CHAPITRE SIXIÈME
« chaussée y compris les contreforts, et s’élevaient jusqu’au milieu du premier « étage. Dans chacun des compartiments latéraux s’ouvrait une baie plein cintre,
« élancée. Quatre autres ouvertures semblables éclairaient le premier étage,
« disposées deux au-dessus du portail, les deux autres à l’aplomb des ouvertures « du rez-de-chaussée.
« Au milieu du second étage se dessinait un immense crucifix, appuyé sur « un cul-de-lampe qui se détachait de la corniche du premier, et abrité sous un « dais dont le pinacle en tourelle pointait dans l’étage supérieur. Deux écussons « se voyaient au-dessus des bras de la croix. Les deux contreforts adjacents « supportaient deux statues dans des niches à pilastres ornées de culs-de-lampe,
« de dais et de pinacles semblables, sur de moindres proportions, à ceux du « crucifix. Dans chacun des compartiments latéraux, une grande croisée à « croisillon, semblable à celles des faces latérales, avait pour appui la corniche « du premier étage. La corniche du second servait également d'appui aux quatre « ouvertures du troisième qui étaient les premières de la pointe du pignon. « Celles-ci étaient plein cintre; leur disposition formait une sorte d’arcature.
« Deux autres jours tout semblables marquaient le quatrième étage ; dans « l’extrême pointe se voyait un grand écusson entouré de palmettes. Les « rampants étaient bordés d’un gros tore. »
Cette ordonnance architecturale était inspirée évidemment de celle des constructions hospitalières du Moyen âge, dont la destination charitable s'affirmait au dehors par un aspect religieux, plein de majesté et de grandeur. Le maître maçon a maintenu résolument dans ce bâtiment l’ossature traditionnelle, mais il tiendra à la fleurir magnifiquement d’une ornementation touffue, dont l'art nouveau fournira les éléments constitutifs essentiels, employés fort librement, d'ailleurs, au gré d’une fantaisie, spontanée et primesautière, sans le moindre souci des canons classiques.
Ainsi, le portail, mesurant 5m,5o de hauteur sur 4,u,8o de largeur, était une baie, à archivolte plein cintre, encadrée de deux pilastres et d’un entablement. « Le tracé des piédestaux et des bases, lit-on dans la description, ne se
« rapportait à aucun ordre »; les chapitaux rappelaient « le galbe composite,
« quant au tailloir et au profil de la corbeille », mais « ils avaient à chaque
« angle une feuille d’olive de premier rang composée de détails de fantaisie,
« quoique corrects dans leur forme; et la feuille de second rang, le caulicole et « la volute correspondante étaient remplacés par une figure humaine torturée, « qui présentait dans son ensemble le galbe de ces trois parties réunies. Le « reste de la corbeille était relevé d’un bouquet d’arabesques. »
A droite du pignon, ajoute l’auteur de la description, se trouvait un petit corps de logis qui paraissait de la même époque, au rez-de-chaussée aveugle, au premier étage ajouré de sept baies plein cintre, et dont l’étage supérieur avait deux grandes lucarnes en pierre de taille, renfermant deux baies plein cintre, ornées de pilastres et d’archivoltes, avec fronton triangulaire.
CHARLES VIART
Le tailleur de pierre, fidèle à l’enseignement des maîtres d’antan, avait multiplié sur ce portail, dans la frise, dans l’archivolte, dans les pieds droits, aux clefs des arceaux, etc., les sculptures allégorisant ou symbolisant, de la façon la plus expressive, la Maladie, la Souffrance, la Mort, et aussi la Religion, la Médecine, l’Espérance, et la Foi, qui consolent, guérissent et font revivre; et, dans la porte de l’escalier, ainsi qu’à l’intérieur de la salle, il avait fait représenter, pour égayer les yeux et réjouir l’imagination, des scènes empruntées à la Bible, à l’Histoire et à la mythologie, et des motifs d’ornementation, fleurs, fruits, animaux fantastiques, oiseaux, arabesques, tour à tour pittoresques, plaisants, humoristiques, élégants, et gracieux.
Quelques historiens font également honneur à Charles Viart du portail j e ])or(a;| SU(j-ouest sud-ouest du Grand cimetière qui, par ses six grandes portes, ses galeries à du Grand cimetière, arcades ogivales, ses chapelles et sa croix centrale, rappelait les « Campo Santo » d’Italie. Ce portail, en l’état primitif, présentait une ordonnance architecturale, une ornementation sculpturale, et des dimensions qui en faisaient un véritable monument, d’aspect évidemment très grandiose. M. de Buzonnière nous en a laissé une description infiniment précieuse, en raison de la suppression du Grand cimetière, devenu, tout d’abord, du moment qu’on n’y lit plus d’inhumations, en 1786, une sorte de Champs-Elysées, rappelant les Alyscamps d’Arles, où, pendant les beaux jours, la population orléanaise venait se promener joyeusement sous les allées d’arbres, et, pendant l’hiver, dans les galeries couvertes; puis qui fut transformé en Halle au blé, en 182b.
« Le soubassement du portail, écrit-il, se compose d’un seul étage de « piédestaux à losanges Üeuronnés. Les pieds droits et l’archivolte plein cintre « de la baie (ont) une torsade ravalée dans l’angle de l’alctte et du tableau, une « plate-bande, une cymaise et un anglet. La cymaise est couverte de palmettes,
« la plate-bande d’arabesques. Ce dernier ornement, varié dans les pieds droits,
« se compose uniformément, dans l’archivolte, d'oiseaux ornés d’ailes fantas- « tiques et de queues en rinceaux, appuyant leurs pattes sur des tables rectan- « gulaires, au-dessus desquelles sont des os de mort posés en sautoir. Les « impostes des pieds droits sont lisses et profilés en manière de chapiteaux. A « la clef de l’archivolte, un cartouche découpé renferme un médaillon dans « lequel on voit, au lieu d’armoiries, trois têtes de morts avec deux os en « sautoir. La baie est inscrite entre deux pilastres et un entablement couronné « d’un fronton rectiligne. Les pilastres sont couverts d’arabesques ravalées,
« dans lesquelles les attributs de la mort et du culte catholique sont entremêlés
{ 1 ) Le portail existe encore dans la petite cour du concierge et du marchand de vin voisin de la Halle au blé, qui a remplacé le Grand cimetière supprimé au commencement du XIX' siècle. Il fut restauré à la fin du xvii* siècle par Claude Godard, sculpteur Orléanais, qui ajouta au monument ancien deux squelettes et des figures accoudées sur l’écusson funéraire. L’architecte qui construisit, de 1S24 à 1826, la Halle, eut l’idée ingénieuse de conserver les vieilles galeries ogivales en les transformant en greniers.