde, arrêté heureusement par sa cuirasse \i).
Tant de dévouement ne fut point inutile. Du ^'air eut raison de garder ainsi jusqu'au couronnement de ses desseins son optimisme intact, il ne pouvait trouver de meilleur principe d'action. Le dénouement de ce drame, de la guerre civile, lui dcmna raison.
Henri 1\', rentré à Paris, rétablit le Parlement intidèle en même temps et sur le même pied que les Chambres qui avaient obéi à l'ordre du roi, et transporté leurs sièges à Tours et à Chàlons. Pour la deuxième lois, la charge de maître des requêtes est olVerte à Du \'air. Il l'accepte volontiers alors : les C(Miditions sont bien changées, il débute dans une brillante carrière où le philosophe, de\enu homme politique, pourra meitie en pratique les bonnes leçons d'expérience que viennent de lui donner les rudes épreuves qu'il a traversées.
(i) (^f. Kadouant, ouvr. cite, p. 3;; et seq.
QUATRIÈME PHASE. LE NEO-STOlClSME
Henri IV lui réserve en eflet une tâche difficile et délicate : celle de pacifier la Provence. En iSgG, Marseille, après de pénibles et longues luttes intestines, fomentées par les ambitions espagnoles et florentines, venait enfin de revenir à la domination française, grâce au courage de M. de Libertat. Mais pouvait-on se croire en repos avec un peuple aussi remuant, aussi versatile, aussi avare que les Marseillais, surtout lorsque les îles avoisinant la ville étaient encore aux Florentins, et que les Espagnols tra\'aillaient sourdement à provoquer de nouvelles discussions ? Cet état de choses donna à Henri IV l'idée de créer une Chambre de justice que présida Du Vair, investi d'une auiorité sans limites. Il est aisé de comprendre ce qu'il fallut d'énergie, de fermeté, et pourtant de souplesse et de perspicacité, pour mener à bien une semblable mission. Du Vair y fit merveille : son équité, sa droiture et son courage vinrent à bout de tout. En i5()8, la Chambre de justice extraordinaire, créée à Marseille était supprimée, et Du Vair nommé premier Président du Parlement d'Aix.
Dans ce;te nouvelle charge, d'autres difficultés, et peutêtre plus grandes encore, attendaient le magistrat. C'était cette fois une province tout entière qu'il fallait reprendre par une sage administration. Il fallait lutter énergiquement contre des abus invétérés, refaire des lois pour les substituer à mille coutumes surannées, inextricables, qui régissaient encore le pa\s. Pour accomplir d'aussi graves réformes. Du \'aii- n'avait alors d'appui que le Parlement. Plus d'iuie fois, le roi avait promis de venir l'aider de sa présence; jamais il ne le fit. Du \'air réussit pourtant à s'acquitter de