‹ La renaissance française; l'architecture nationale, les grands maîtres maçonsChapitre 149 sur 236 · CHAPITRE DIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIXIÈME

les plans (1). Les registres de l’état civil de Loches, au xvi* siècle, contiennent la mention de plusieurs Sourdeau, dont quelques-uns étaient maçons-tailleurs de pierre.

Il est très difficile de déterminer exactement la part qui revient à Jacques Sourdeau dans les constructions de Chambord. Plusieurs exemples d’analogie au point de vue des dispositions architecturales et ornementales qui peuvent être signalés entre Blois et Chambord permettent cependant de faire quelques suppositions. Les visa jour dans des tourelles extérieures à pans, exclusives à ces deux châteaux, sont très vraisemblablement du même maître maçon, qui ne saurait être que Jacques Sourdeau, et dont Denis Sourdeau respecta filialement la pensée artistique, quand il fut chargé de la « conduite des traits de maçonnerie». Avant l’année 1 5 3(3 , où Pierre Nepveu apparait, dans des documents officiels, comme « maistre de l’œuvre de maçonnerie du baptiment du chastel de « Chambort », il avait été exécuté des travaux importants, et des corps de bâtiments étaient terminés. Vers i534, des charpentes s’élevaient sous la conduite de Mangyn Bonneau , qualifié « maistre charpentier du bastiment de Chambord » (2). Jehan Caboche et François aux bœufs, « plombeurs », avaient reçu du roi la permission défaire mener et «conduire franchement et quittement, « tant par terre que par eaux, depuis la ville de Rouen jusques au port de « Saint-Dyé, sur la rivière de Loire, le nombre et quantité de cent milliers de « plomb, qu’il leur convient avoir pour faire la plomberie de l’édiffice du « chasteau de Chambort » (3). Ces corps de bâtiment n’étaient point le Donjon, puisque, selon Félibien, on ne commença la construction des « tours et pavillons carrés du Donjon » qu’à partir de l’année 1537. Par marché passé devant M® Landry, notaire royal à Tours, le 2g mars de cette année-là, avec Philbert Babou de la Boisrdaisière, au nom du roi, Antoine de Troyes entreprenait cette construction. Et, en i53y, en 1 3 3S, d’après les « roolles des acquits sur le trésorier de l'espargne », Raymond Forget payait quatre mille livres « sur ce qui luy « peult et pourra estre deu, à cause du marché par luy fait, pour le parfait « agreement des terrasses et autres édiffices de Chambort » (4).

Lierre Nepveu, dit Trinqueau.

Ses antécédents.

Qui était Pierre Nepveu, dit Trinqueau, le deuxième maître d'œuvre de Chambord dans l’ordre chronologique ? D’où venait-il ? On le croit né à Amboise ; les Registres communaux de la Ville mentionnent de 1464 a i55i, les noms de

(1) Ed. G.u tikr : C (instruction de l'Tlôtel de Ville de Loches. (Mémoires de la Société archéologique de Touraine, t. XVII, p. 83-105.)

(2) Comptes des bâtiments du roi, t. II, p. 251.

(3) Ibidem, t. II, p. 251.

(3) Ibidem, 1. II, p. 237.

Antoine de Troyes semble avoir rempli auparavant, à Amboise, la charge de contrôleur des batiments, sous Louis XI et François I". Il donne une gratification aux compagnons menuisiers pour les faire avancer dans leurs travaux. (Archives municipales d’Amboise.)

Façade sud du château de Chambord Œuvre de J. et C. Sourdcau, J. Gobereau, P. Trinqueau et J. Coqueau

LES MAITRES D’aMBOISE, BLOIS ET CHAMBORD

très nombreux Trinqueau (i). Pierre Ncpveu, croit-on, aurait été appelé à Amboise, lorsque Charles VIII fit commencer les travaux du château, vers 1490 (2). En i5o8, il travaillait, avec huit autres maçons, aux réparations du beffroi d’Amboise, sous les ordres du maître maçon Pierre Martin (3) ; il touche 2 sols et 6 deniers par jour. Quand Louise de Savoie, mère de François Ier, décida, vers 1 3 1 o , de reconstruire le château de Romorantin, elle en demanda les plans à Pierre Nepveu et lui confia la direction des travaux. Le document suivant, daté du 27 septembre 1 5 1 2 , en fait la preuve :

« A tous ceux que ces présentes lettres verront, Jehan Gallus, licencié ez « droit, châtelain de Romorantin, salut. Savoir faisons que aujourd huy date de « ces présentes lettres, par devant nous et cz présences de Philippon Meignon « et Simon de Launay, notaires jurez du réel de la chastellenie dudit lieu de « Romorantin, par l’ordonnance et commandement de noble homme Nycollas « Foyal, escuier, seigneur de Herbault, conseiller et maistre d’hôtel de très « haulte et très puissante madame la comtesse d’Angoulesme, vicomtesse « d'Aulnay, dame de Romorantin et Millansay, ont esté convoquez et assemblez « maistres Pierre Nepveu, dit Trinqueau, demeurant à Amboyse, maistre « maçon, conditeur et entrepreneur de l’ouvraige et édiffice encommencé à faire « par madite dame au chasteau du dict Romorantin, et avecques luy Macé « Olivier, Loys Grasseville et Jehan Rousseau, aussi maistres maçons jurez « demeurans audit lieu de Romorantin pour veoir et visiter la proffondeur, largeur et lieu pour asseoir les fondemens dudit édiffice et ouvraige encornet mencé du cousté de la rivière de Sauldre ; tous les quelz après qu’ils ont bien « et deument faict la dite visitacion, ont dit et rapporté en leur loyautez et « consciences que la ditte assiette, à la profondeur qu’elle a de présent, ezt plus « bas que celle du chasteau ancien de ung pied et plus, et de largeur de sept « piedz sur gros gravier, bon et convenable, pour porter la pesanteur et haulteur « du dit édiffice selon le deviz qui leur a esté déclairé et monstre, et que pour « raison des dits fondemens, ainsi pris, que dit est, ne pourra venir en en suyvir « aucun inconvéniant ne dommage audit édiffice, ainsi qu’ils ont peu veoir et « congnoistre...

« Ce fut fait l’an de grâce mil cinq cens et douze, le ving septième de « septembre.

« P. Meignen, S. de Launay. » (4)

(1) 1472 : Jehan Trinqueau, manouvrier; 1540 : baptême de Louis, fils de Louis Delabarre et de André Trinqueau, sa femme; 1543 : Jehan Trinqueau, ouvrier; 1596 : Denis Trinqueau, maître charpentier; 1603 : Jehan Trinqueau, marchand; 1606 : Jehan Trinqueau, maître charpentier.

(2) L.-A. Bossebœvk : Amboise, le château, la ville, et le canton, p. 543.

(3) G. Chevalier : Inventaire des archives nationales d' Amboise, CC. 117.

(4) Archives nationales, R* 496, n* 2.

Le château de Romorantin, édifié dans les premières années du xvi* siècle, a été radicalement transformé aux xviii' et xix' siècles. Il ne reste des constructions primitives qu’une galerie et la tour, ayant conservé leur physionomie architecturale originelle.

Pierre Nepveu maître d’œuvre de Chambord, de 1524 à 1538.

2 5o chapitre dixième

Pierre Nepveu aurait été ensuite engagé au château d’Amboise pour succéder à Catien Fordebraz dans la conduite des travaux que François Ier y fit exécuter à partir de 1 5 1 6 ( 1 ).

Lorsque Jacques Sourdeau mourut, Nicolas de Foyal, qui avait remplacé François de Pontbriant comme surintendant des bâtiments de Chambord, en 1 5 2 1 , qui avait connu et apprécié à Romorantin Pierre Nepveu, maître d’œuvre et entrepreneur de ce château, le fit venir à Chambord pour prendre la direction des travaux.

De iâ‘24 jusqu’à 1 538, date de sa mort, Pierre Nepveu fut l’architecte en chef de la nouvelle résidence royale. Nous en avons la preuve dans plusieurs documents qui lui donnent des qualifications officielles répondant à ce titre moderne. Deux actes notariés, du i5 octobre i5o2, font mention d’acquisitions de pièces de terre aux Fourchettes, près de Pace', en Touraine, par « Pierre « Nepveu, dit Trinqueau, maistre maçon du roy nostre dict seigneur en son « bâtiment de Chambourg, absent et stipulant en la personne de honneste « personne Loys de la Barre, marchant, demourant audit Amboise, gendre du « dit Nepveu, à ce présent et stipulant pour le dit Nepveu et pour Perette, « sa femme » (2). Les commissaires chargés par le roi de la réformation du domaine d’Amboise constatent, le 12 décembre 1 536, que « honneste « homme maistre Pierre Nepveu, dit Trinqueau, maistre de l’œuvre de maçon- « nerie du baptiment du c’nastel de Chambort, tient et advouc tenir ou (au) fief, « terre et seigneurie de la baronnie d’Amboyse, une cave en roch, estant soulz « le chastel d’Amboyse, avec la place vague estant sur le devant d’icelle... « laquelle cave et placé ledit Nepveu dit tenir par tollérancc et soubz le bon « plaisir du roy». Et, le 17 février 1 537, les mêmes commissaires enregistraient cette autre déclaration contenant la même qualification : « honorable homme « Pierre Nepveu, dit Trinqueau, maistre de l’œuvre de maçonnerie du « baptiment du chastel de Chambort, tient ou (au) fiet du roy notre sire, à « cause de sa baronnie d’Amboyse, une pièce de terre estant à présent en friche, « contenant quatre arpents des appartenances du lieu et métairie de la « Rodière » (3).

En 1537. Pierre Nepveu était nommé « commis au contrerolle des édiffices de Chambord », en remplacement d’Antoine de Troyes, à la suite d’un incident dont on trouvera plus loin le récit. Un article des rôles des acquits sur le trésorier de l’espargne, en date du i5 avril 1 538, fait mention de cette qualification nouvelle :

(1) L.-A. Bossebœuf : Ibidem, p. 543.

(2) J. de Croy : Ibidem, appendices. Archives du comte Henri de Bridieu, au château de la Vallière.

(3) Archives nationales, p. 3211, n° 258, et p. 3253, n° 1015. — G. Chevalier : Histoire de Chênaie eau, p. 147.

LES MAITRES d’aMBOISE, BLOIS ET CHAMBORD 27> I

« A Raymond Forget... pour délivrer à Pierre Tricqueau, commys au « contrerollc des dits édifticcs (de Cliambord), sur et en déduction de ce qu’il « luy pourra estre deu de ses gaiges dudic estât IIIe 1. pour ce à prendre c ( comme dessus. . . » (i).

Vers ce temps, Pierre Nepveu fut, de la part du roi, gratifié d’une faveur spéciale sur la nature précise de laquelle les renseignements font défaut. La table de l’ancien mémorial de la Chambre des Comptes de Paris signale des « lettres d’affranchissement sa vie durant en faveur de Pierre Nepveu, dit « Trinqueau, travaillant au château de Chambord ».

Pierre Nepveu mourut le 26 août 1 538.

Quelle est la part de Pierre Nepveu dans le château de Chambord? Une fort importante, sans aucun doute, celle du Donjon et de l’enceinte, hormis leur couronnement, si pittoresque et si important, qui est l’œuvre d’un autre maître maçon. Pendant longtemps, par suite d’une certaine tradition, il fut même considéré comme maître maçon exclusif de l’ensemble des constructions. Félibien dit formellement que l’auteur de Chambord était de Blois. Dans son histoire de Blois, publiée en 1682, Bernier a écrit : « Quelques uns ont cru que « Vignolles donna le dessin de ce bastiment, à quoy il n’y a point du tout « d’apparence, mais il est assuré que celuy qui le donna et qui le conduisit « avoit une maison à Blois, qui subsiste encore à présent au quartier de la « Foullerie. Cet artiste blésois est Pierre Nepveu, qui, à la date de sa mort, « avait pu achever le gros œuvre du Donjon, puisque Charles Quint put être « reçu à Chambord vers la fin de décembre 1539. »

Mais le gros œuvre achevé, la fantaisie du roi avait fait apporter aux premiers plans une modification relativement importante, celle des pavillons des terrasses, que leur défaut d’harmonie avec le Donjon doit faire attribuer à un autre maître maçon, qui est, très certainement, Antoine deTroyes. Le principal historien de Chambord, L. de la Saussaye, a fait à ce propos ces réflexions judicieuses : « On dit à Chambord, et cela paraît assez vraisemblable, que les « ailes de la façade n’étaient d’abord que des terrases supportées par des galeries « sur lesquelles s’élèvent aujourd'hui les pavillons. Cette ancienne ordonnance « était préférable; elle donnait plus de légèreté aux escaliers à jour, et devait, « en dégageant le donjon, le faire pyramider davantage; mais sous un climat « froid et humide pendant une partie de l’année il était raisonnable d'éviter ces « longues terrasses et de ne pas suivre en tous points la mode italienne (2). »

Il est vraisemblable que cette modification fut suggérée par Antoine de Troyes, et, qu'au refus de Pierre Nepveu d'altérer ainsi son œuvre originale, le

(1) Comptes des bâtiments du roi, t. II, p. 247.

(2) M. de la Saussaye croyait encore à la légende de l’intervention de l’art italien à Chambord. Ignorait-il donc qu’à Fontainebleau il avait été construit des galeries pour relier divers corps de bâtiments bien avant l’arrivée des 1 deviseurs de plans » italiens dans cette résidence royale ?

I/œuvre

de Pierre Nepveu à Chambord.

Antoine de Troyes à Chambord.

Jacques Coqueau dernier maître d’œuvre de Chambord.

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