‹ La renaissance française; l'architecture nationale, les grands maîtres maçonsChapitre 128 sur 236 · CHAPITRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIÈME

dentelées et à épis fuselés ; et l’allure d'élégance, de grâce et de richesse des façades nouvelles, à pilastres, colonnes, corniches, frises, et balustres, légers et délicats, des murailles ajourées partout de croisées et huisseries à chambranles, allèges, et frontons, décorés de fines arabesques.

Le problème architectural imposé au maître d’œuvre, qui était chargé de dresser les plans et de diriger les travaux, présentait, certes, bien des difficultés; et, seuls les maîtres maçons-tailleurs de pierre, sachant tout de ce double métier, habitués aux besognes les plus diverses et les plus modestes, sans prétention et sans morgue, étaient capables, par leur science technique et par leur esprit ingénieux, de le résoudre d’une façon parfaite. Jamais un simple deviseur de plans italien n’aurait pu s’en tirer. C’est le tour de force professionnel qu’ont exécuté, avec une hardiesse et une aisance parfaites, à Fontainebleau, à Villers- Cotterets, à Chantilly, etc., ces merveilleux artistes et Ijabiles constructeurs que Sébastien Serlio et Benvenuto Cellini appelaient, dans une intention d'ironie et de dédain, les « maçons », ou les « vieux maîtres de Paris ».

Par le marché signé le 28 avril, Gilles Le Breton s’engageait à « faire et « parfaire bien et deuement, au dire d’ouvriers et gens en ce connoissans, pour « le Roy nostre Sire en son chasteau de Fontainebleau, tous et chacuns les « ouvrages de maçonnerie et taille à plain contenus et déclarés au devis cy « devant escript, dont il a déjà encommencé à besongner en partie pour les « corps d’hostels, pavillons, cabinets, galleries et autres édiffices... ».

A l’exécution, le devis du 28 avril 1 528 reçut des modifications importantes, sans doute du fait du roi (1), qui portait un intérêt exceptionnel aux constructions de Fontainebleau, et, tout en ayant hâte de les voir terminer, ne cessait d’en changer les dispositions. L’ordonnance architecturale fut modifiée. Des pilastres remplacèrent partout les colonnes. Le hors œuvre sur la cour de la grande vis, de rond qu’il était prévu, devint quadrangulaire. Le corps d’hôtel des offices, qui devait avoir au premier étage une galerie, à construire entre l’emplacement de la chapelle future et le pavillon d’entrée, fut-il élevé ? on l’ignore ; mais il était, peu après, remplacé par un bâtiment de largeur double, dénommé la Salle de bal, qui ne figure pas au devis.

Porte Dorée Les travaux de la Cour de l’Ovale furent poussés avec une grande activité.

La Porte Dorée était achevée très probablement en 1 53o. En 1 533, on commençait la décoration intérieure de l’appartement du roi qui comprenait les pièces de la vieille tour; en i53q, celles de l’appartement de la reine, contigu. La galerie pouvait être, dès 1 533, mise à la disposition du Rosso, qui entreprenait les peintures et les stucs qui l’ont rendue célèbre.

(1) J. Androuet du Cerceau : Les -plus excellents baslimenls de France. « Le feu roy François, qui fist bastir ce chasteau, s’y aymoit merveilleusement : de sorte que la plus grande partie du temps il s’y tenoit; et l’a enrichy de toutes sortes de commoditez, avec les galleries, salles, chambres, estuves et autres membres... En somme que tout ce que le roy pouvoit recouvrer d’excellent, c’estoit pour son Fontainebleau où il se plaisoit tant, que y voulant aller, il disoit qu’il alloit chez soi. »

LES MAITRES DE FONTAINEBLEAU ET VlLLERS-COTtERËTS 2 1 I

Mais les travaux de Gilles Le Breton à Fontainebleau, pendant cette période, ne se bornèrent point à la construction des divers corps d hôtel de la Cour de l’Ovale. Le 3o avril i53o, il passe marché pour un chenil, dont le devis s’élève à la somme relativement importante de 14.902 livres qui lui fut payée le 18 février 1 5 3q ; le 5 août 1 3 3 1 , il en passe un autre pour « raison » du grand escalier et de la chapelle du château. Il s’agissait là de « réchanger » le grand escalier intérieur et de construire la chapelle Saint-Saturnin, dont l’emplacement avait été réservé par le devis de 1 528 ; mais ces travaux ne furent pas commencés avant 1540. En 1 332 et 1 334, il est fait mention, dans plusieurs états de paiements pour le château de Fontainebleau, d’ouvrages de maçonnerie construits de neuf « ès corps d’hostels, offices et édiffices, édiffiez de neuf en l’abbaye, « basse court et logis de la conciergerie du chasteau... », au Grand Jeu de « Paume, à la tour « édiffiée de neuf au coing du grand jardin du château, du « costé du chenil... ès deux tours et édiffices du grand jardin, tant du costé « d’Entragues que du costé de l’hostel de Vendosme.., tantes murs des clôtures « des cours des offices du commun de l’abbaye près du château, que ès murs « des clôtures en commencées à faire aux deux costés de l’estang et canal des « fontaines dedans le grand jardin...; un puits à la basse court des offices... » ; tous ouvrages qui ne faisaient point partie du devis de 1 528. C’est que François Lr, à cette date de ID28, n’avait point encore réussi à obtenir des Trinitaires, propriétaires de l’abbaye, le terrain nécessaire pour l’extension du château; les religieux ne devaient consentir à traiter que l’année suivante, en décembre, pour la vente de certaines parties des bâtiments de l’abbaye, de dix-sept maisons attenantes, de prés et de jardins, moyennant une rente de 200 livres et la reconstruction aux frais du roi d’un nouveau couvent. Mais, d’après le P. Dan, cette dernière clause ne fut point complètement exécutée (1); le roi ne fit rebâtir que certaines parties de l’abbaye, notamment le dortoir, le réfectoire et l’hôpital (2).

Le 14 avril 1 333, « après Pasques », Gilles Le Breton passe un marché pour la construction de six cuisines et garde-manger de bouche, à édifier de neuf « en forme de terrasse en la basse court de devant le chasteau, à l’opposite « de l’estang, contre et joignant le pan de mur de la grande gallerie par oü l’on « va du dit chasteau en l’abbaye ». Ce sont là, sans aucun doute, les cuisines et offices qui devaient être installées dans le corps d'hôtel, de i5 toises de longueur et 18 pieds de largeur, entre la chapelle Saint-Saturnin et la Porte Dorée, dont il est question dans le devis de 1 528.

Le 10 mars 1040, Gilles Le Breton faisait par devant les notaires au Châtelet Drouin et Goussart « marché et convenant à messires Nicolas de « Neufville, chevalier, seigneur de Villeroy, conseiller du roy et secrétaire de « ses finances et Philbert Babou, aussy chevalier, seigneur de la Bourdaizière,

La Cour de l’Ovale.

Le « rechangement ».

du grand escalier.

(x) Père Dan : Le trésor des merveilles, p. 80. (2) Comptes des Batiments du Roi, t. I, p. 60.

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