‹ La renaissance française; l'architecture nationale, les grands maîtres maçonsChapitre 116 sur 236 · I.e château de Chantilly · texte numérisé non relu

I.e château de Chantilly

Il s'agissait dans les travaux commandés à Pierre Chambiges, par Anne de Montmorency, à la fois d’une transformation des bâtiments du Moyen âge et de la construction de nouveaux destinés à les compléter, pour faire des uns et des autres réunis habilement une habitation vraiment princière. Les travaux durèrent environ six ans, de 1 5 2 5 à i53o. Jacques Androuet du Cerceau, dans

(1) Marius Vachon : Une famille parisienne d' architectes maistres-maçons aux XV", xvi* et xviC siècles, les Chambiges, gr. in-4* de 160 pages, 25 gravures, 1907, avec préface de H. Daumet, de l’Institut. Ouvrage auquel l’Académie des Beaux-Arts a décerné, en 1907, le prix quinquennal de

Jôest.

D'aprcs Israël Silvcstrc et J. Androuct du Cerceau CHATEAU DE CHANTILLY

Œuvre de Pierre Chambiges

PIERRE CHA.MBIGES

« Les plus excellents bastiments de France » donne cette description sommaire de Chantilly : « Ce lieu est situé aux confins de la France, à dix lieues de « Paris, ville cappitalle, à une lieue de la ville deSenlis. Le bastiment consiste Par « en deux places : la première est une court en laquelle sont quelques basti- « ments ordonnez pour les offices; la seconde est une autre court comme estant « triangulaire, et est eslevée plus haulte que la première, de quelque neuf ou « dix pieds et laut monter de la première pour venir à la seconde. Entour de « laquelle de tous costez est le bastiment seigneurial, faict de bonne matière et « bien basty. Iceluy bastiment et court sont fondez sur un rocher; dans lequel « il y a caves à deux estages, sentant plutôt, pour l’ordonnance, un labirinthe « qu’une cave, tant y a d'allées les unes aux autres et toutes voultées. Pour le « regard de l’ordonnance du bastiment seigneurial, il ne tient parfaitement de « l’art antique ne moderne, mais des deux meslés ensemble. Les faces sont riches « et belles, comme verrez par les desseins qu’en ai faict expressément. En la « court première est l’entrée du logis. Les faces des bastimens entour en icelle « tant dans la court que dehors, suivent l’art antique, bien conduits et accoustrez.

(.< Ces deux courts avec leurs bastimens sont fermez d’une grande eau en manière « d'étang dont entre icelles y a séparation comme d’un fossé, par laquelle « séparation la ditte eau passe au travers. En somme, ce lieu est tenu pour « une des plus belles places de France. »

Les gravures de Jacques Androuet du Cerceau, Pérelle, Israël Sylvestre, et Aveline nous ont conservé graphiquement l’œuvre de Pierre Chambiges, telle qu’elle était avant les transformations apportées, pendant le xvu° siècle, au grand château, et qui en modifièrent extérieurement la physionomie architecturale. Vu du dehors, Chantilly a, dans son ensemble, une silhouette encore toute féodale, aussi imposante que pittoresque, avec ses sept robustes tours rondes aux soubassements évasés, aux toits en poivrière, et aux larges mâchicoulis s’élançant fièrement des douves profondes ; avec son pont-levis jeté sur un large fossé; avec sa porte massive d’entrée, ébrasée en archivoltes, et surmontée d’un tympan; avec les grands combles de ses nombreux corps de logis. Mais la vieille forteresse est rajeunie et égayée par les innovations de Pierre Chambiges.

Sur plusieurs façades, les épaisses et sombres courtines ont été ajourées de grandes fenêtres à meneaux, de lucarnes élégantes et très décorées, qui en font déjà extérieurement une habitation de plaisance.

Dans la cour d’honneur du grand château, l’œuvre du maître maçon d’Anne de Montmorency est toute d’élégance, de grâce et d’originalité nouvelles; par son péristyle ou perron, dont Jehan Groslier disait à Anne de Montmorency au moment de sa construction : « Vous le trouverez beau et de toute autre façon de maçonnerie que vous n’avez veu jusqu’icy »; par sa galerie de cinquantequatre mètres de longueur sur dix de largeur, d'un ordre architectural nouveau ; par son escalier à double révolution desservant deux corps de bâtiment, proto-

Description A. Du Cerceau.

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