Voir notre second volume, p
le supposer”, non seulement les chapelles seraient voûtées suivant une autre méthode, mais encore toute l'ornementation différerait de celle que nous avons
sous les yeux.
Il ne faut pas l'oublier, en effet, dans le développement de la Renaissance, la Normandie joue à peu près le même rôle que le Milanais en Italie. La plus grande préoccupation de cette province est d'étaler une richesse exubérante, et n'était la perfection de l'exécution qui le plus souvent ne laisse rien à désirer,
on serait promptement fatigué de ce véritable entassement de Pélion sur O: Rien que dans la manière dont toutes les surfaces plates disparaissent à la Ferté- Bernard sous une abondante sculpture, nous trouverions donc un second argument
en faveur de notre thèse. Il est remarquable surtout que les tympans au-dessus des fenêtres méridionales soient traités absolument comme ceux des absides de
Caen. Quant à la balustrade, elle offre, par une exception dont nous ne con-
naissons pas d'autres exemples, une série de petits personnages dans différentes
positions, qui représentent, d'un côté, les sept jours de la semaine ou les sept planètes sous la figure de divinités de la fable* et, de l'autre, le roi de France et 4 ses douze pairs, six laïques et six ecclésiastiques, chacun désigné par son nom.
| Entre ces deux groupes, quatre figures, les plus curieuses de toutes, personnifient les tempéraments de la médecines. Certes, il n'y a rien là de très religieux, et
l'on ne se douterait guère qu'il s'agit d'un temple élevé à la mère de Dieu
si, à la suite de cette exhibition, ne se déroulaient en lettres ornées avec magnificence l'Ave Maria et le Regina cœl.
Les louanges de la Vierge se continuent à l'intérieur dans une série de bas-reliefs qui, par leur bonne exécution, méritent une mention toute spéciale.
On y voit, au milieu d'admirables rinceaux, une série de monuments des plus
intéressants dont la présence s'explique par les inscriptions bien connues : Porta cœli, Templum Dei, Fons hortorum, ete. Cette dernière représentation surtout est pleine de charme. Au milieu d'un bassin hexagonal, décoré sur chacune de ses faces d’élégantes rosaces, s'élève une colonne à renflements multipliés qui soutient deux étages de vasques surmontés d'un Amour. La Renaissance triomphe ici pleinement, et l’on ne saurait trouver un plus joli modèle
| ; 5 | de fontaine.
1. Léopold et Roberc Charles, op. cit., p. 148. 2. En voici la liste : Sol, Luna, Mars, Mercure, Jupiter, Vénus et Saturne.
inscriptions gravées au-dessus de chaque statuette sont ainsi conçues : le colérique, le sanguin, le fegmatique et le mélancolique, Ce dernier porte n : ï et Jegmatiq le mélancolique. Ce dernier porte un bandeau sur les yeux pour indiquer sans doute qu'il voit tour
en noir,
Les bas-reliefs dont nous venons de parler se voient dans les chapelles méridionales qui seules ont été entièrement élevées par Mathurin Delaborde 1535-1544). Ils s’harmonisent parfaitement avec le luxe des crédences et toute
la décoration des voûtes à caissons et à pendentifs ‘. Quant aux meneaux des
fenêtres, l'effet qu'ils produisent est à peu près nul, car rien de ce qui les place
dans une catégorie à part n'est apparent à l'intérieur. Nous faisons allusion, on É F PE le comprend bien, aux divisions secondaires de la claire-voie qui, par leur carac-
tère avancé, contrastent si étrangement avec l'arc aigu sous lequel elles se
servent à maincenir la plupart des pièces pendantes. L'architecte a
développent. Toutes sont détachées du vitrail, et la lumière se trouve ainsi distribuée avec plus d'abondance.
En résumé, l’église de la Ferté-Bernard, dans ses parties les plus intéres-
santes, est une émanation directe de Saint-Pierre de Caen. Mathurin Delaborde, qui n'avait pas le génie d'Hector Sohier, à qui tout à la fois manquaient la faculté créatrice et une certaine ampleur dans l'exécution, a su faire cependant une œuvre où non seulement sa personnalité s'accuse d'une façon suffisante, mais où rien ne paraît mesquin. Chez lui, le calcul domine et il sait parfaitement
se tirer des difficultés que présente tout changement de plan dans la con-
struction. En outre, il possède un goût délicat, le sentiment de ce qui convient
à un espace déterminé. Rarement sa richesse se transforme en exubérance, et
il peut être rangé parmi les esprits qui joignent à de petits défauts de très
grandes qualités.
La Ferté-Bernard nous a si longtemps retenu, qu'à peine si nous avons
le loisir de parler de Saint-Calais. Cependant l'église de cette petite ville
possède une façade terminée en 1540, qui, à côté de certaines bizarreries, telles que la fenêtre en fer à cheval ouverte dans le pignon, présente des parties bien comprises. Par exemple, sans rien enlever de leur force aux contreforts
placés au centre, on les a très habilement dissimulés sous la forme d'élégants pilastres. Nous aimons également les petites portes latérales, d’une grande simplicité et d'une bonne exécution. Mais la double baie qui sert d'entrée principale | est malheureusement surmontée d'un tympan ajouré dont le développement est | | restreint par une archivolte en porte à faux. Puis que viennent faire tous ces
clochetons qui coupent si étrangement les rampants du toit? L'architecte, bien
fâcheus
e aller à des réminiscenc
que familier avec le nouveau style, se la
et sa composition, en quelque sorte, paraît plus jeune par la base que par
sommet .