‹ La renaissance française; l'architecture nationale, les grands maîtres maçonsChapitre 132 sur 236 · CHAPITRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIÈME

Quel lien de parenté unissait Jacques et Guillaume Le Breton à Gilles Le Breton? On l'ignore encore. Léon Palustre a pensé qu'ils étaient les trois frères. Le document publié plus haut, où il est fait mention du père et de la mère de Gilles Le Breton, contredit cette hypothèse. Mais il est probable, en raison de leur communauté d’origine, et de leur similitude d’âge, qu’ils étaient parents.

Les « Comptes des Bâtiments du roi » contiennent des documents relatifs aux travaux de Villers-Cotterets exécutés par Jacques et Guillaume Le Breton, dans le « Compte de maistre Nicolas Picart, commis à tenir le compte et faire « le payement de ses édiffices et bastimens de Yillers Costerets durant huit « années entières commancées le premier janvier i532 et finies le dernier de « décembre i 5qo » ; mais les états de payement mentionnés ne portent pas de date particulière. Il n’est donc point possible de savoir exactement quand commencèrent ces travaux. Le premier état est ainsi libellé :

« A Jacques et Guillaume Le Breton, frères, maçons, la somme de 58. 1 38 1 i v. « 8s. 4d.,à eux ordonnée pour tous les ouvrages de maçonnerie et taille par eux « faits durant le temps de ce compte à Villers Costerets, de l’ordonnance de « messire Nicolas de Neufville, chevalier, sieur de Villcroy, et de Philbert « Babou, sieur de la Bourdaizière, et par le contrerolle de maistre Pierre « Deshotels, varlet de chambre ordinaire du roy. »

Vient ensuite l’extrait suivant du Compte de Nicolas Picart pour l’exercice i 040- 1 55o :

« A Jacques et Guillaume Le Breton frères, maçons, demeurans à Paris, la « somme de ôo.qbô liv. 17 s. 6 d. pour tous les ouvrages de maçonnerie par « eux faits de neuf à Villers Costerets, de l’ordonnance de messire Nicolas de « Neulville, chevalier, seigneur de Arilleroy, et Philbert Babou, seigneur de la « Bourdaizière, conseiller du Roy et commissaire par luy ordonné sur le fait de <( ses bastimens de Fontainebleau et Villers Costerets, tous lesquels ouvrages ont « esté veus et visitez en la présence de maistre Philbert de Lorme, conseiller et « ausmonier ordinaire du Roy, et par luy commis sur le fait de ses bastimens « et édiffices, et Pierre Deshotels, varlet de chambre ordinaire du Rot', et palet luy commis au contrerolle de ses bastimens et édiffices de Villers Costerets. »

Le Compte de recette, établi par Nicolas Picard, « des deniers provenans « des ventes et couppes de bois de haulte fustaye que le roy a ordonné estre « faittes ès forest des charges et généralitez pour estre employez au fait de « ses bastimens et édiffices de Villers Costerets » s’élevait à la somme de 102. 010 livres 14 sous 5 deniers. Le devis, auquel se rapportaient ces crédits, comprenait un ensemble de travaux déterminés avec beaucoup de précision et qui furent exécutés complètement sous le règne de François Ier. Lorsqu’il fut décidé de bâtir le pavillon dit Pavillon de Henri II. le périmètre de l’ancien château, maintenu pour le nouveau, était rempli par les constructions anciennes restaurées et par les constructions nouvelles ; on dut l’édifier en dehors, à

LES MAITRES DE FONTAINEBLEAU ET VILLERS-COTTERETS 2 1 y

l’angle occidental. Ce bâtiment ne faisait probablement point partie du devis primitif.

Villers-Cotterets est tout entier l’œuvre incontestable de Jacques et Guillaume Le Breton ; ils l’achevèrent, car les comptes font mention des entrepreneurs qui leur succédèrent : Robert Vaultieret Gilles Agasse ; et les états de payements les concernant, de i55o à t 55g, s’élèvent à la somme de 10.709 livres i5 sous et i3 deniers, qui doit s’appliquer exclusivement à des travaux de réparation et d'entretien, carie terme « ouvrages de maçonnerie faits de neuf» employé dans les états de payement à Jacques et Guillaume Le Breton ne s’y rencontre jamais.

Nous retrouvons dans les « Comptes des Bâtiments du roi », à la date de 1557, le nom de Guillaume Le Breton seul pour le payement de travaux autres que ceux de Villers-Cotterets. Jacques était-il mort ? L’association entre les deux frères avait-elle été dissoute ? Aucun document ne renseigne à ce propos. Cet état de payement est ainsi libellé :

« A Guillaume Le Breton, maistre maçon, la somme de 400 livres pour « ouvrages de maçonnerye par luy faits au dit pallais ( « Palais royal », le Palais « en la Cité), à luy ordonné par ce présent trésorier (Jean Durant); en vertu « d’un rescript du seigneur d’Anizy. »

11 est suivi d’un autre qui nous donne la date approximative de la mort de ce maître maçon; en voici le texte :

« 1559. Pallais royal à Paris. Maçonnerie. Aux veufs et héritiers de feu « Guillaume Le Breton, en son vivant maistre maçon, et autres, pour les ouvrages « de maçonnerie par eux faits en plusieurs endroits, la somme de (sans indi- « cation) à eux ordonnée par messieurs les trésoriers de France.

« 1 56o. Aux vefve et héritiers de feu Guillaume Le Breton, en son vivant « maistre maçon, la somme de 169 liv. 5 s. 4 d., à eux ordonnée par maistre « Jehan Groslier, pour tous les ouvrages de maçonnerie qu’il a faits aux grandes « salles, court et trésor du pallais royal. »

Parmi ces travaux exécutés par Guillaume Le Breton fut la construction de l’arc dit de Nazareth, qui établissait une communication entre l’Hôtel des Comptes et la Galerie des Archives. « La sculpture de cet arc est excellente, « écrivait de Guilhermy(i) ; la voûte et les archivoltes reposent sur huit consoles, « dont quatre sont ornées de têtes de satyres, et les autres de têtes de femmes, « qui portent chacune un croissant sur le front. Des tablettes et des têtes d’anges « remplissent les intervalles des consoles. Aux clefs de l’arc des mascarons et « des branches de laurier; dans les tympans extérieurs, quatre petites figures de « femmes tenant des palmes, que Jean Goujon n’aurait pas désavouées. Le xvne « siècle a élevé, sur cet arcade, un attique à pilastres d’ordre ionique. »

(1) Df. Gujlhermy : Itinéraire archéologique de Paris, p. 307.

Après l’incendie du Palais de Justice et de la Préfecture de Police, en 1 87 1 , l’arc de Nazareth a été transporté au musée Carnavalet.

Guillaume Breton au Palais en la Cité,

L’arc de Nazareth œuvre

de Guillaume Le Breton.

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