‹ La renaissance française; l'architecture nationale, les grands maîtres maçonsChapitre 148 sur 236 · CHAPITRE DIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIXIÈME

Jean Gobereau, gendre

de Jacques Sourdeau, maître d’œuvre de Chambord.

résumé d’un fragment des Comptes du château de Chambord qui permet, par l’indication des salaires et des qualifications techniques, de déterminer exactement la situation administrative de Pierre Nepveu et celle de Denis Sourdeau :

« Pierre Trinqueau, qui cstoit le maître maçon et qui avoit la charge et « conduite des bastimens à raison de 27 sous, G deniers par jour ;

« Denis Gourdeau (Sourdeau) qui avoit la conduite des traits de maçonnerie « des dits édifhces à 20 sous par jour ;

« Et Jean Gobreau, maistre maçon ayant aussi la conduite d’une autre « partie des dits édifices, à 20 sous par jour » (1).

La supériorité de salaires et la qualification particulière de maître maçon « ayant la charge et conduite des bastiments » établissent la prééminence administrative de Pierre Nepveu.

Ce document met en relief, à côté de Denis Sourdeau, son beau-frère Jean Gobereau, le mari de la fille de Jacques Sourdeau et lui attribue ainsi une certaine part de collaboration à la construction de Chambord. Jean Gobereau venait de se distinguer par une oeuvre d’architecture importante : la construction de trois chapelles style Renaissance à Notre-Dame de Cléry, sur la commande de Gilles de Pontbriant, doyen du Chapitre de cette basilique royale de 1 5 1 5 à 1 5 2 1 . Ces chapelles sont la chapelle Saint-Sauveur, que décora le sculpteur Benoît Bomberault, imagier à Orléans, qui, cinq ans plus tard, devait achever le tombeau de Guillaume de Montmorency et de sa femme commencé par Martin Cloistre, ii Saint-Martin de Montmorency ; la chapelle Sainte-Barbe pour laquelle un autre imagier Orléanais, Hubert ou Aubert Marchant, exécuta cinq images de pierre, et la chapelle de Saint-Jacques, à la construction et à l’ornementation de laquelle contribua François de Pontbriant. Deux actes notariés permettent de faire l’attribution de ces chapelles à Jean Gobereau :

« Le 12 septembre 1 5 1 7 , Jehan Gobereau, maçon, demorant à présent à « Cléry, confesse avoir eu et reçeu de Messieurs de Cléry la somme de quinze « livressurla sépulture du roi.

« Le 8 mai iSiq, Jehan Gobereau, maçon et tailleur de pierres, demorant « actuellement à Cléry, paye à un marchand du Nivernais l'achat de « ung cent « dépavés, dune table d’autel, d’une pierre de six pieds de long en manière « de mayneau » (2).

Jean Gobereau était sans doute le fils d’un maître maçon de Blois ou d’Amboise, Baudouyn Gobereau, dont on voit figurer le nom dans le procèsverbal d’une séance du Bureau de la Ville de Paris relatif à la convocation d’un certain nombre de maîtres maçons parisiens et provinciaux mandés pour donner

(1) Mémoires p. 32.

(2) Jarry : Réunion des Sociétés des Beaux-Arts des départements, 1888, p. 88-98.

leur avis pour la reconstruction du pont Notre-Dame, en avril 1 5oo, à côté des noms de Martin Chambiges, Audry de Saint-Martin, Audry Petitbois, Estienne Yiguier, Jacques de Versongne, Jullien Mesnart, Philippot de Fronsière, Laurent de Bucy, Gilles le Vacher, Jehan Wouarne, Pierre Borru, Jehan Le Prince, Poullet Machecrier, Jehan Bourgeois, Noël Pichet, Robert de la Brosse, Nicollas de Laval, Jehan Hernou, Jacques Courbet, Gillet Grain, Wallereau Hardy, Jehan de Félin et Jehan Turbillon (i).

Après la mort de son père, Denis Sourdeau lui succéda dans la charge de maître des œuvres du comté de Blois ; en 1 5 3 3 , il donne, à ce titre, quittance de gages à François Viart, receveur du domaine de Blois.

II y a présomption que ce maître maçon fut le maître d’œuvre du château d’Herbault, situé à quatre lieues de Blois, proche de la forêt de Boulogne, que Nicolas de Foyal, seigneur d’Herbault, surintendant des travaux de Chambord de 1 52 1 à 1 526, fit construire. Cet édifice se faisait remarquer, au centre du corps de logis, par une tour à pans coupés renfermant l’escalier, semblable à celle du château de Blois, bâtie sous François Ier.

Denis Sourdeau mourut le 15 mai 1534. Il avait eu de sa femme, Alizon Bouchart, deux fils, Claude et François; et deux filles: Perrine etJacquette. Les garçons suivirent la carrière professionnelle de leur père, et firent, très probablement, leur apprentissage sous la direction de leurs oncles Jean Cobereau et Jacques Cocqueau, car ils étaient encore en bas âge à la mort de Denis Sourdeau. Claude succéda, comme on l’a vu plus haut, à Jacques Cocqueau, dans la charge de maître des œuvres du comté de Blois, où il l’avait remplacé pendant plusieurs années, pour cause de maladies et infirmités. Il épousa, en i^yo, Perronnelle de Biard, qui lui donna une seule fille, et mourut en 1 58q. -François parvint également à une situation élevée : en 1 568, il était maître des ouvrages de la Ville de Blois. Il eut trois fils de son mariage avec Marie Beguineau.

On connaît, par des documents d’archives municipales et par des actes notariés, un autre maître maçon, du même nom, André Sourdeau, qui semble avoir été allié à la famille du maître d'œuvre de Chambord (2), et exerça brillamment sa profession à Loches. De 1 5 35 à i53(j, André Sourdeau, qualifié « maitre maçon conducteur de la besogne », travailla à la construction de l’Hôtel de Ville de Loches, avec François Chevalier, comme collaborateur de Bernard Musnier, adjudicataire des travaux de cet édifice, dont Jehan Baudoin avait fait

(1) Registres des Délibérations du Bureau de la Ville de Paris, t. I, p. 31.

(2) Jarry : Réunion des Sociétés des Beaux-Arts des départements , année 1888, p. 97 ; acte notarié dans lequel on lit : « Le second jour d’août 1518, André Sourdeau, demorant à Loches, confesse « avoir eu et reçeu de Jehan Goubereau, maçon et tailleur de pierre, demorant à présent à Cléry, la « somme de douze escus d’or souleil, laquelle somme ledit André Sordeau a promis bailler à Jacques « Sordeau, père de la femme dudit Gobereau, auquel Jacques Sordeau, dit Gobereau, les presta... »

Denis Sourdeau au château d'Herbault

Mort

de Denis Sourdeau.

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