CHAPITRE TREIZIÈME
Jehan de Lespine au service
de la Ville d’Angers.
Travaux importants à l’ Hôtel-Dieu.
auquel il procédait lui-même. Les travaux de réfection du beffroi durèrent cinq années; il n’y fut dépensé que quinze mille livres, dont la plus grande partie avait été donnée par le doyen du Chapitre, François de Chateaubriant.
La lanterne comprenait une base de maçonnerie carrée, entourée d’un parapet en pierre de taille. La façade principale de la base, percée de quatre baies cintrées, avait ses archivoltes supérieures portées par des colonnes à chapiteaux décorés de feuilles d’acanthes, et séparées par d’autres colonnes qui soutenaient une frise ornée de Heurs. La façade orientale, en saillie d’un mètre environ, formait une sorte de loggia, de même ordonnance architecturale, mais dont les baies extérieures étaient aveuglées. Au-dessus de la corniche, s’élevait une tour octogonale sommée d’un dôme, avec quatre baies et quatre arcatures cintrées, alternant, séparées par des pilastres unis, avec mascarons aux angles, et corniches à modillons sculptés (i). Cette construction fit grand honneur à Jehan de Lespine, par sa hardiesse et son originalité. On a vu plus haut qu'il en est fait particulièrement mention dans son épitaphe. En i5qo, la façade de la cathédrale fut complétée par la superbe galerie de huit statues en pierre de saint Maurice et de ses compagnons d’armes, exécutées par Jean Giffart et Antoine des Marais (2).
Au cours des travaux de la cathédrale, le 19 juin 1 535, Jehan de Lespine entra au service de la Ville d’Angers. Sur la présentation de Jean Mariau, « commissaire des œuvres et réparations d’Angers », qui le garantissait « légal, bien sçavant et expert en telz affaires », le Conseil admettait le maître maçon à cette charge, et lui accordait même l’autorisation de s’y faire suppléer, « quand il n’y pourra vaquer ». Ses gages annuels furent fixés à dix livres tournois. L’artiste occupe cette charge jusqu’en 1571. A cette date, il demanda à en être relevé à cause de son âge : 66 ans. Les Registres des délibérations de la municipalité font mention ainsi de cette démission : « a esté conclud que pour « l'advenir ne seront payez ne continuez à maistre Jehan de Lespine les gaiges « de 10 1. t. qu’il soulloit avoir pour estre maistre des œuvres et réparations de « la Ville » (3).
Le premier travail exécuté par Jehan de Lespine pour la Ville fut la réparation, en 1 536, de la fontaine Pié-Boulet, qui avait été reconstruite, en 1476, sur l’emplacement de l’ancien puits. Il est ensuite employé à des besognes de réfection de moulins et de ponts sur la Mayenne.
Peu après il entreprenait des constructions importantes à l’Hôtel-Dieu.
(1) I.e 4 août 1831, la foudre détruisait l’œuvre de Jehan de Lespine. L’architecte des édifices diocésains, A. de. Gisors, la reconstruisit à partir des cintres de la base centrale, en suivant le plan ancien, mais toutefois avec une modification importante : le remplacement des colonnes par des pilastres.
(2) Chaque statue fut payée 8 livres pièce.
(3) Archives municipales d’Angers, B. B. 33, f” 40, 19 octobre 1571.
UN MAITRE ANGEVIN
Quelques extraits des Comptes les concernant nous sont parvenus ; on les lira avec intérêt.
« Pour avoir faict tout à neuf l’arche et muraille du cousté des cloitres qui « étoient en caducité, aussi pour avoir faict la cuisine, la viz, la gallerie, la grant « porte du cloistre et la chambre et cabinet voûté, où sont les lettres, titres et « enseignement dud. prieuré, la porte de la cave et le retour d’icelle et deux « aultres portes à l’entrée de lad., cave et plusieurs aultres besongnes devisées « entre eulx au contenu du marchez, lesquelles choses estoient très nécessaires « et sont fort utilles, a esté par led. prieur, comme appert par quictances dud.
« de Lespine payé la somme de mil x 1. vm s. (1). »
En 040, Jehan de Lespine achevait la partie supérieure du clocher de Le clocher de la Trinité l’église de la Trinité à Angers. Ce clocher est une création originale. Au type il Angers,
consacré par une longue tradition, l’artiste a apporté des dispositions nouvelles qui en font une œuvre personnelle très caractéristique. Carré à sa base, le clocher présente sur chacune de ses faces deux fenêtres cintrées, ornées de colonnes à chapiteaux, et aux angles un faisceau de cinq colonnes soutenant une balustrade avec gargouille au centre. La tour, de forme octogonale, ornée de quatre colonnettes, sur chaque pan, s’ajoure alternativement d’une baie ou d'une niche abritant la statue d’un évangéliste.
La lanterne, à crête ornée de crochets de chou et de vases, se termine par une coupole octogonale, que supportent des colonnettes. Le toit est sommé d’une croix et d’un coq doré.
On attribue à Jehan de Lespine, dans le même ordre d’édifices religieux, Travaux divers, les clochers des églises de Beaufort, des Rosiers et de Tiercé (2).
En 1541, Jehan de Lespine dessinait et édifiait le portail de l’Hôtel de Travaux municipaux. Ville, qui fut réparé en 1 568 (3).
Lors de l’entrée à Angers du roi Henri II, en 1 55 1 , il fut chargé des travaux de décoration des rues et des édifices publics, en collaboration avec un autre artiste, Raoullet le Gentilhomme. En trois payements il touchait de ce chef une somme de 1.827 livres 32 sous et 9 deniers (4).
L’entrée de Charles IX, en novembre i565, donna lieu à des travaux du même genre non moins importants, dont la direction lui fut aussi confiée. Les archives municipales en conservent la trace dans les fragments suivants des délibérations du Conseil de Ville :
« Le lundi 22e octobre 1 565 donné charge à M® Jehan de Lespine de
« mander des painctres par toutes les maisons où ilz besongnaient.
(1) Archives de Maine-et-Loire, H. D. E. 69, compte de 1533-1539.
(2) Célestin Port déclare que l’attribution du clocher de Tiercé est « ?t peu près sans apparence même de raison », alors qu’il trouve toute vraisemblance aux «leux autres.
(3) Archives municipales d’Angers, I.. CC. 9, f“ 114-183.
(4) Archives municipales d’Angers, CC. 13, CC. 14.
L'Hôtel de Pincé.
Les
premières constructions de l’Hôtel de Pincé œuvre d'un maître maçon ignoré.