‹ La renaissance française; l'architecture nationale, les grands maîtres maçonsChapitre 110 sur 236 · CHAPITRE SIXIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIEME

la tradition ancestrale des floraisons superbes d’ornements, de la fantaisie la plus charmante et du goût le plus délicat sur les façades des édifices publics. Ce sentiment infiniment louable lui a inspiré une belle œuvre qui a immortalisé son nom. En effet, cet édifice est, à ce point de vue de la décoration sculpturale, une des créations les plus originales et les plus typiques de l’Architecture nationale, dans les premières années de la Renaissance ; et Charles Viart s'y montre un des maîtres d’œuvre de cette période qui ont fait preuve de plus de hardesse, de décision et de sûreté dans l’application, méthodique et rationnelle, des idées artistiques nouvelles : il est de la race, fière et vigoureuse, et de l’école, puissante et féconde, des Guillaume Senault, Pierre Fain, Pierre Delorme, Rouland Le Roux et Colin Byart.

L’Hôtel de Ville subit de graves mutilations, en 1 562, pendant les Guerres de religion. Sous la Révolution, il fut, un instant, menacé d’une destruction complète. En 1792, le directeur du district requit les officiers municipaux <( d’envoyer sur-le-champà la inaisonqu’il occupe le nombre d’ouvriers suffisant « pour détruire, le plus promptement possible, tout ce qui retrace les différents a genres de servitude sous lesquels la France a gémi trop longtemps ». La municipalité éluda habilement l’ordre barbare; et, pour témoigner de son désir de purifier l’édifice par une utilisation d’actualité, elle fit installer au sommet de la Tour du beffroi un poste de télégraphie Chappe. Par suite du transfert des services municipaux dans l’Hôtel Groslot, en 1790, l’ancien Hôtel de Ville fut affecté aux tribunaux; et, depuis 1825, il a été converti en Musée.

La constatation de certaines analogies architecturales et décoratives entre la façade de l’Hôtel de Ville d’Orléans et la façade nord du château de Blois, a suggéré à Daniel Ramée l’hypothèse d’une attribution de cette partie de la résidence royale à Charles Viart (i). Cette hypothèse était antérieure à la découverte de documents d’archives qui permettent aujourd’hui de désigner d’une manière précise le maître d’œuvre de cette façade : Jacques Sourdeau (2).

La salle Saint-Lazare de l’ancien

Hôtel Dieu d’Orléans.

Une tradition attribue à Charles Viart la salle Saint-Lazare de l’ancien Hôtel-Dieu d’Orléans, qui était considérée, encore il y a un demi-siècle, comme une des plus belles constructions de la Renaissance, pour ses vastes dimensions et pour son ornementation artistique. D une description détaillée, faite en 1849, peu de temps après la démolition de l’édifice, par l’érudit auteur de 1’ « Histoire architecturale de la ville d’Orléans », M. de Buzonnière (3), d’après des études archéologiques récentes, il paraîtrait que cette salle avait tout le caractère architectural de l’Hôtel de Ville, dénotant une évolution rapide et décisive de

(1) Daniel Ramée : Histoire générale de V architecture Renaissance, p. 219.

(2) Voir plus loin le chapitre des Maîtres d’Amboise, Blois et Chambord.

(3) M. de Buzonnière : Ibidem, 2' vol., p. 194-197.

CHARLES VIART

l’art ogival à l’art de la Renaissance, qui placerait, ainsi, définitivement, Charles Viart au premier rang des fondateurs de l’Architecture nationale nouvelle.

« Le bâtiment avait 40 mètres de long sur 12 de large. Il se composait d’un Description de l’édifice. « caveau dont les voûtes s’élevaient d’un peu plus d’un mètre au-dessus du sol « extérieur, d’un rez-de-chaussée d’une hauteur prodigieuse, correspondant à « deux étages de croisées, et d’un grenier établi sur d’aussi larges proportions.

« Du côté de l’ouest, cinq grandes croisées à croisillons s’ouvraient à chaque « étage dans le flanc du bâtiment.

« .... A l’aplomb des croisées s’élevaient cinq lucarnes en pierre de taille « de style monumental

« Le côté de l’est avait à chaque étage trois ouvertures toutes semblables à « celles-ci.

Le pignon du nord présentait « au rez-de-chaussée, une grande fenêtre « ogivale, sans meneaux, obtuse, écrasée, entre deux ouvertures plein cintre ;

« au premier, trois croisées, semblables à celles des faces latérales; dans la « pointe, trois jours plein cintre

Le pignon du midi « était divisé en trois tranches verticales par quatre (f contreforts peu saillants, et qui ne s’élevaient pas tout à fait jusqu'aux ram- « pants. Ces contreforts étaient sans redents et lisses, sauf les lignes des corniches,

« qui se contreprofilaient sur leurs faces et sur leurs flancs. Les deux externes « avaient pour couronnement l’une de ces corniches, les deux autres des larmiers.

« Tous quatre étaient munis de bases appuyées sur un soubassement dont la « forte saillie était rachetée par une moulure en talon renversé. Les cinq étages « dont le pignon se composait extérieusement étaient couronnés par autant de « corniches.

« En avant du portail, un perron se déployait originairement, déclare « l’érudit historien ; à l'époque de la construction des tours de la cathédrale, le « défaut d’espace força à le démolir. Il fut alors remplacé par un double « emmarchement latéral. »

A l'affleurement du pignon gauche de la façade où s’ouvrait le portail, était une tourelle à pans coupés contenant l’escalier conduisant aux divers étages de l’édifice ; cette tourelle se faisait remarquer par une porte plein cintre, accompagnée de deux colonettes cannelées se détachant du mur, avec frise et entablement, et dont l’archivolte, les tympans, et les piédroits étaient couverts de sculptures et d’ornements du goût le plus délicat.

L’intérieur dé la salle Saint-Lazare se composait d’une seule pièce formant un immense vaisseau, précédée d’un vestibule qui s’ouvrait sur le perron du portail. Le plafond était soutenu par une rangée de neuf colonnes de pierre, très hautes, dont les « chapiteaux, a écrit M. de Buzonnière, s’épanouissent comme des têtes de palmiers ».

« Les décorations du portail occupaient le compartiment central du rez-de-

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