CHAPITRE DIXIEME
Le château de Blois, dans toutes ses parties, est donc bien, et exclusivement, une œuvre française.
Le château de Chambord. Chambord a eu aussi sa légende italienne. Cette merveille de la Renaissance française a été tenue longtemps pour la création d’un artiste ultramontain. D’après les uns, Vjgnole ou le Primatice, d'après d’autres, le Rosso ou Dominique de Cortonne dit le Boccador en avait donné les plans. En ce qui est de l’attribution à ce dernier, elle était basée sur une mention des « Rooles des acquits sur le trésorier de l’Espargne » pour l’année 1 33 1 (i), et sur les assertions de Pél i bien qui, maintes fois, a fait preuve d’une grande crédulité aux légendes de l’origine italienne des monuments français du xvi® siècle. Cette mention est ainsi rédigée :
Dominique de Cortonne (< ^ Dominique de Courtonne, architecteur, en don, la somme de neul cens dit le Boccador. « livres pour le récompenser de plusieurs ouvrages qu'il a fait/., depuis quinze
, en levées rt, patrons
« de ponts à passer rivières, moulins à vent, à chevaulx et à gens, que pour « autres ouvrages qu’il a fait/ faire depuis le dit temps pour le service dudit « Seigneur où il a eu de grans pertes, et dont le Roy ne veult estre icy fait « autre déclaration, cy ixcl. »
Or, il n’y a, dans ce texte, rien qui indique la rédaction de plans et de devis de construction pour Chambord, non plus que pour Tournay et Ardres, qui n’étaient point en ce temps-là des villes ni des châteaux français.
Félibien a écrit que, lorsque François Ier voulut bâtir cette résidence royale, il ht faire plusieurs dessins pour le bâtiment avant de rien entreprendre ; et il donne du modèle en bois, qui était attribué au Boccador, une description minutieuse, en ajoutant que l’ouvrage représenté sur ce modèle n'avait que fort peu d’analogie avec l'édifice construit (2).
Il est possible que le Boccador ait, spontanément, ou par ordre, dressé et présenté à François Ie'' des plans pour le nouveau château projeté, et qu’il en ait exécuté un modèle en bois, suivant une habitude professionnelle, comme il le fit pour l’Hôtel de Ville de Paris; mais le « deviseur de plans » italien aurait été moins heureux pour Chambord que pour le palais municipal parisien, dont il put commencer la construction, bien que le style « gothique » qu’il avait adopté ne fut guère au goût du jour. François Ier rejeta le projet du Boccador, qui, d’après la description de Félibien, était du même style ogival, que le roi dut trouver suranné.
Les Comptes de la construction de Chambord ont disparu, comme ceux de
et « ans, ença, par l’ordonnance et commandement du Roy, en patrons
,e cllâU;au t,e ( hambord. (( ^0yS) tant ja ville et chasteau de Tournay, Ardres, Chambo
Légende du château construit par des
architectes italiens.
(1) Les Comf/es des Bâtiments du roi, t. II, p. 204.
(2) ITaiIiiEX : Mémoires four servir à l'histoire des maisons royales et bastimens de France, p. 28.
LES MAITRES d’a.MUOISE, lîl.OIS ET CHAMBORD
la plupart des résidences royales bâties pendant la Renaissance (1) ; il est donc très difficile d’établir une chronologie précise des travaux. Toutefois des découvertes récentes de documents, épars, dans différents dépôts d'archives (2), ont permis de rectifier beaucoup d’erreurs historiques incessamment rééditées dans les encyclopédies et les dictionnaires.
Le 6 septembre 1519, François IBr nommait François de Pontbriant surin- La surintendance
tendant de la construction du « bel et somptueux édiffice qu’il avait puis... 1 1
r n r batiments de Chambord.
naguères ordonné de faire bastirct édiffier audit lieu et place de Chambort» (3).
Peu de temps après avoir reçu sa commission pour la direction des travaux de Chambord, François de Pontbriant, qui était fort âgé, délégua scs pouvoirs à Mathurin Viart, seigneur d’Arbouville, capitaine et garde clefs de la ville de 131ois, et à Pierre de Douet, seigneur de la Cochetière, pour « au lieu de lui et « en son absence signer les rooles et acquitz pour le faict du bastiment et avoir « la supérintendance ~t regard sur tous et chascuns ouvraiges, jourénées,
« vacacion ; achapts de matières et autres choses » (4). Quand il mourut le 1 1 septembre i52i, François de Pontbriant fut remplacé par Nicolas de Foyal, seigneur d’Herbault, maître d’hôtel ordinaire du roi et de Madame d’Angoulême, sa mère, avec la qualification de « commissaire sur le fait des bastimens de Chambort. »
Le château de Chamliord
De 1 5 1 9 (5), date de la constitution de la surintendance des travaux, jusqu'en ,le 1 5 1 9 ;l ‘5-r>i D26, la construction fut lentement menée, à cause des événements et de la pénurie d’argent dans le trésor royal provoquée par les guerres. Le icr octobre 1026, pendant son séjour dans l’ancien manoir de Chambord, à son retour de captivité,
François Ier réorganisa cette administration. Charles, bâtard de Chauvigny,
(1) J. de Croy : « Pour les autres constructions exécutées après 1515 à Blois et ensuite à Chambord,
a les comptes furent rendus à la Chambre des Comptes de Paris (après la suppression, en 1775, de la « Chambre des Comptes de Blois) et y restèrent déposés du moins en partie... Lorsque Colbert eut « confié à l’historiographe des bâtiments du roi le soin d’écrire l’histoire des châteaux royaux, c’est à
« la Chambre des Comptes de Paris qu’ André Félibien fit prendre des extraits des comptes de Cham-
« bord. Il en est résulté les notes malheureusement trop sommaires, consignées dans son Mémoire four « servir à l'histoire des maisons royales et bastimens de France... A partir de 1780, on perd la trace « de ces documents, aussi bien de ceux venus de Blois que de ceux de la Chambre des Comptes de « Paris, mais il paraît à peu près certain ou bien qu’ils furent compris dans les immenses élimina- « tions de pièces considérées inutiles et vendues au poids vers cette époque ou plutôt qu’ils firent « partie des envois faits, en l’an V, par le bureau du triage, aux arsenaux, pour la confection des « gargousses. »
(2) j. de Croy : Ibidem, fassim.
(3) Bibliothèque nationale, Fr. 25720, 142, publié par Jarry : Château de Chambord, p. 49.
(4) Bibliothèque nationale, Fr. 26117, 433. J. de Croy : Ibidem, appendice, p. 197.
(5) Félibien et Bernier ont commis une erreur en écrivant que les travaux de Chambord commencèrent en 1526, au retour de François I" de sa captivité en Espagne. En 1522, une somme de 4.326 livres, provenant de coupes de bois extraordinaires dans la forêt d’Amboise, est touchée par Nicolas de Foyal et Antoine de Troyes. Archives nationales, J. 960.