CHAPITRE TREIZIÈME
« A esté ordonné que Me Jehan de Lespine, M® Maczon, seroit retenu pour « la conduite des affaires de lad. entrée et que pour quinze journées qu’il y a « esté, lui seroit payé quinze escuz pistol lez xxxvn 1. x s.
« Item, a esté nécessité envoyer quérir des painctres à Gonnort, Beaupréau, « Mortaigne, Puy du Fou, Durestal et aultres lieux, où ils estaient, pour « besongner au laict de lad. entrée et en auroit esté prié i\Ie Jehan de Lespine « par lesd. maire et eschevyns, et pour lesd. voyaiges aurait esté payé cns.vid. »
En 1 556, Jehan de Lespine construisait le Port Ayrault ; en 1 5 58, l’auditoire et la grand’salle du Présidial, et, en i5b2, le Porte Toussaint et la Tour Guillon. Jehan de Lespine se livrait ainsi aux travaux municipaux les plus divers entrant dans les attributions d’un maître des œuvres de maçonnerie au service d’une ville. En Anjou, il n’en était pas différemment que dans toutes les autres provinces de France, où, comme on l’a vu, des maîtres maçons d’un véritable génie artistique étaient astreints aux besognes les plus modestes et les plus vulgaires.
Le nom de Jehan de Lespine est surtout attaché au fameux Hôtel de Pincé, qui, d’après la tradition, constitue son œuvre principale et populaire. Ne faudrait-il point voir là spécialement l’édifice ayant motivé le terme de « palais » qui figure dans l’inscription funéraire de l’artiste ?
Le 22 décembre i522, Jehan de Pincé, sieur du Bois, des Brosses, de Noirieux, du Coudray et de Chambrezay, licencié en droit, et échevin perpétuel de la Ville d’Angers, achetait de messire François Geslin, prêtre, qui l’avait acquis le 3o avril précédent, un bâtiment tombant en ruines faisant face à la rue de l’Huis-de-Fer, et dépendant d’une propriété dénommée les Créneaux, qui appartenait au Chapitre de Saint-Maurille. Sur son emplacement, il fit construire un corps de logis pour son usage personnel. Ce corps de logis comprenait le pavillon centra! contenant la vis. Dans des documents datés de 1 333, cette première construction est formellement désignée comme terminée.
En quelles années fut bâti l’Hôtel de Pincé primitif? La date de i523, répondant à l’acquisition du terrain, comme commencement des travaux, n’est guère admissible. On aurait été à Angers singulièrement en avance sur tous les autres centres artistiques de France. Fixer aux environs de i33o la période d’exécution de cet ensemble architectural semble plus raisonnable. Qui en donna les plans ? En i33o, Jehan Lespine avait vingt-cinq ans. Il est très peu probable que Jehan de Pincé ait confié à un jeune homme un travail de cette importance. Le maître maçon inconnu auquel il s’adressa était un artiste ingénieux, expérimenté et de grand goût. La vis de l’hôtel est un chefd'œuvre de construction et de stéréotomie. Les nervures de la voûte annulaire s’épanouissent à la façon des branches d'un palmier ; elles paraissent sortir de la colonne centrale comme d'un tronc d’arbre, et leurs extrémités reposent sur