‹ La renaissance du stoicisme au XVIe siecleChapitre 9 sur 49 · LE MOUVEMENT STOÏCIEN EN ALLEMAGNE I · texte numérisé non relu

LE MOUVEMENT STOÏCIEN EN ALLEMAGNE I

jalouse de ses droits tout ce qui peut relever directement de la raison humaine » (ij. Le scepticisme d'Érasme aboutit donc bien au triomphe de la raison pratique, et la morale stoïcienne v trouve largement sa place. Plus tard, lorsque la séparation, commencée pai" Erasme, entre la morale et la religion, se sera fortement accentuée et que, par un brusque revirement, les théologiens de Cologne (2) prenant peur devant les progrès de l'incrédulité, eurent entraîné presque toute l'Allemagne dans une violente réaction, il semblera qu'il n'y ait plus de conciliation possible entre l'esprit nouveau et celui qui représente le passé avec la tradition chrétienne.

Cette impression fut de courte durée, car Epictète, en se vulgarisant grâce aux éditions savantes, parut excellent pour réveiller la foi dans les coeurs amollis. Un pasteur protestant, Thomas Naogeorgius (3), donna à Strasbourg en ]55j\., avec la traduction du Manuel, des commentaires qui n'étaient rien de moins qu'une introduction au christianisme par le stoïcisme : c'est dans cette intention, du reste, qu'il confronte les textes sacrés de la Bible, deTÉvangile, de l'Ancien et du Nouveau Testament avec les grandes pensées du Manuel et des Entretiens. C'est alors que se Ht plus intimement encore cette synthèse dont les humanistes avaient préparé les éléments par la restauration des textes sacrés et profanes. La renaissance du stoïcisme aboutit en Allemagne, nous venons de le voir, sous les formes les plus diverses, à cette fusion de deux philosophies, qui semblent si proches lorsqu'on se borne à un examen supcrticiel, et c'est ce que nous appellerons le néo-stoïcisme.

(i) Cf. tbid. Érasme reprenait la thèse de l'humanisme : la morale antique se retrouve dans la morale chrétienne. Cf. Imbart de la Tour, Érasme, dans la Revue des Deux Mondes, ib mars i()i3.

{21 Cf. Janssen, op cit., tome II. En chaire, un Dominicain de Coloi^ne disait en i3iô : a Dans l'intérêt de la jeunesse, il faut tarir cette source d'où s'épanche un fleuve d'indignités. » Avec Keuchlin, cette lutte devint politique et s'étendit sur toute l'Allemagne.

(3) De son vrai nom Thomas Kirchmaier, ne en Bavicre en i3ii, polémiste et philologue.

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