CHAPITRE HUITIÈME
La chapelle Saint-Saturnin.
« conseiller du roy, secrétaire de ses finances et trésorier de France, commissaires « ordonnez et députez par le roy sur le fait de ses bastimens et édiffices de « Fontainebleau, en la présence de Pierre Deshotels, varlet de chambre ordinaire « du Roy et par luy commis au contrerolle des dits bastimens et édiffices, de « (aire et parfaire pour le roy, en son chasteau de Fontainebleau, tous et chacun « les ouvrages de maçonnerie et taille qu’il convient faire pour le rechangement « du grand escalier du dit chasteau et autres ouvrages contenus et déclarez au « devis cy devant escrit et ce, outre le contenu et marché fait avec luy pour raison « du dit grand escallier et de la chapelle du dit chasteau, datte du samedy « 5e d'août 1 5 3 1 , et pour cefaire sera tenu le dit Breton faire toutes les desmo- « lissions et rétablissemens qu'il conviendra... fournir et livrer le dit Le Breton « les autres matières de pierre de taille de grez et liais qu’il conviendra pour « iceulx ouvrages... ».
Ces travaux, de grande importance, durèrent cinq ans; mais leur réception n’eut lieu qu’en i55o. Le procès-verbal en a été conservé. En voici le texte :
« De l’ordonnance de noble personne, maistre Philbert de Lorme, abbé « d’Ivry, de Saint-Berthelemy-de-Noyon et de Geveton, conseiller, ausmonier « ordinaire du roy, architecte du dit seigneur, commissaire ordonné et député « sur le fait de ses bastimens et édiffices de Fontainebleau, nous, Charles « Baillard, maistre maçon de Monseigneur le Connestable, Guillaume Chalou, « Jean Chaponnet, maistres maçons à Paris, et Jean-François, aussy maçon, « demeurant à Meleun, après serment par nous fait par devant le dit commissaire « avons en sa présence et en la présence de maistre Pierre Deshotels, notaire « et secrétaire du roy, et par luy commis au contrerolle de ses dits bastiments « et édiffices, veu visité les ouvrages de maçonnerie et taille de l’édiflîce fait de « neuf au dit chasteau par maistre Gilles Le Breton, maistre des œuvres de « maçonnerie du roy, assavoir si le dit édiffice des dites chappelles et le dit « grand escalieront esté et sont bien et deuement faits et parfaits ainsy que le dit « Le Breton est tenu et obligé faire par deux devis et marchez de ce faits. »
La chapelle Saint-Saturnin présente dans sa construction et ses dispositions architecturales plusieurs des caractères typiques des chapelles des anciens châteaux du Moyen âge, conservés traditionnellement dans quelques résidences royales et princières : elle est à deux étages comme la chapelle de Gaillon, et à l’imitation de la Sainte-Chapelle de Paris elle accuse extérieurement par ses saillies hors d’œuvre l’affectation spéciale du bâtiment et le respect qui s’attachait au maintien de cette haute prérogative d'un service religieux particulier. Avant les travaux exécutésdans la Cour de l'Ovale sur l’ordre de Henri IYr(i), l’édifice devait avoir une façade tout au moins aussi ornée que l’abside qui a été conservée dans son état originel, et dont le double étage de pilastres et de frises ne manque
(i) Palustre : La Renaissance en France, 5' livraison, p. 198.
Grande façade du chateau de Villers-Cotterets Œuvre de Guillaume et Jacques I.e Breton
LES MAITRES DE FONTAINEBLEAU ET VILLERS-COTTERETS
point d’élégance; à l’intérieur, la structure dans le style classique est moins originale et moins riche de sculptures décoratives que dans les chapelles d’Anet, d’Ecouen, de Villers-Cotterets. Evidemment, le principe et le mode d’ornementation spéciale par la peinture, le stuc et les boiseries, adoptés pour les galeries du château, y ont été appliqués systématiquement; et les tailleurs de pierre n’ont pu y faire montre de leur habileté que dans les chapiteaux des colonnes et dans les clefs de voûte pendantes.
A la construction du grand escalier se rattache la question de la construction du Péristyle ou perron de la Cour de l’Ovale, qui, pendant longtemps, a fait l’objet de divergences d’attributions. Après avoir été, trois siècles durant, mis à l’actif de Sébastien Serlio, sans aucune vraisemblance à tous les points de vue, ce monument d’une si parfaite élégance de formect d’allure est revendiqué pour Gilles Le Breton par Pauteurde « La Renaissance en France » ; mais les raisons mêmes que celui-ci fait valoir pour justifier cette attribution l’infirment aujourd’hui définitivement. Le Péristyle est l’œuvre de Pierre Chambiges (i), qui le construisit de i53o à i53q, par conséquent antérieurement de plusieurs années au marché de 1540 pour le « rechangement du grand escalier » et pour l’édification de la chapelle Saint-Saturnin, signé par Gilles Le Breton. D’ailleurs, comme on le remarquera, le procès-verbal de réception en 1 55o des travaux prévus dans le marché de 1 5 3 1 , et dans le marché de 040, ne fait aucune mention du perron qui avait été projeté en 1 5^8, si longuement décrit dans le devis de cette date et dans le marché qui l’accompagne.
On vient de voir, par le document relatif à la réception des travaux de la chapelle Saint-Saturnin et du grand escalier, en i55o, que le surintendant des bâtiments du roi de ce temps est Philibert de l’Orme. Au témoignage même de celui-ci, les relations entre l’architecte favori de Henri II et le maître d’œuvre de Fontainebleau ne furent point empreintes d’une très grande cordialité. L’,« Instruction de M. d'Ivry » contient deux passages où il est fait mention de Gilles Le Breton et de ses travaux : « D’ailleurs, du commanccment que j’euz « la charge des bastimens en faisant faire les toysés, au lieu que les ouvriers « esperoyent qu’il leur fust deu tant à Fontainebleau, Villers Coteretz, Saint- « Germain et aultres que le maçon de Fontaynebleau, AI. Jehan Le Breton, « debvoyent xvmm livres pour avoir plus reçeu qu’ilz n’avoyent faict d’œuvre, « et si y avoit plus de nnxx mil livres d’œuvre qui ne valloyt rien, et plusieurs « aultres maulvaiz mesnaiges qui estoient aux aultres maisons, qui seroyt long « à descripre que j’ai remonstré plusieurs foys et osé les larciner. » L’expression « le maçon de Fontainebleau » n’est certainement point mise là par bienveillance ; Philibert de l’Orme l’emploie à la façon de Sébastiannet Serlio, pour qui elle était celle qui pouvait, à l’égard d’un maître maçon-tailleur de pierre, contenir,
(1) Marius Vaciion : Les Chambiges, p. 1 45-1 46.