‹ La renaissance en France (volume 3)Chapitre 2 sur 37 · Violler-le-Duc, Dicrionnaire. ete, t. V, P · texte numérisé non relu

Violler-le-Duc, Dicrionnaire. ete, t. V, P

mauvais, mais tout se bornait en général à des feuillages de convention ou à des ornements géométriques. La figure humaine apparait rarement et il ne faut pas chercher dans les grandes fondations de Guillaume le Conquérant et de la reine Mathilde ces poèmes de pierre que l'on rencontre en certaines régions du centre et du midi‘.

Il était à craindre qu'en passant brusquement sous la domination française, dans les premières années du xm° siècle, la Normandie ne perdit un peu de son originalité. Mais heureusement, en bien des cas, une certaine autonomie administrative et financière peut remplacer l'indépendance politique et les successeurs de Philippe-Auguste, loin de restreindre les libertés de leurs nouveaux sujets, ont le plus souvent tendu à les augmenter encore. C'est ainsi, par exemple, qu'en 1250 fut publiée la Cowtume destinée à consacrer les droits de toute cette partie de la France*, que le grand tribunal nommé Échiquier reçut, en 1302,

une meilleure organisation. Même à deux reprises les anciennes barrières furent

un instant rétablies ; on essaya de faire revivre ce qui était mort définitivement’.

Car les Normands, pourvu qu'ils conservassent leurs institutions, tenaient tr peu à faire partie d'un État séparé et lorsque Louis XI, en 1468, fit briser ‘anneau ducal que des révoltés, étrangers au pays, avaient mis au doigt de son

rère Charles de Berry, il ne semble pas que beaucoup de voix se soient élevées

pour protester. Au contraire, la suppression des états, sous Louis XIV, fut fort mal accueillie. On y voyait avec raison un changement profond dans l'état de a province; rien ne se ferait plus sans recevoir des ordres du dehors et les

mêmes règles, en dépit des convenances locales, n'allaient pas tarder à être

partout appliquées uniformément +.

Ce rapide coup d'œil suffit à montrer dans quelles conditions excellentes, relativement aux arts, se trouvait la Normandie au moment où se préparait, de tous côtés, la grande éclosion de la Renaissance. Non seulement toutes les

villes étaient riches, mais encore elles jouissaient d'une semi-indépendance

1. Suivant Viollet-le-Duc, Dictionnaire, t. VIII, p 185, l’exubé

ante sculpture de la Saintonge et du Poitou serait due aux incursions normandes. Mais alors comment se fait-il que rien de semblable ne se montre dans le pays où les compagnons de Rollon fondérent un établissement régulier? C'est là un mystère que le célèbre architecte a négligé d'éclair

2. « Incipiunt iura et consuetudines quibus regitur ducatus Normarie », lisons-nous dans le tex Coutume imprimée en 1483.

e latin de la

3. La Normandie fut reconstituée en duché par Philippe VI qui désirait laisser cet apanage à son fils Jean, Quanc n de la ligue du Bien public.

4. Le tribunal de l’Échiquier, transformé en parlement au commencement du xvr° si

à Louis XI, en 1465, il ne céda qu'à la pr

cle, fut à son tour supprimé en 177t, de sorte qu'il n'y avait pour ainsi dire rien à détruire en Normandie, lorsque la Révolution vint à éclater,

qui leur permettait d'imprimer à chaque transformation opérée, soit dans la

disposition de l’ensemble, soit dans l'agencement des détails, un cachet véri-

tablement personnel. De là ces différences que nous aurons à signaler en un grand nombre d’endroits. Au xvr siècle on ne bâtissait pas à Caen comme dans la vallée de l'Eure, à Rouen comme à Gisors. Les écoles sont nombreuses et tranchées, ce qui n’a pas lieu d'étonner lorsqu'on considère l'étendue de la province. Du reste, la liberté dont on jouissait par rapport à la direction des travaux s'étendait également au choix de l'architecte. Or il faudrait bien mal connaître la Normandie pour s'imaginer qu’en aucun cas on ait négligé de se servir des éléments locaux. D'autre part, les artistes, assurés de trouver chez eux fortune et honneur, se gardaient bien d'abandonner leur lieu de naissance. Et l'exemple donné par les pères était suivi par les fils, de sorte qu'il n'est pas rare de voir un monument dont la construction a duré fort longtemps entièrement dû aux membres d'une même famille.

Il semblerait, au premier abord, qu'un pareil état de choses ne fût pas très favorable au progrès, qu'il y eût à craindre une certaine immobilité dans la manière de faire et d'exécuter. Car, en définitive, c'est par l'émulation qu'architectes et sculpteurs développent principalement les ressources qu'ils possèdent en eux-mêmes. Mais ce stimulant ne manquait pas à la Normandie où, grâce à l'influence de quelques hautes personnalités, pénétraient toutes les innovations. Les d'Amboise, les Le Veneur, les d’Annebaut, pour ne citer que les plus en vue parmi les protecteurs des arts, n'entendaient pas être en retard sur ce qui se faisait autour d'eux et, leur exemple aidant, le mouvement gagnait rapidement de proche en proche. Seulement, comme nous l'avons expliqué tout à heure, il s'agissait en général bien plus d'une simple interprétation que d'une imitation véritable; on ne croyait pas pouvoir mieux rendre hommage aux idées d'autrui

qu'en les appropriant à une manière toute particulière de voir et de sentir.

Bien que commencée dans les premières années du xn° siècle’, la cathé-

drale de Rouen n'était pas encore achevée sous le règne de Louis XII. Il restait

uste. CF. Revue des architectes de la cathédrale de Rouen, par A. Deville.

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