‹ La renaissance en France (volume 5)Chapitre 28 sur 55 · LOUVET · texte numérisé non relu

LOUVET

Nous avons respecté, naturellement, l'orthographe de la seconde lettre,

2. M, le baron Le Prieur de Blainvilliers, rue Saint-Anasrase, 3, à P

3+ Comptes des bâtiments du Ror, t. L*, p. 292. — Ce document a été publié pour la première fois, en 1802, par

A. Lenoir, dans le Musée des moruments français, t. II, p. 74.

exécuté le monument tout entier; nous sommes en présence de la création d'un seul esprit, de l'œuvre d'une seule main. Aussi, n'en faudrait-il pas davantage pour assurer l'immortalité de Pierre Bontemps qui a su déployer, dans la circonstance, toutes les ressources de son talent. D'abord, ce qui est plus difficile qu'on ne s'imagine, il n’a pas un instant perdu de vue le programme qui lui était imposé et chaque partie du monument affecte une forme tellement spéciale qu’elle ne saurait, sans inconvénient, être détournée de sa destination. Puis tant de précision se trouve unie à tant de grâce, partout se présente un si remarquable mélange de jeunesse et de maturité, que la critique chercherait vainement le moyen de s'exercer. L'éloge seul convient donc à ce chef-d'œuvre qui occupe aujourd'hui

une place d'honneur dans la basilique de Saint-Denis”.

dl

A propos de Fontainebleau nous avons nettement établi que la part attribuée à Serlio dans cette vaste demeure était absolument nulle. Le nom du célèbre architecte italien ne figure en aucun endroit des Comptes qui, cependant, sont aussi explicites et aussi étendus qu'il est possible de le désirer. Bien plus, la place dont on voudrait trop facilement disposer se trouve prise par plusieurs de nos compatriotes qui, pour avoir longtemps tardé à faire valoir leurs titres, n’en sont pas moins dignes aujourd’hui de l'admiration de la postérité.

Mais, battus au midi de Paris, les partisans quand même de l’immixtion étran-

gère ne manqueront pas sans doute de se retourner du côté du nord. Le docte Félibien n’a-t-il pas clairement fait entendre que le château de Saint-Germain

en Laye était l'œuvre de Serlio? et, comme il vivait au milieu du xvn° siècle’, son

r. Sur l'entablement du piédestal sont gra

ées quatre inscriptions latines en style alambiqué

Celle qui est à moitié

visible dans notre dessin accuse de la mort trop prompte du roi les rigoureux destins qui décidèrent de la chute d'Ilion.

REX FRANCISCE TVVM SVPERIS QVEM FATA DEDERE OCYVS ILIACÆ FATA SEVERA DOMVS.

Cf. de Guilhermy, Inseriprions de la France, t. Il, p. 168.

2. «Et si nous considérons ce que Serlio à fait à Fontainebleau, dans la cour de l’'Ovale, et au vieux château de

Saint-Germain en Laye, etc.» Entretiens sur les vies et les ouvrages des plus excellents peint

s, & IT, p. 57

témoignage est presque celui d'un contemporain. Puis, à une date aussi éloignée, où trouver ailleurs dans notre pays des toits terminés en terrasse et des balustrades se découpant sur l'azur du ciel ? Il n'est pas jusqu'aux tirants en fer, placés un peu äu-dessus de la naissance des voûtes, qui, parfaitement inconnus en decà des Alpes durant tout le moyen âge, n'indiquent l’origine italienne de la construction.

A cela nous répondrons que dans la même phrase où Félibien parle de Saint- Germain en Laye, il fait également honneur à Serlio des bâtiments de la cour Ovale, à Fontainebleau. Or, si la dernière assertion n’est plus aujourd’hui soutenable, comme le démontrent les nombreux documents précédemment produits, il nya pas de raison pour que la seconde s'impose à nous sans contrôle. D'ailleurs, cette fois encore, pour arriver à la découverte de la vérité les difficultés ne seront pas très grandes; il sufira tout simplement d'examiner avec l'attention qu'il mérite le passage suivant des Comptes : « Guillaume Guillain, maistre des œuvres de maçonnerye de la ville de Paris, et Jehan Langeoïis, maçon, confessent avoir faict marché et convenance de faire et parfaire pour le Roy, nostre dict Seigneur, en sesdicts bastimens et édifices de Saint-Germain en Laye tous les ouvraiges de maçonnerye, selon et ainsi qu'il est plus à plain contenu et déclairé ès devis et marchez de ce faictz et passez avec feu maistre Pierre Chambigez, en son vivant maistre des œuvres de maçonnerye de ladicte ville de Paris, pour semblables

pris et pour pareilles causes, et selon et ainsi que ledict Chambigez estoit tenu et

obligé faire par lesdicts devis et marchez faictz et passez par devant notaires le lundy vingt deuxiesme jour de septembre, l'an mil cinq cens trente neuf'.»

Il n'y a donc pas à s'y tromper maintenant, le château de Saint-Germain en Laye a été bâti non par Serlio, mais par Pierre Chambiges. D'ailleurs, en 1539, époque à laquelle furent commencés les travaux, suivant le document authentique que nous venons de citer, François I‘ eût été bien empêché de faire appel au talent du premier architecte, qui ne devait franchir les Alpes que deux années plus tard. Quant À supposer une ingérence tardive qui se serait manifestée par des changements propres à justifier l’assertion de Félibien, la chose n’est pas possible.

Outre que Pierre Chambiges, accoutumé depuis longtemps à commander en

1. Comptes des bâtiments du Roï, t. Il, p. 292-293. Grands Architectes français de la Renaissance, p. 142) qui n’a pas su en tirer toutes les & à M. Millet, dans son ié en 18 part des documents de la plus haute importance sur le château

ée mall ent par Claude Sauv

uences qu'il comporte. Quant

pport au min

re d'État, pu upçonner qu'il existe quelque

la restauration lui est confiée. Cette ignorance est par-

xt (Palais, châteaux,

etc, t Il, p. 76-114), Léon Charver (Sébastien Serlio, and de Lacombe (le Château de Saint-Germain en Laye, 1 vol. in-r2, 1875, passim), qui tous ayant écrit après Berty, se trouvent d'aurant moins excusables.

maître, eût difficilement accepté de descendre au second rang, nous avons vu, par tout ce qui s'est passé à Fontainebleau, que le roi n’abandonnaïit jamais les hommes qu’il avait une fois choisis pour l'exécution de ses volontés. Et puis, dans le cas présent, il s'agissait d'une œuvre que la souplesse de l'artiste lui avait presque permis de regarder comme sienne, sans compter que la duchesse d'Étampes, en possession depuis peu du château de Challuau, dont le genre de construction a reçu tout son développement à Saint-Germain en Laye, ne pouvait manquer au besoin de faire prévaloir une décision éminemment patriotique.

Aussi, jusqu'à sa mort, arrivée en juin 1$44*, ne semble-t-il pas que la position de Pierre Chambiges ait été sérieusement menacée. Même nous ferons remarquer que des deux architectes appelés à recueillir l'héritage du maître, l'un, Guillaume Guillain, se trouvait avec lui dans des liens d'étroite parenté’. C’est pour cela sans

doute que, de préférence, on le chargea de continuer une œuvre qu'il devait être

plus à même que tout autre de mener à bonne fin. Du reste, à la date indiqué si l'on excepte le corps de bâtiments qui renferme la salle des fètes*, toutes les parties du château atteignaient presque le niveau des toits. Rien n'est donc moins étonnant que de voir, le 29 janvier 1548, trois habiles « maistres maçons5 » procéder solennellement à la définitive réception des travaux.

Guillaume Guillain et Jehan Langeois s'étaient engagés par contrat à ne s'écarter en aucune façon du projet conçu par leur prédécesseur. Or nous voyons que, dès le premier instant, « par ledict marché dudict Saint-Germain en Laye, les terrasses de dessus les haultes voultes desdicts bastimens et édifices dudict lieu debvoient estre couvertes d'un gros pavé de carreau ». La nature de ce dernier est même nettement déterminée et l’on ne pourra employer que les « grandes pierres de liaiz de Notre-Dame-des-Champs lez Paris’». Tout cela, ajouté à ce qui est dit plus haut des « devis et marchez faictz et passez avec feu maistre Pierre au : « Et ÿ estoit ledit sieur Roy en le bas-

1. C'est dans ce sens qu’il faut prendre la phrase suivante de Du Ce

hitecte. » Les plus excellents bastimenrs de

tissant si ententif, que l'on ne peult presque dire qu'autre que lu en fust

France.

. D'après l'épitaphe publiée par Paul Lacroix dans la Revue universelle des Arts (année 1855, p. 201).

3. Il avait épousé Perretre Chambiges, que tout tend à faire considérer comme la fille de l’archirecte indiqué dans

les Compres.

4. «ltem, er le dessus des voultes qui seront au dessus de la grand'salle du corps d’hostel que l’on faict de présent au

bout de la court dudict dl u, du costé de l’encrée et basse-court, depuys ladicre vieille tour jusques en l'angle estant

asse entre la vicille chapelle et g; 5- «Charles Billard, maistre maçon de Monseigneur le connestable, Guillaume Chalon et Jehan Chapponner,

s dudict chasteau. » Comptes des bâtiments du Roë, t. II, p. 293.

maistres maçons à Pari

» Comptes, etc., t. IL, p. 294.

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