‹ La renaissance française; l'architecture nationale, les grands maîtres maçonsChapitre 167 sur 236 · CHAPITRE DOUZIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DOUZIEME

2.600 livres, plus trois ccstiers de blé, une barrique de vin, et l'octroi du bois nécessaire à leur cuisine, etc. (1).

Dominique Bachelier fut tué, à Lcctourc, en 1589, dans une explosion.

On trouve, dans divers documents de la (in du xvi* siècle et du commencement du xvn8, des mentions de maîtres maçons toulousains portant le nom de Bachelier, mais dont la filiation avec Nicolas Bachelier ne peut être établie : Louis Bachelier, maître maçon-tailleur de pierre et sculpteur, qui travailla sous les ordres de Dominique Bcrtin, au Palais du Parlement ; Antoine Bachelier, tailleur de pierre et architecte, occupe à Saint-Sernin, en i58q;et Géraud Bachelier, « maistre maçon de Tholoze », associé avec Jean Sarrault et Guillaume Levot pour des travaux exécutés à l’église Saint-Etienne.

L’Hôtel de Bernuy.

Les maîtres d’œuvre successifs de l’hôtel.

Jean de Bernuy.

Le célèbre Hôtel de Bernuy, actuellement le grand lycée, dont l’état civil est aujourd'hui définitivement établi, à la suite de la découverte, dans les archives notariales de Toulouse, des quittances des maîtres maçons chargés de la construction, et du tailleur de pierre chargé de l’ornementation, met en haut relief les noms de Guillaume et Jean Picart, Aymeric (ou Merigo) Cayla, et Louis Privât. Il assure à ces deux derniers une place, dans l’histoire de l’Architecture toulousaine, aux côtés de Nicolas Bachelier.

Un portrait de Bernuy placé autrefois dans la salle du Petit Consistoire au Capitole, en compagnie de ceux d’autres illustres toulousains, Fourquevaux, Duranti, et Jehan de Bertrand, portait cette inscription qui résume la vie, devenue presque légendaire, du richissime marchand auquel est due cette belle oeuvre d’architecture : « Jean de Bernuy, vicomte de Lautrec et de Venez, baron de « Villeneuve, capitoul en 1 534- II était natif de Burgos, en Espagne, d’une très « noble famille. II acquit, par le commerce, des richesses immenses et qui sont « passées en proverbe. Il servit de caution au roi François Ier pour sa rançon. Le « dernier de sa race a été Jean de Bernuy, baillif de l’Aigle et grand-croix de « Malte, mort en 1 556. »

Jean de Bernuy — ouJean de Vernoy, le nom français, — était venu s’installer à Toulouse vers la fin du xve siècle. Il s’adonna particulièrement à la culture et au commerce du pastel, une plante bi-annuelle, de la famille des crucifères, à Heurs et à graines violettes, 1’ « isatis tinctoria », qui donne par ses tiges et ses feuilles des espèces de tourteaux appelés coques ou cocagnes, lesquels servaient à teindre les étoiles en une couleur bleu pâle. Cette industrie, qui constituait un privilège protégé par des édits royaux, donnait des bénéfices si considérables qu’il en vint le proverbe de dénommer pays de Cocagne celui où l’on fait rapidement et sûrement fortune. Jean de Bernuy se retira assez vite des affaires, et acheta les seigneuries de Villeneuve-la-Comtal, Paleficat, Lasbordes et Ségreville. 11 vivait encore en 1541. Une généalogie le fait mourir des suites

(1) I.estrade : L'Histoire de l'art à Toulouse, nouvelle série de baux à besogne, 1467-1677. Toulouse, 1907. — Archives des notaires. Registres de Codoing et Fardel.

MAITRES MAÇONS TOULOUSAINS

d'une blessure qu’il reçut d'un taureau dans une course donnée dans le jardin de son hôtel, à la mode espagnole, et où il figurait comme torero amateur. De son vivant et de celui de sa femme, Marguerite Fabri ou du Faur, de la vieille et illustre famille des du Faur de Pibrac et des du Faur de Saint-Jory (i), en l’année iôi6, il avait fait construire leur tombeau dans la chapelle Saint-Jacques de l’église des Jacobins; on y voyait une grande plaque de marbre où étaient les effigies des deux époux et celles de leurs six enfants. Les Bernuy avaient pour armes parlantes commercialement : d’azur à deux navires Hottant sur des ondes d’argent, posés l’un derrière l’autre à l’orbe de gueules chargé de huit coquilles d’argent.

En i 5o2-i 5o3, Jean de Bernuy décidait de se faire construire un logis en rapport avec sa situation de fortune. Il achetait à Jean de Belvèze l'hôtellerie à l’enseigne des Balances, dans la rue des Peyroliers ou des Balances, pour la somme de onze cents écus d’or, et à dame Jeanne de Deyme, pour deux cents écus, une maison située dans la même rue. Le 4 janvier i5o3, par devant le notaire Alard, il était passé un bail à besogne entre Jean de Bernuy et Guillaume et Jean Picart, père et fils, pour « la construction de deux cents cannes de « muraille, avec portes et fenêtres ouvrées sur le derrière de la maison et où sont, « pour le présent, les étables et les écuries ». Puis, en novembre 1004, intervenait un nouveau bail à besogne passé, par devant le notaire Mandinelli, entre Jean de Bernuy et Aymeric Cayla. Ce dernier document contient des renseignements précieux qui permettent d’indiquer, avec une certaine précision, les parties de l’hôtel construites à cette époque parce maître maçon.

Aymeric Cayla, suivant l'habitude professionnelle générale, était sculpteur, imagier, tailleur de pierre, en même temps que maître maçon ; et il exécutait des ouvrages qui tenaient plus encore de la sculpture que de l’architecture. Le 3 juillet i5o8, il faisait marché au prix de 17 livres tournois avec Henri Boisson, logé à la Sirène, à Toulouse, pour une croix monumentale de pierre ouvrée des deux côtés, semblable à celle qu’il venait de faire en la maison du sr Guilhoti delà Badie. Aux termes de l’acte, « par l'un des coustés et devers le « cousté ou sera le d. crucifix, icelluy d. maistre sera tenu faire cinq anges, deux « aux mains, deux aux piedz et ungau cousté, chacun ange tenang ung calice, cinq « juifz qui seront au cousté senestre du crucifix; au cousté dextre sera tenu de « fère six Maries, sçavoir est Nostre Dame, Marie Magdeleine, Marie Jacobé, « Marie Salomé deux aultres ; par l’austre costé sera tenu de faire Nostre Dame « tenant son fils, deux anges par dessus sa teste tenant une couronne et par les « deux coustés de Nostre Dame faire St. André apostole et St. Jehan Baptiste ; et « auprès des d. St. André et St. Jean Baptiste faire ung homme et une femme ».

Construction en 1502-1503 du

premier Hôtel de Bernuy par

Guillaume et Jean Picart et Avmeric Cavla.

(1) Une soeur de Marguerite de Fabri, Jeanne, avait épousé un ami intime et un compatriote de Jean de Bernuy, Pierre de Saint-F.tienne, qui fit, lui aussi, une grande fortune dans le négoce.

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