CHAPITRE CINQUIEME
Description d n château du Verger.
« grant somptuosité et despense, en faisant abattre et desmolir l’ancien « chastel (i) ». Pierre de Rohan était fort riche ; il avait été comblé de biens et d'honneurs par Louis XI, qui le tenait en haute estime et sut employer ses talents de diplomate et de soldat. Le roi disait de son favori qu’il fallait le « remplir », car c’était un « grant avaricieux qui aimoit l’argent ».
La date de la construction du nouveau château semble pouvoir être fixée aux dernières années du xvc siècle, de 1490 à i5oo. L’inscription placée sous la statue équestre du maréchal au portique d’entrée portait la date de 1499.
Le choix fait de Colin Byart par Pierre de Rohan comme maître d’œuvre du Verger s’explique ainsi (2) : En ce temps, Pierre de Rohan était capitaine de la ville et du château d’Amboise, il avait pour lieutenant François de Pontbriand, surintendant des bâtiments à la fois à Amboise et à Blois. Lorsque le propriétaire du Verger décida de faire construire un nouveau château dans le goût du jour, il ne pouvait mieux faire pour trouver un habile maître d’œuvre que de s’adresser à François de Pontbriand; et celui-ci qui avait intérêt à bien servir le haut protecteur de sa famille lui désigna le maître maçon dont il avait eu maintes occasions d’apprécier le talent et l’expérience techniquesur les chantiers des châteaux d’Amboise et de Blois. L'analogie frappante de dispositions architecturales et décoratives entre les façades du Verger, telles qu elles sont figurées dans les gravures et les dessins de Mérian, d’Israël Silvestre, de Gaignières et de Seroux d'Agincourt et la façade Louis XII du château de Blois semble confirmer cette thèse.
Le Verger a été démoli à la fin du xvm® siècle, il n’en reste plus que des ruines. Le prince et la princesse de Rohan-Guéménée avaient vendu le domaine à un gentilhomme campagnard, nommé Hoard de Boissimon. Ce dernier s’étant vanté publiquement d’avoir acquis la dépouille des Rohan, le cardinal de Rohan, à défaut des vendeurs, voulut se venger de cette forfanterie. Il requit et obtint le retrait lignager du Verger, en mai 1771 ; et fit procéder immédiatement à la démolition du manoir familial.
Les aveux successifs faits par les propriétaires du château, à chaque transmission héréditaire, notamment celui de 1 (5 1 5 , découverts par M. Célestin Port ont permis â cet historien d’art de reconstituer la physionomie architecturale du château (3) :
« Six tours rondes, â couronnements de mâchicoulis, créneaux et haut toit « pointu, le mur plaqué de bourdons de Saint-Jacques en saillie (4), se reliaient
(1) Maulde de i.a Clayière : Procédures politiques du règne de Louis XII ; le -procès du maréchal de Gié.
(2) Celte attribution du Verger à Colin Byait est soutenue à la fois par Maulde de i.a Clayière, et par Célestin Port, dans ses Artistes Angevins.
(}) Célestin Port : Dictionnaire historique de l'Anjou, t. III, p. 684-686.
(4) A la suite d’un pèlerinage à Saint-Jacques-de-Compostelle, le maréchal avait pris pour emblème héraldique la coquille avec cette devise : « Dieu gard de mal le pèlerin ».
Chateau or Vkrger, ex Anjou Œuvre de Colin Byart