E MAÇON DU CHATEAU I)U VERGER (ANJOU) I 7 i
« présent, a esté ordonné que on les fera loger ; et que les commis au gouver- « nement de la Ville ordonneront les paiemens qui sont nccesscres, tant pour « leurs venues que pour les voiaiges et visitaçions qu’il fault faire.
« Et pour ce qu’il est besoing avoir aucuns principaulx maistres massons « et tailleurs de pierre qui aient regard sur l’ouvraige, maistres Didier de Félin, « Colin Biart et André de St. Martin ont esté eslevez et ordonnez maistres des « œuvres en l’édiîlice dud. pont.
« Le cinquième jour dud. mois de mars, en l’ostel de la Ville de Paris,
« a esté conclud que lundi neuf"1 * * * * * * * * 10 jour dud. mois, les massons et ouvriers venus « de Blois et Auvergne seront assemblez aud. Hostel, avec le Al® des œuvres et « autres maistres massons d’icelle, pour dire et déclairer leurs advis et oppinions « sur la forme et matière de l’édiffice et nouvelle construction du pont « Nostre Dame, affinque, leursd. advis et oppinions oyz, soit en ce prinse aucune « conclusion » (i).
Pour que le Bureau de la Ville de Paris ait fait ainsi appel à Colin Byart, afin qu’il aidât de ses conseils les maîtres des œuvres de maçonnerie de la Ville dans une entreprise aussi importante et aussi délicate que l’était la construction d’un pont au commencement du xvi® siècle, avec les maisons qui le surmontaient sur les deux faces, et pour que ce maître provincial ait été' de'légué, avec eux, à la direction des travaux, il fallait qu’il eût déjà acquis une grande notoriété professionnelle par quelque œuvre remarquable.
Colin Byart continua à faire ses preuves de haute maîtrise par la construction du château du Verger, en Anjou.
Pierre de Rohan, seigneur de Gié, maréchal de France, avait acheté, le 9 mars 1482, aux héritiers de Pierre Chabot, pour 4.300 écus d’or, les « chastel, terre et seigneurerie » du Verger, qui avaient appartenu autrefois à la famille de Du Guesclin, dont il descendait par sa grand’mère, Catherine Du Guesclin. Après avoir, par des acquisitions successives, reconstitué en entier le domaine de ses aïeux maternels, le maréchal résolut de « nouvel faire bastir « et édiffier ung grand somptueux, magnifie, et puissant logis et chastel, garny « de tours, pourtaulx, foussez et douves à fond de cuve et aultres édifices de
(1) Ce n’est qu’à une séance antérieure, au mois de juillet, qu’apparait, pour la première fois, Jean Joconde à qui une légende a fait attribuer le pont Notre-Dame, alors que cette construction était
l’œuvre exclusive de maîtres maçons français. Une mention est faite de son nom parce que le a deviseur
de plans » italien, appelé en Conseil par la Ville, eut un différend sur la question de la hauteur des
arches du pont, avec maître Didier de Félin et les autres maîtres maçons; alors, il fut « ordonné
aud. parties qu’ils facent d’une part et d’autre ung pourtraict du d. pont, icceluy veu en estre ordonné
ce que de raison ». Cette mention du nom de Jean Joconde dans des actes officiels, à côté de ceux
des superintendants et des maîtres des œuvres du pont, à propos d’un incident de discussion technique,
deux autres mentions pour des opérations de nivellement du tablier du pont, et de contrôle des pierres ne sauraient suffire, non plus que le témoignage d’un écrivain italien, pour faire attribuer à cet étranger
la construction du pont Notre-Dame « le plus beau et le mieux bâti de Paris et du Royaume », au
dire de Sauvai.
J.e château du Verger en Anjou.
Le maréchal de Gié.