CHAPITRE DIXIÈME
« contrcrollcur des bastimcns » fut chargé de la direction et de l'entreprise des travaux, après s’être démis de sa charge, que Pierre Nepveu reçut en compensation. En i537 et 1 538, Raymond Forget payait à Antoine de Troyes la somme de trois mille livres sur ce qu’il luy peult et pourra estre deu à cause du marché « par luy fait, de l’ordonnance du Roy, avec le sieur de la Bourdaizière, pour « le parlait agreement des terrasses et autres édifhces de Chambort, contenuz ou « (au) marché de ce fait, à prendre sur les deniers de l’Espargne, ordonnez << estre distribuez à l'entour de la personne dudit seigneur ».
Le dernier maitre d’œuvre de Chambord, chronologiquement, Jacques Coqueau, était vraiscmblement d'Amboise. De iq.85 à 1 55 1 , ce nom de Coqueau apparaît fréquemment dans les Registres communaux (1). Ces registres signalent, en 1024, Jacques Coqueau comme ouvrier maçon travaillant à la réparation des ponts de la Loire, au salaire quotidien de 4 sols 2 deniers, sous la direction de Mery Berthereau, maître d’œuvre qui touchait 6 sols 8 deniers par jour. Jacques Sourdeau donna sa fille en mariage à Jacques Coqueau, qu'il fit venir à Chambord lorsqu’il fut appelé à la conduite des premiers travaux du château. Dans un rôle de payement des ouvriers pour le mois de septembre 1027, on trouve le nom de Jacques Cocqueau en tète de la liste des premiers maçons recevant un salaire plus élevé que celui des autres ouvriers. Quand Pierre Nepveu mourut, ce maître maçon lui succéda dans la conduite des travaux de Chambord. Sa nomination est du 27 août 1 338 ; un fragment des Comptes du château pour 1540 lui donne la qualification de « maître maçon employé au faict et conduite de la maçonnerye des dits édifhces ».
Felibien écrit à son propos : « Jacques Coqueau qui estoit le maistre maçon estoit payé à raison de 27 sols, 6 deniers par jour; mais en 1 556, il estoit sur l’estât à 400 livres à gages en qualité de maistre maçon du roy pour avoir la conduite, faire les desseins et les devis de la maçonnerie et de la charpenterie » (2). Il convient de faire remarquer que le salaire quotidien que recevait Jacques Coqueau est le même que celui de Pierre Nepveu.
Un marché fait, à la date du 9 mai 1 5qq, par devant Thomas Arnoton « clerc notaire et tabellion juré et commis par justice des lieux et paroisses de Sainct Dyé, Muyde et Montlivau, du bailliage et Chastellenye de Bloys », par Anne Godoyn « veufve de feu maistre Jehan Breton, en son vivant seigneur de Villandry, conseiller du roy... et secrétaire de ses finances... (3), avec quatre
(1) G. Chevalier : Inventaire des archives communales d'Amboise : 1479, Mathelin Cocqueau, membre d’une confrérie de Saint-Nicolas-d’Amboise ; 1485, pierre fournie par Florentin Coqueau; 1490, Pierre Coqueau, fils du précédent ; 1500, Etienne Coquau aiguise les « pichons » du pont de la porte Galappe ; 1505, Jehan Coqueau, clerc de la ville; 1506, Jehan Coqueau, notaire; 1518, Florentin Coqueau, manœuvre; 1536, maître Philippe Coqueau, procureur de la ville, parrain au baptême d’un fils de Benjamin Gilles, maitre maçon; 1539, Robert Coquau, marchand.
(2) Félibien : Ibidem, p. 35.
!3) Archives nationales. Cabinet des titres. Pièces originales, 504. Breton, 23. — André Salmon : Bibliothèque de l’école des Chartes, t. III, 4' série, 1856.
Façade nord de ch.ate.au de Chambord Œuvre de J. et C. Sourdcau, J. Gobereau, P. Trinqueau et J. Coqueau
maçons-tailleurs de pierre de Chambord, Mathurin Venuelle, Toussainctz Le Blan, Jehan Pezay, Jehan du Boys, Rene' Poullet, et Martin Le Heurtcux, en présence de Jacques Cogneau (Coqueau) « maistre maçon dicculx bastimens et édiffices » de Chambord, fait connaître quelques-uns des travaux exécutés par le dernier maître d’œuvre du château (i).
Le plus important et le plus célèbre de ces travaux consiste dans la lanterne du Donjon. Ce marché spécifie ainsi la construction en question « servant à monter à la lanterne de la tour qui est au-dessus du comble dudict « logis : ladicte viz garnie de pieds d'estrailz, accouldouer, basses, chapiteaux, « arcs qui travent, frize et cornicc, et au-dessus de la dicte cornice ung couron- « nement et une voulte de pierre, et au-dessus d’icelle voulte l’admortissement « fait à six Termes et au-dessus une grande fleur de lix (lys), ensemble garnie de « six petites fenêtres enrichies de moullures comme accoudouer et frontispice ». Une modification fut apportée à ces plans et devis au moment de l’exécution : on supprima les Termes qui furent remplacés par des pilastres. Mais on les retrouve dans les lanternes des escaliers à jour d’angles, construites incontestablement à la même époque et par le même maître maçon, suivant un plan général d’ornementation originale, pittoresque et grandiose, que n’avait conçu ni Jacques Sourdeau, ni Pierre Nepveu.
Le même marché comprend la construction d’une grande cheminée et d’une lucarne ainsi dévisées : « assavoir une grande chemynée en la garderobbe du « corps de logis du dict seigneur, commençant depuys le bas au premier « carreau jusques à l’entablement où est le comble et conduyre le thuyau « d’icelle jusques à haulteur raisonnable, faire en icelluy thuyau des moulleures, « lozanges, arcs qui travent, frize et cornice, et au-dessus frontispice admortie « à grans fleurs de lis, salamandres et autres enrichissemens ; aussi seront tenuz « métré en la dicte garderobbe trois plates-bandes et par le devant acouldouers « ainsi que la besongne le requerit. Ils seront tenuz faire une lucarne au- « dessus des croysées de la garde-robbe du dict seigneur, de la mesme façon et « enrichissement de ladicte chemynée ».
Comme toutes les cheminées et lucarnes, non seulement du Donjon, mais des autres corps de bâtiments et de tous les sommets des tours et des tourelles, sont uniformes, on peut supposer que la partie supérieure du château tout entière est l’œuvre de Jacques Coqueau. Et, ainsi s’explique le contraste si frappant qui existe entre cette partie, véritable forêt de campaniles, de cheminées, de lucarnes, de dômes, de tourelles dentelées, de cheminées, dessinés avec une fantaisie charmante, et imprévue, qui n’exclut pas l’harmonie ni l’unité, et le reste de l’édifice d’une relative sévérité dans sa grandeur imposante.
(i) Il est utile de faire remarquer que, dans ce marché, le texte fait trois fois mention expresse de Jacques Coqueau comme auteur des devis et plans de la construction en question, avec la qualification de « maistre maçon ».
L’œuvre de Coqueau à Chambord.