‹ La renaissance française; l'architecture nationale, les grands maîtres maçonsChapitre 118 sur 236 · CHAPITRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME

La Cour

du Cheval blanc.

Le Péristyle.

étude comparative, il y a toutes raisons de lui attribuer les bâtiments de la Cour du Cheval Blanc et le Péristyle de la Cour de l’Ovale. La Cour du Cheval Blanc ressemble fort à la Cour des offices de Chantilly : mêmes logis à simple rez-de-chaussée percé de nombreuses fenêtres et portes alternant, mêmes étages de galetas éclairés par de longues lucarnes oblongues en aplomb sur les portes; mêmes grands combles d'où s’élancent des cheminées multiples, formant autant de motifs d’ornementation et d'éléments de silhouette pittoresque. La période de temps entre l’achèvement de Chantilly et l’entrée au service de la Ville de Paris du maître maçon, — i53o-i53q — , semble correspondre avec précision à la période de temps fixée par les documents d’archives comme date de la construction des corps de bâtiment de la Cour du Cheval blanc (1).

Quant au Péristyle, tout d’abord attribué à Sébastien Serlio, sans ombre de preuves quelconques, puis d’une façon en apparence plus plausible à Gilles Le Breton, il semble bien être de Pierre Chambiges ; et ce sont les arguments mêmes présentés par l’avocat du « maçon » de Fontainebleau, Léon Palustre, qui justifient cette attribution :

« Dans les expéditions de la fin du xv® siècle, les compagnons de Charles VIII « et de Louis XII avaient pu remarquer au Vatican le portique à triple étage « récemment destiné aux bénédictions pontificales, et nul doute que, de retour « en France, ils n’aient eu l’idée, lorsque leurs demeures comportaient cet apparat, « de modifier en ce sens les anciennes voûtes, en arcs ogives, avec terrasse « au-dessus, qui abritaient parfois -le perron seigneurial. C’est ainsi qu’à « Chantilly le baron Guillaume de Montmorency avait saisi l’occasion d'un « remaniement complet de son château pour entrer dans la voie indiquée. Et, « à ce propos, serait-il téméraire de supposer que, l’exemple donné par le père « du grand connétable ait été pour quelque chose dans le « rechangement » (2) « commandé par François Fr ? Si l’on considère le petit avant-corps en forme « de loge dont les gravures de du Cerceau perpétuent seules le souvenir, on est « justement tenté de lui assigner pour date la courte période écoulée entre le « devis de 1628 et celui de 1 53 1 . Gilles Le Breton n’a donc fait que répondre « victorieusement à une sorte de provocation (3). »

Au moment où il écrivait ces observations, Léon Palustre ignorait et le nom du maître d’œuvre et la date de la construction du château de Chantilly. S’il les eût connus.il aurait été irrésistiblement amené à penser que Pierre Chambiges, incrit parmi les maîtres maçons de Fontainebleau et auteur du perron, avait

(1) Des trois corps de bâtiments construits originellement autour <le la cour du Cheval Plane et qui figurent dans les gravures de J. Androuet du Cerceau, il n'en existe plus qu’un seul aujourd’hui.

(->) Marché en date du 5 août 1531 visant le « rechangement » du grand escalier de la cour de l’Ovale.

(3) Léon Palustre : La Renaissance en France, 5”' livraison, p. 198. En une autre partie de cette livraison, p. 57, l’érudit historien renouvelle ses observations sur l’analogie frappante entre le perron de Chantilly et le Péristyle de Fontainebleau.

Ancien hôtel de ville de Paris reconstitué

PIERRE CHAMBIGES

IQO

construit aussi le Péristyle, dont les travaux, sans aucun doute étaient compris dans ceux que Philibert Babou et de Neufvillc payaient le 3o avril ôqo; car à cette date le Péristyle était terminé.

Et, ainsi, se trouve comblée cette lacune qui existait dans la biographie de Pierre Chambiges, de la tin de la construction de Chantilly, i ?3o, à l’apparition de son nom dans « les Registres des Délibérations du Bureau de la Ville de Paris » comme maître d’oeuvre de l’Hôtel de Ville, i53q. Le maître maçon construisait les corps de bâtiment de la Cour du Cheval Blanc et le Péristyle de la Cour de l’Ovale du château de Fontainebleau.

Pierre Chambiges au service

de la Ville de Paris.

Dans une séance tenue le i3 novembre 1029 par le Bureau de la Ville de Paris, il avait été décidé de faire agrandir l’Hôtel de Ville, qui était la vieille Maison aux Piliers achetée par Etienne Marcel (1).

François Ior donna son autorisation et imposa pour donner les pians et Dominique de Cortonne, diriger les travaux des nouveaux bâtiments municipaux Dominique de Cortone, dit ï.e Boccador. dit le Boccador, un deviseur de plans italien, qui était à son service. La construction fut entreprise en 1 53o, par conséquent trois ans avant la date donnée par la plupart des historiens de Paris (2); mais elle ne fut pas poussée très activement.

Le 23 avril 1 533, impatient de voir terminer les édifices destinés à embellir le royaume, le roi commandait de nouveau aux prévôts des marchands et échevins, d’y faire « besongner en toute diligence ». Pour lui donner satisfaction, le Bureau de la Mlle faisait procéder solennellement au mois de septembre à la cérémonie officielle de la pose de la première pierre de l’Hôtel de Ville du Boccador, constamment ajournée par suite des absences continuelles de François Ier qui devait la présider. En commémoration de cette cérémonie, il fut placé « au-dessus de la grande porte du dict hôtel » une inscription latine au bas de laquelle ligure le nom de Dominique de Cortone comme architecte.

Mais, en i53q, lorsque la façade du nouvel Hôtel de Ville fut achevée et découverte, la population parisienne trouva l’édifice « gothique » (3), soit de style suranné, le Bureau de la Ville décida alors de faire « réformer le desseing antien », c est-à-dire de faire construire un palais municipal nouveau, dans le

goût du jour.

(1) Marius VACHON : L’Ancien Hôtel de Ville de Paris, gr. in-4*, 18S2, publié sous les auspices et avec une subvention du Conseil municipal de Paris; L'Hôtel de Ville de Paris, gr. in-4% 1900, publié par ordre et aux frais du Conseil municipal de Paris.

(2) Leroux de Lincy : Histoire de l'Hôtel de Ville de Paris. Cet historien fait à ce propos les déclarations les plus formelles, basées sur des documents officiels, marchés et délibérations du Bureau de la Ville, que l’incendie du palais municipal en 1871 a détruits.

■3) Cet Hôtel de Ville du Boccador, en style gothique, commencé en 1530 et démoli définitivement, dans ses dernières parties subsistantes, en 1545, était toujours resté ignoré graphiquement : on n’en connaissait aucune représentation. Je l’ai découvert et identifié définitivement, en 1903, sur le fameux plan de Paris, dit de la Tapisserie, daté de 1540, où, par une méprise inconcevable, il était pris constamment pour la Maison aux Piliers.

Décision

de la construction d'un nouveau palais municipal

destiné à remplacer l’œuvre « gothique »

du Boccador.

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