CHAPITRE SEPTIÈME
Pierre Chambiges présente
les plans de ce palais en 1535.
Pierre Chambiges commence les travaux du
nouvel Hôtel de Ville.
Le gendre
de Pierre Chambiges continue les travaux à la mort du maître.
La construction du château de Chantilly, et des corps de bâtiments de la Cour du Cheval Blanc au château de Fontainebleau avaient mis le nom de Pierre Chambiges hors de pair. Le prévôt des marchands et les échevins s’adressèrent à lui pour remplacer le Boccador. Le 2 5 avril 1 335 (1), le nouveau « maistre des œuvres de maçonnerie de la Ville de Paris » présentait le plan du nouvel Hôtel de Ville : l’édifice de la Renaissance qui a été incendié en 1871, et dont la façade superbe a été réédifiée dans le palais municipal actuel.
Pierre Chambiges commença le nouvel Hôtel de Ville en construisant le corps de bâtiment sur la ruelle Saint-Jean, qui fut terminé en i53t); puis il éleva en 1339-1540 le corps de bâtiment sur la rue du Martroy, en utilisant le gros œuvre du rez-de-chaussée de l’édifice primitif du Boccador. A la mort du maître, arrivée en 1544, le prévôt des marchands et les échevins choisirent pour lui succéder dans la direction des travaux de l'Hôtel de Ville, son gendre Guillaume Guillain. Le nouveau « maistre des œuvres de maçonnerie de la Ville de Paris » entrait en fonction en une période d’accalmie, sinon d'interruption des travaux, motivée par des considérations de pénurie financière. En 1 543 , Guillaume Guillain procédait avec rapidité à la démolition de la façade de l’Hôtel de Ville ogival du Boccador sur la place de Grève, jusqu’au rez-dechaussée (2). On utilisa plus tard le gros œuvre du rez-de-chaussée (3), mais en le transformant de dispositions et de style pour le mettre en harmonie avec le pavillon de l'arcade Saint-Jean commencé en 1 549. Pendant plus de cinquante ans, cette partie de l’édifice resta à l’état de rez-de-chaussée. Un procès pendant entre la municipalité et l’Hôpital du Saint-Esprit ne permettait pas d’élever le pavillon nord de la façade. Ce ne fut qu’en iôo5, après la pacification complète du royaume par Henri IV, que les travaux de l’Hôtel de Ville purent être repris. Pierre Guillain qui, depuis 1 582, avait succédé à son père dans la charge de « maistre des œuvres de maçonnerie de la Ville de Paris » achevait le corps de bâtiment central, d’après le plan du 25 avril 1 5 3 5 , dressé par Pierre Chambiges. Pour consacrer cet événement, le Bureau de la Ville fit placer, au-dessous de l’inscription latine de 1 533, relative à la pose de la première pierre de l’Hôtel de Ville ogival du Boccador, où le nom du deviseur de plans italien figure à la suite de ceux des prévôts des marchands et échevins en exercice, une seconde inscription qui en est à la fois le complément et le correctif :
(1) La mention de la date précise du plan de l’Hôtel de Ville de Pierre Chambiges se trouve dans le document de la transaction intervenue le 5 mai 1609 entre la Ville de Paris et l’Hôpital du Saint-Esprit, ce plan ayant été communiqué aux experts des deux parties, parmi lesquels était Pierre II Chambiges, pour servir de base à la rédaction définitive du devis d’achèvement de la façade.
(2) La plupart des historiens de Paris, Antoine de Montroyal (1678), Sauvai (1724), Félibien (1725), Piganiol de la Force (1765), et J ail lot (1775), signalent le fait et le commentent.
(?) Leroux de Lincy, et DR Guilhermy (Itinéraire archéologique de Paris, 1855) déclaraient avoir reconnu, par un examen technique minutieux de l’ancien Hôtel de Ville, que certaines parties de l’édifice du Boccador furent utilisées par l’architecte du monument définitif.
PIERRE CIIAMBIGES
At Henrico IV Francorum et Navarrorum
REGE INVICTISS1MO. FRANCIS, MlRON PROPRE- TORE ET DECURIORUM PRŒFECTO, P. SaINC-
tot. J. de la Haye. G. de Flécelles, et H. Relut, décurionibus, hoc opus, superio-
RL’M TEMPORUM FORTUNA INTERMISSUM, A SOLO AD FAST1GIUM USQUE CONTEXTU ŒDIFICII RF.PE- TITUM EST. M. D. C. VI.
(Mais sous Henri IV, roi invincible de France et de Navarre, François Miron, prévôt des marchands, et P. Sainctot, Jean de la Haye, G. de Flécelles, et H. Relut, échevins, ce monument interrompu par les événements des temps antérieurs a été repris du sol à son sommet, 1606.)
En 1609, Pierre Guillain commença la construction du pavillon du Saint- Esprit, qui reproduisait complètement l’ordonnance architecturale et l'ornementation du pavillon de l’arcade Saint-Jean, et dont le devis avait été dressé d’après le « vieux plan du 25 avril 1 532 ». A la date du 5 mai de cette année-là, était intervenue entre la Ville et l’Hôpital du Saint-Esprit la transaction qui mettait fin au procès. De 1618 à 1623, Augustin Ier Guillain, fils de Pierre Guillain, élevait le corps de bâtiment fermant la cour centrale du côté nord. Et, en 1628, sous la direction du même maître maçon, l’Hôtel de Ville était définitivement achevé.
Ainsi, pendant l’espace de près d’un siècle, sous trente-deux prévôts des marchands, les descendants et successeurs de Pierre Chambiges suivirent le plan du 25 avril 1 332 avec un respect filial, en lui apportant uniquement le complément indispensable des dispositions accessoires imposées par les besoins de chaque génération, sans que le caractère et la physionomie de l’œuvre de l’aïeul aient eu à subir aucune altération.
Avec une décision de conception et une fermeté d’exécution admirables, qui prouvent la puissance de son génie, Pierre Chambiges avait continué à l’Hôtel de Ville de Paris, la création d’une architecture nouvelle, innovée hardiment à Chantilly, en la développant dans l'unité et l’ampleur d’une œuvre neuve et complète. Le rez-de-chaussée de la façade sur la place de Grève et le portique de la cour centrale, inspirés de la galerie et du perron du château d’Anne de Montmorency, représentent la première application en grand des éléments des ordres antiques purs de tout mélange par les sveltes et robustes colonnes, d’ordre dorique ou d’ordre composite, supportant un entablement du plus fin relief, encadrant des baies plein cintre lumineuses, dont l’archivolte élégante repose sur de légers pilastres, et dont les écoinçons sont occupés par des cercles et des médaillons très délicats.
L’analyse des diverses parties de l’édifice construit par Pierre Chambiges, ses gendre, petits-fils et arrière-petits-fils, démontre l’ingéniosité extraordinaire de l’artiste et du maître maçon. Pour mettre fin au conflit élevé entre la Ville. et l’Hôpital du Saint-Eprit, pour maintenir les communications entre deux parties
Achèvement de l'Hôtel de Ville, en i6’8,
par l'arrière-petit-fils de Pierre Chambiges.