‹ La renaissance française; l'architecture nationale, les grands maîtres maçonsChapitre 131 sur 236 · CHAPITRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIÈME

touffue et délicate, semblable à celle que les maîtres d’œuvre ayant à leur portée des pierres tendres, faciles à tailler, peuvent, en ce même temps, donner aux châteaux des bords de la Loire, de l’Ile-de-France, de Normandie, etc. Gilles Le Breton agrémentera uniquement ses façades de « contrepilliers hors œuvre » à chapiteaux légers, d’entablements, de corniches et de frises « portans mollures honnestes », d'ouvertures encadrées de « piedroicts, d’arquitraves et frontespies », aux lignes et profils d’une grande simplicité et de plus de robustesse que d’élégance.

Les conditions topographiques des constructions nouvelles lui inspirent des innovations aussi ingénieuses que pittoresques. Par exemple : dans le pavillon de la Porte Dorée qui a sa façade extérieure en vue sur des perspectives admirables de jardins et de pièces d’eau, il imagine, — comme le fait dans le même temps et dans les mêmes conditions, à Saint-Germain-en-Laye, Pierre Chambiges, — deux étages de larges loggias d’où l’ont peu contempler à l’aise le merveilleux panorama. Pour éviter, dans la Gour de l’Ovale, la monotonie de dispositions architecturales uniformes, il oppose aux façades des anciens corps d’hôtel remaniés, qui présentent une série de croisées de même type, l’ordonnance des grandes baies superposées de la Salle de bal dont les terrasses, aux balustrades ajourées, font contraste avec les hauts toits inclinés de la vieille tour, de la Porte Dorée, du Pavillon des enfants, etc.

Si, pour se conformer à une tradition qui est chère à tous les maîtres maçons de ce temps, Gilles Le Breton conserve systématiquement, dans ses constructions, les toits à grands combles, ajourés de hautes lucarnes de pierre, qui en facilitent l’utilisation comme appartements ou galeries, ainsi que les fenêtres à meneaux; s’il sépare les étages par une moulure à large profil rappelant beaucoup plus les bandeaux employés dans l’architecture ogivale que les corniches classiques, il ne sait pas moins innover ingénieusement dans le goût du jour. Les chapiteaux de ses pilastres et contrepilliers sont des créations bien personnelles et fort originales : ou ils présentent aux angles des têtes de biches et dans le milieu le chiffre de François Ier fleuronné, sinon la salamandre couronnée; ou ils sont composés de fleurs de lys dégénérées, placées entre deux feuilles d’acanthe classique, et dont la partie supérieure se déroule en volutes du plus gracieux effet.

Dans son dépit de deviseur de plans évincé, Sébastien Serlio déclare qu’il ne savait comment qualifier l'architecture du Fontainebleau construit par Gilles Le Breton ; de son côté, Benvenuto Cellini, plus brutal dans sa mauvaise humeur des déceptions éprouvées pour la Porte Dorée, écrit qu’elle est du « mauvais style français ». Ces deux critiques, émanant d’artistes étrangers, doivent être tenues pour le meilleur éloge qu’on puisse faire de l'œuvre du maître maçon de François 1er : Fontainebleau tout entier, d’inspiration, de conception et d’exécution est essentiellement, exclusivement, français.

Façade sud-ouest du chateau de Villers-Cottej Œuvre de Guillaume et Jacques Le Breton

LES MAITRES DE FONTAINEBLEAU ET VILLERS-COTTERETS 2 I

Gilles Le Breton mourut dans les derniers jours de l’annce 1 55 1 , ou peutêtre dans les premiers de l’année 1 552. On lit dans des lettres patentes de Henri II, en date du 24 février 1 552 : « Pour ce que nostre cher et bien amé « maistreJean de l’Orme, que nous avons naguère pourveu de l’estât et office « de maistre général de nos œuvres de maçonnerie comme vacquant par le « trépas de leu maistre Gilles Le Breton, dernier paisible possesseur d’icelluy,

« n’a encore peu, ne pouvoit nous faire et prester le serment du dit office ny « icelluy exercer d’autant qu’il est en Italie... ».

Dans les lettres patentes données à Chatcaubriant, le 18 juin i532, et adressées à Jehan de la Barre « chevalier, comte d’Estampes, prévost de Paris et premier gentilhomme de la chambre », et à Nicolas de Neufville, « aussy chevalier et secrétaire des finances », l’on voit figurer Villers-Cotterets, à propos de bâtiments et édifices que François Ier a ordonné être faits en ce château, ainsi qu’à Saint-Germain-en-Lave. Ce projet remontait déjà à plusieurs mois. Dans les « Dépenses secrètes de François Ier », année 1 53 2 , à la date du Ier janvier, il est fait la mention suivante : « Assignation dont il fault « promptement lever les acquits pour le bastiment que le roi entend, ceste « présente année, faire faire au lieu de Villers Costeretz. — Somme pour le dit « bastiment de Villers Costeretz : xl"1 1. »(i).

Les constructions nouvelles qu’il s’agissait d’élever à Villers-Cotterets ne différaient pas sensiblement de celles de Fontainebleau, dont l’exécution avait été confiée à Gilles Le Breton. Il existait là un ancien manoir féodal, qui avait été ruiné en partie par les Anglais, dans les dernières années du règne de Charles VI. Jacques Androuet du Cerceau en écrit ceci dans « Les plus excellents bastiments de France » : « Ce lieu estoit d’ancienneté un logis de « marque, comme apparoit tant par le grand corps de logis que par la closture « du parc. Ceste maison consiste en deux courtz. Le vieil bastiment fait la « séparation d'icelles. Le roi François premier feist réparer le dict bastiment et « l’augmenter de plusieurs corps de logis, et tel comme il apparoit de présent. » A l’aile droite du château, du côté de l’est, on ne fit que restaurer les tours, exhausser les courtines, et relever les combles ; du côté de la forêt, les bâtiments anciens furent rajeunis par des ouvertures nombreuses percées dans les murs épais et moroses. A l’aile droite, le vieux logis était sans doute trop ruiné pour pouvoir être restauré ; mais, sans doute aucun, les fondations en furent utilisées, ou tout au moins, l’on bâtit sur le même périmètre. Jacques et Guillaume Le Breton, « frères maçons, demeurans à Paris », reçurent la mission de restaurer l’ancien château de Villers-Cotterets et de le compléter par des constructions nouvelles, pour en faire une résidence royale, digne du souverain.

(1) Archives nationales, J. 960, folio 9 V*. — Ce document ne figure pas clans les Comptes des Bâtiments du roù

Mort

de Gilles Le Breton en 1 55 1 *

Le château de Villers-Cotterets.

Jacques

et Guillaume Le Breton.

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