CHAPITRE DIXIÈME
Le premier maître d’œuvre de Chambord par ordre de date : Jacques Sourdeau.
seigneur de Murat, dans la Marche, était nomme surintendant, en remplacement de Nicolas de Foyal, aux gages de 1.200 livres par an (1). Raymond Forget, secrétaire de la reine de Navarre, sœur du roi, recevait la charge de la tenue des Comptes qui lui valut les mêmes gages (2) ; et Antoine de Troves « receveur des levées et thurcys de la Loire », commissaire des bâtiments d’Amboise depuis un assez long temps, était continué dans cette charge pour Chambord qui lui avait été donnée en 1 520, mais qu’il n’exerçait point encore(3). Sous cette direction nouvelle, les chantiers de Chambord prirent une très grande activité, au point qu'on y employa jusqu’à 1 .cSoo ouvriers, et que, de 1 53 1 à 1 535 , le roi y consacra annuellement 60.000 livres (4). Pendant environ vingt ans, les travaux furent continués avec plus ou moins d’entrain, sous les surintendances d’Anne Gedoyn, veuve de Jean Breton, secrétaire du roi et général de ses finances — 1 543 à 1547 — ; de Claude de Bombelles, seigneur de Lavau — 047 à 1 5 5 5 — ; de son fils, au prénom de Claude également, qui lui succéda d’abord en survivance, puis en titre — 1 55 5 à i56o — ; du gendre d’Anne Gedoyn, Claude Burgensis, fils du célèbre médecin de François Ier — 1 56o à 1 568 ; et enfin de la veuve de celui-ci, Léonor Breton, dite la dame de Yillesavin, qui ne reçoit plus que la commission du « Gouvernement de la maison et bâtiment de Chambord », car, à cette date, la construction des bâtiments est achevée, et il n’est plus besoin de surintendant, de contrôleur, de comptable, etc. Dans les dernières années du règne de François Ier on voit apparaître un superintendant, qui estPhilbert Babou de la Bourdaisière, ayant dans ses attributions administratives toutes les résidences royales que le roi fait construire ou restaurer.
Le premier maître d’œuvre de Chambord, en date des travaux, est Jacques Sourdeau. Ce maître maçon y fut appelé en 1 5 1 9, sur la recommandation de François de Pontbriant. L’acte de nomination d’Antoine de Troyes comme « contrerolleur des bâtiments », en remplacement du titulaire qui s’était démis volontairement de sa charge, en contient la preuve; il y est fait ainsi mention de ce maître maçon :
« Jacques Sourdeau, commis au faict de contreroulle dudit édifiîce, lequel « Sourdeau au moyen de ce qu’il ne seet lire ni escripre,et qu’il est continuelle- « ment occupé comme maistre maçon à conduire la maçonnerie et ne pourroit « entendre à exercer ledit contreroulle, nous l’en avons de son consentement « desmis et destitué, desmettons et destituons, et en son lieu y avons commis
(1) Félibien : Mémoires, p. 30.
(2) J. de Croy : Ibidem . Bibliothèque nationale. Pièces orginales : Forget, 12-13.
(3) Antoine de Troyes semble avoir rempli auparavant, à Amboise, la charge de contrôleur des bâtiments. Il donne une « gratification aux compagnons menuisiers pour les faire avancer ». (Archives d'Amboise.) Il revient deux fois à Tours et y envoie cinq fois un messager porter des lettres â M. de Semblançay et à François de Pontbriant.
(4) J. de Croy : Ibidem, p. 77.
Aile François Ier du chate.au de Blois. (Vue intérieure sur la cour.) Œuvre de Jacques Sourdeau
LES MAITRES d’àMBOISE, BLOIS ET CHAMBORD 2q5
« et commettons notre cher et bien amé Antoine de Troyes, receveur et commis « au peiement des turgies et levées de la rivière de Loyre (i). »
Dès 1 5 1 9, date de commencement des travaux de construction de Chambord, sous la haute direction de François de Pontbriant, puis de Nicolas de Foyal, jusqu'en 1 5 2 3 au moins, Jacques Sourdeau fut le maître des œuvres de maçonnerie du château.
Jacques Sourdeau avait un fils, du prénom de Denis, à qui, suivant les mœurs sociales du temps, il fit apprendre le métier paternel. De septembre 1 5 1 o à 1 5 1 3 , Denis Sourdeau figure parmi les maçons travaillant à la construction de la tour neuve de la cathédrale de Bourges, sous la direction de Colin Byart. Il touche, comme les autres compagnons, 4 sous 2 deniers de salaire par jour. Il est probable que le maître maçon avait confié son fils aux bons soins de son collègue, et que François de Pontbriant l’avait également recommandé à Gilles de Pontbriant, son frère, qui était chanoine de la cathédrale. Jacques Sourdeau avait amené à Chambord, son fils Denis, ainsi que son gendre, Jehan Gobereau.
Quand Jacques Sourdeau mourut, il fut remplacé à la direction des travaux de Chambord par Denis Sourdeau, et par Pierre Nepveu, dit Trinqueau. Deux documents en contiennent la preuve. Les registres communaux de la ville d’Amboise font mention, en l’année 1524, de « Maistre Pierre Nepveu, dit « Trincqueau. et maistre Denis Sordeau (Sourdeau) », qualifiés l’un et l'autre « maistres maçons ayant la charge du bastiment de Chambourc », comme ayant reçu « la somme de cent solz tournoys par le commandement des esleuz pour « estre venuz du dit lieu de Chambourc exprès en ceste ville pour faire ordon- « nancc et bailler leur oppinion pour faire besongner au piller auquel l’on a fait « réparer » (2). Dans un « Compte de clôture » de la Ville d’Orléans pour 1 525- 1527, le nom de Denis Sourdeau est inscrit plusieurs fois avec le titre de « maître maçon demeurant à Blois, ayant la charge des ouvrages de « maçonnerie que le Roy fait faire à Chambort » (3). Félibien a laissé le
(1) J. dk Croy : Ibidem , p. 199. Bibliothèque nationale, 5500, f° 177. tlièque nationale, 5500, f° 177.
(2) P. Chevalikr : Inventaire des Archives communales d' Amboise, p. 215.
(3) Jarry: Réunion des Sociétés des Beaux-Arts des départements, année 1888, p. 102-103 : « Vers « la fin du xv* siècle, la ville d’Orléans, se trouvant trop à l’étroit, brisa la vieille muraille de Philippe- « Auguste et de Jeanne d’Arc qui Penserrait de toutes parts..., et décidait d’élever une nouvelle enceinte « fortifiée sur un périmètre étendu jusqu’à la limite des boulevards actuels. Ces constructions furent « longues et coûteuses; elles donnèrent lieu à de nombreux marchés dont l’exécution ne fut pas tou- « jours scrupuleusement observée. Une partie des murailles bâties par Jehan Mynier et Jehan Le Merle,
« maîtres maçons de la ville d’Orléans, et principaux entrepreneurs, s’étant écroulée tout à coup, les « éclievins firent une enquête. On choisit comme experts huit maîtres des œuvres de maçonnerie d’Or- « léans et des villes voisines : Pierre Chausse et Jean Bernardeau, d’Orléans; Guillaume Pelvoisin « (Pellevoisin), de Bourges; Simon Ilallotin, de Chartres; Gervaise Gouldrov, de Blois, et Denis Sourit deau, de Chambord. Ils logeaient à l’hôtel de la Monnaie, et Denis Sourdeau, entre autres, consacra « vingt-huit jours du premier mois de l’année 1,27 à celte expertise, qui fut en tous points favorable « aux intérêts de la ville ».
Denis Sourdeau succède
à Jacques Sourdeau.
Pierre Nepveu, dit Trinqueau, entre à Chambord comme
maître d'œuvre.