PLAN DU CHATEAU DE SAINT-GERMAIN EN LAYE
rama, déroulé par les rives de la Seine en cet endroit, eût au besoin suffi à justifier la construction. On comprend mieux alors la négligence apportée dans l'application des règles de l’art, car avant tout il fallait songer à ce qui constituait de sérieuses conditions de solidité.
A l'exception de la chapelle qui semble avoir été construite durant la minorité de saint Louis, c’est-à-dire vers 1230 environ”, les parties du château antérieures
au xvr siècle ne remontent pas au delà du règne de Charles V?. Encore de cette
1. «Sur ces voultes et par tout le dessus du circuit du bastiment est une terrace de pierres de liais, qui fait la couver-
nt du milieu du haul
ture, lesquelles portans les unes sur les autres, et descendans de d e de la voulte un
peu en pente, iusques Saint-Germain en La
couvrir les murailles. » Du Cerceau, op. cit. — C'es
ont absolument analogues aux co
ertures d'égl
e dont nous avons parlé, au lieu de présenter
une surface plane comme en Italie 2. Cf. Violletle-Duc, Dir. rais., & Il, p. 430-432 3. Quelques à
nées après l'incendie de 1346, qui détruisit la plus grande partie du château.
époque ne subsiste-t-il, près de la porte d'entrée, qu'un gros donjon carré, extérieurement mis à la mode du jour par Guillaume Guillain et Jehan Langeois'. Tout le reste a été livré aux démolisseurs par François I‘, dont la bizarre fantaisie a seulement imposé à son architecte de rebâtir sur les anciennes fondations®. C’est ce qui explique la « sauvage quadrature » présentée par la cour du château. Au dehors l'irrégularité de plan est moins sensible, parce que l'œil ne peut embrasser jamais que deux façades à la fois.
Quoi qu'il en soit, l'immense construction imaginée par Pierre Chambiges, de quelque endroit qu'on la considère, ne peut manquer, au premier abord, d'exciter un véritable étonnement. « Toutes les idées que l'on avait pu se faire à l'avance d'un château du commencement du xvr siècle », dit M. Sauvageot, « se
trouvent bouleversées en un clin d'œil. Plus de ces délicates et gracieuses déco-
rations particulières aux bords de la Loire; point de ces fines broderies, si nom-
breuses dans la Renaiss
ance bourguignonne et champenoise; quant au pittoresque des édifices normands de cette époque, il ne s'y rencontre pas davantage: mais, il faut le dire, toutes ces qualités absentes sont remplacées, en manière de compensation, par d'autres qualités que l'on chercherait en vain dans les pays que nous venons de nommer. On est obligé de reconnaître à Saint-Germain une grande unité d'ensemble, et, chose remarquable, l'échelle générale y est certainement beaucoup plus grande que l'échelle adoptée pour les édifices contemporains. De à ressort incontestablement un aspect magistral et puissant, exprimant bien la
demeure d'un souverain à la fois guerrier et homme de goût. Une bonne silhouette
ferme, simple, se découpant agréablement sur le ciel, ajoute aussi à cette impression de grandeur que comporte au premier chef le vieux château royal*. »
Cette absence de décoration dont il vient d'être parlé tient surtout à la nature des matériaux employés. La brique, à son état ordinaire, lorsqu'elle sort, non de l'atelier d'un artiste, comme dans certaines parties de l'Italie, mais du hangar d'un
simple ouvrier, ignorant de l'usage auquel elle est destinée, ne saurait se prêter
1. Comptes des bâtiments du Roi, t. IL, p. 294 et 295. 2. « Or est-il advenu, que le Roy François premier trouvant ce lieu plaisant, fit abbatre le vieil bastiment, sans toucher néantmoins au fondement, sur lequel il feit redreser le tout comme on le voit pour iourd'hui, et sans rien chan-
ger dudit fondement, ainsi que l'on peulr cognoistre par la court d’un z Sauvage quadrature, » Du Cerceau, op. cit.