CHAPITRE ONZIÈME
municipaux de la Ville de Tours pour i 552 ; il fut appelé cette année-là, à donner son avis sur la construction d'un « bâtis (digue) dans la rivière de la « Loire, pour empêcher l’eau d’aller du cousté de Saint-Symphoricn et la faire « venir de devers la ville (i) ». Dans un rapport de visitation en date de 1 582, Jehan II Françoys porte le titre de « architecte de Monseigneur le duc d’Anjou », en même temps que celui de « maistre des œuvres pour le roy et et la ville de Tours ». En 1 586, ce maître maçon faisait partie de la commission de visitation des travaux de maçonnerie des parcs de Chisseau et de Civray, près de Chenonceau (2). On le trouve, en 1589, occupé avec son fils Ysaac et Baptiste Androuet du Cerceau, au mesurage du circuit des faubourgs de la ville de Tours, en vue de la construction des nouveaux remparts. L’année suivante, ces mêmes maîtres ayant fait connaître au Corps de Ville le périmètre de ces remparts, ainsi que « les commoditez ou incommoditez que pourroient en « recevoir les habitants des faubourgs » présentèrent un rapport avec des conclusions « tendant à trois dessaings ». Ce fut le dessin fixant les limites des nouveaux remparts à l'extrémité des faubourgs qui obtint la préférence de la municipalité comme étant le plus utile à la population (3).
Jehan II Françoys habitait, avec sa femme, Marguerite Riviase, fille d'un maitre horloger de Tours, la maison paternelle de la rue de la Parchemineric, sur la paroisse Saint- Vincent, à Tours. Il mourut vers 1610.
Isaac Françovs. Son fils Ysaac Françoys, né en 1 566, est mentionné dans les Comptes
municipaux de la Ville de Tours, depuis l’année 1591 jusqu’en 1649, avec ^es qualifications de « maistre architecte et voyer » ou de « maistre des œuvres de maçonnerie, charpenterie et couverture au pays et duché de Touraine ». Ysaac prit une part très active et prépondérante aux travaux des nouvelles fortifications de la ville de Tours, fut employé à de nombreux travaux de construction et de réparation des édifices publics de Tours ou de la Touraine, dressa le premier une carte particulière de la province, gravée par Jehan Leclerc « maître tailleur d'histoires ». Comme son œuvre n’appartient plus à la période de la Renaissance, il n’est point opportun de l’énumérer en détail. Ysaac Françoys fut anobli au titre de sieur de la Girardie. Il mourut, dans la maison familiale de la rue de la Parchemineric, à la fin de l’année 1649. H laissait un fils du prénom de Simon, né en 1606, qui étudia la peinture dans l'atelier des Bobrun, fut ensuite élève du Guide, et s’acquit une certaine renommée.
Avec Ysaac s’éteignit cette dynastie de maîtres maçons qui honora singulièrement Tours et la Touraine.
(1) Registres des Comptes municipaux de la ville de Tours.
(2) Abbé Chevalier : Histoire de Chenonceau.
(3) Registres des délibérations municipales de la ville de Tours,'!. XX.Y.
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Façade ouest de la cathédrale de Tours Tour nord-ouest, œuvre de Martin Françoys
MAITRES MAÇONS TOURANGEAUX
Pierre Valence personnifie dans l’architecture de la Renaissance française Pierre Valence, un type d’une rare originalité, pratiquant, à la fois, avec une habileté extraordinaire, les métiers divers de maçon-tailleur de pierre, charpentier, menuisier, céramiste, hydraulicien, et fontainier. Il rappelle ainsi, dans notre histoire artistique, certaines personnalités de la Renaissance italienne célèbres par la multiplicité de leurs connaissances, aptitudes et fonctions.
La construction des fontaines et l’aménagement décoratif des parterres et des jardins paraissent avoir été, toutefois, sa spécialité professionnelle. On a vu, précédemment, qu’à la suite de l’évolution de l’esthétique des châteaux, à la Renaissance, les fontaines, les parterres et les jardins, garnis de galeries, de pavillons, de berceaux, de tonnelles, de volières, etc., y avaient pris une importance considérable comme éléments du décor et des perspectives pittoresques, qu’il s’en était créé un art particulier, auquel on a donné, plus tard, le nom, expressif et exact, d’architecture des jardins.
On a toutes raisons plausibles de supposer que Pierre Valence était d’origine tourangelle. 'Fours est la ville qu’il habita presque constamment, et il y est mort. La première mention de son nom dans un document historique se rapporte à Tours. D’après des Comptes de la cathédrale qui auraient été compulsés par par l’auteur d’une monographie de la Touraine (1), il exerçait, en i5oo, la fonction de maître maçon du Chapitre de Sainr-Gatien. On trouve ensuite Pierre Valence à Rouen, en i5o3. Le cardinal Georges Ier d’Amboise l’occupe aux travaux du Palais archiépiscopal, qu’il fait agrandir et embellir. Dans un passage des Registres des Comptes de la construction de Gaillon, il est écrit :
« Du vme jour de mars a esté payé à Pierre Vallence, par ordonnance du Pierre Valence « monsieur de Saint-Ouen, sur et tant moins qu’il sera deu aud. Vallence à céramiste.
« cause du pavé esmaillé qu’il fait pour la galierie du jardin de Rouen,
« xxx livres. »
Le 24 décembre de la même année, il recevait 10 livres, 4 sous et 2 1 deniers pour « un cerf avec les armes et ordre du roy », exécuté pour le même palais.
Pierre Valence s’adonnait donc à la céramique pour bâtiment. A ce moment,
Rouen était un centre important et renommé de cette industrie d’art, qu’allait illustrer, et rendre célèbre dans toute la France, et probablement même à l’étranger, l’atelier des Abaquesne, fournisseur des pavages, carrelages et panneaux décoratifs en faïence des châteaux d’Anet, d’Ecouen, de lu Bastie, en Forez, de Polisy, en Champagne, de la chapelle d’Amoncourt à la cathédrale de Langres, etc.
On peut présumer que l’élégante fontaine de marbre, à trois vasques, avec figures (2), alimentée d’eau par le canal de dérivation de Carville construit aux
(1) La Touraine, édition Marne, p. 287.
(2) Le Livre des Fontaines de Jacques Le Lievr, publié à Rouen, en 1525, contient une reproduction de cette fontaine.